La chronique du FIJM: Messieurs de Motown, Montréal vous salue!
Mots clés : jazz

Dans l'ascenseur, je me congratulais du détour par le Hyatt. Hé hé, la soirée finissait bien. Et puis les portes s'ouvrirent au rez-de-chaussée, et je me trouvai face à face avec un large costard rouge et un monsieur que je connaissais dedans. Lui! Bob Babbitt! Le bassiste blanc de Motown! L'homme qui joue sur la version originale de What's Goin' On et qui venait de rééditer ses essentielles lignes de basse pour Montréal! Avec le même costard rouge que sur scène! Ça m'a sorti tout seul du fond de la gorge: «I salute you, mister Babbitt!» L'homme a esquissé un sourire, je me suis tassé et il a pénétré dans l'ascenseur. Derrière lui, vous l'aurez compris, ils étaient tous là. En costards rouges itou. Uriel Jones, le batteur. Jack Ashford, l'homme au tambourin. Et Eddie Willis, le guitariste, un peu en retrait sur son tricycle électrique. Et puis il y avait Sam Moore, tout souriant, exubérant, sonore. Sam Moore! La moitié du duo Sam & Dave, groupe-phare de l'écurie Stax de Memphis, la grande concurrente de Motown dans les années 60: sur scène, penché sur son téléprompteur, il s'était un peu mêlé les pinceaux dans les couplets de Shop Around et Higher And Higher, mais bon, la manière Stax (plus soul, avec force vocalises) et la manière Motown (plus pop, collant aux mélodies) ne seront jamais vraiment compatibles. C'est ainsi.
Il y avait aussi Tom Scott, le saxo de session le plus couru de Los Angeles, vieux copain de feu George Harrison (il était là, en 1974, quand George est venu à Montréal: mon premier show à vie!). Avec quelle force il avait poussé Shotgun! Je le regardais, je regardais les autres. Uriel tout calme à côté de Sam Moore. Uriel Jones dont l'intro d'Ain't Too Proud To Beg avait été si parfaite que j'en avais éclaté en sanglots: avoir entendu mille millions de fois une chanson aimée, puis la réentendre en spectacle exactement telle qu'elle doit être jouée, c'est trop pour un fada dans mon genre. Fort de notre entrevue téléphonique de la semaine dernière, j'ai été à la rencontre de Jack Ashford, et lui ai tendu la main. Qu'il a serrée. J'ai évoqué notre conversation, il a feint de s'en souvenir. «Ce soir, lui ai-je dit avec un drôle de trémolo dans la voix, c'était une des plus belles soirées de ma vie, thanks to you guys...» Il a souri de son beau sourire de septuagénaire un peu fatigué mais content. «It was great for us too.» Je crois bien qu'il était sincère. En tous cas, je veux le croire.
J'ai quitté l'hôtel alors qu'Eddie Willis roulait vers l'ascenseur. Dans l'auto, j'ai chanté du Motown à tue-tête. Let's Get It On, le s--low des slows, si suavement rendu par Jacksoul. Et puis tout l'éreintant medley des Four Tops, Baby I Need Your Loving, Reach Out (I'll Be There), Standing In The Shadows Of Love, I Can't Help Myself. C'est au dernier «sugar pie honey bunch» que j'ai décidé. Non, je n'irais pas voir les Four Tops et les Temptations (hier soir à Wilfrid-Pelletier). Avec d'autres musiciens? Non merci. Plus jamais sans les vrais gars de Motown derrière.
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NOS CHOIX
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Zachary Richard et invités
Le cher Zack a un album pour les Ricains en chantier. De nouvelles chansons, donc, presque prêtes à consommer. Il en plongera les plus cuites ce soir, demain et jeudi dans l'habituelle marmite à gumbo, où mijotent déjà nombre d'anciennes bien relevées. Ce sera un album de guitares, à en juger par les francs-tireurs dégottés pour le spectacle: il n'y pas plus fortiche manieur de «slide» que Sonny Landreth, vieux compagnon d'aventures de John Hiatt, et nul ne dégaine une Stratocaster plus lestement que Bill Dillon (descendant du Marshall Dillon de Gunsmoke?), accompagnateur attitré de Daniel Lanois. Alléchés? Si je salivais plus, il me faudrait une bavette.
Jusqu'à jeudi au Théâtre du Nouveau Monde, dans la série Chants d'Amérique. À 20h.
Sylvain Cormier
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Granary Blues All-Stars
S'il y a un groupe présentant un savant camouflage, c'est bel et bien le Granary Blues All-Stars. Car derrière ce nom un tantinet étrange se cachent des musiciens qui ont ceci d'admirable qu'ils jouent le blues... décontracté. Le Granary, c'est Stephen Barry à la basse, Martin Boodman à l'harmonica, l'excellent Jody Golik au saxophone, Peter Measroh aux claviers, Gordon Adamson à la batterie, ainsi que Terry Gillespie et Brian Monty aux guitares et aux voix. Ce groupe est une aubaine des dieux grecs. À la place Fred-Barry à 19h et à 23h.
Serge Truffaut
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