La chronique du FIJM: Messieurs de Motown, Montréal vous salue!

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Sylvain Cormier
Édition du mardi 06 juillet 2004

Mots clés : jazz

Ils étaient nombreux dimanche à célébrer l'exaltant triomphe du «home band» de Motown. - Pascal Ratthé, Le Devoir

Tiens, ai-je pensé, au Hyatt-Regency, à la salle de presse, j'allais bien trouver quelqu'un à qui parler de cet incroyable show qui me résonnait encore entre le marteau et l'enclume une heure après la fin. Quelqu'un de l'organisation du FIJM, André Ménard peut-être, ou alors un collègue, histoire de ne pas être tout seul à lever les bras au ciel en faisant alléluia, à faire des steppettes de droite à gauche comme si j'étais vraiment un cousin blanc de Four Tops, bref, à célébrer l'exaltant triomphe du «home band» de Motown, ces formidables musiciens de studio qui, inconnus au bataillon jusqu'à ce qu'un documentaire les révèle il y a deux ans, avaient réussi l'inimaginable en ce dimanche béni des dieux (il n'a même pas plu!): faire chanter et danser Montréal -- 150 000 personnes, au moins -- de Saint-Urbain à de Bleury.

Portes closes à la salle de presse. Normal, j'arrivais une demi-heure après la fermeture. Plus que jamais tout seul à ressasser mon bonheur, j'ai rebroussé chemin vers les ascenseurs extérieurs, au bout du lobby. Les portes de l'ascenseur de droite se sont ouvertes, et j'ai étouffé un petit cri. C'était Joan Osborne, avec des tas de gens autour. J'accusai le coup. Je n'étais plus le journaliste qui aurait très bien pu rencontrer officiellement la chanteuse à la sortie d'un de ses disques, mais le pur fan vivant l'instant au ralenti, suivant des yeux celle qui, une heure plus tôt, me chantait Ain't No Mountain High Enough à la finale du show et que j'acclamais du haut de l'estrade des médias et invités. C'est qu'elle avait été plus qu'à la hauteur, la Lulu des années 90 (quelqu'un se souvient-il de Lulu, petite bombe britannique des années 60, qui chantait Shout et To Sir, With Love?): comme dans le documentaire Standing In The Shadows Of Motown, Joan Osborne avait mordu avec tant d'appétit dans (Love Is Like A) Heat Wave et I Heard It Through The Grapevine qu'on avait des marques de dents partout. Que de chien!

Dans l'ascenseur, je me congratulais du détour par le Hyatt. Hé hé, la soirée finissait bien. Et puis les portes s'ouvrirent au rez-de-chaussée, et je me trouvai face à face avec un large costard rouge et un monsieur que je connaissais dedans. Lui! Bob Babbitt! Le bassiste blanc de Motown! L'homme qui joue sur la version originale de What's Goin' On et qui venait de rééditer ses essentielles lignes de basse pour Montréal! Avec le même costard rouge que sur scène! Ça m'a sorti tout seul du fond de la gorge: «I salute you, mister Babbitt!» L'homme a esquissé un sourire, je me suis tassé et il a pénétré dans l'ascenseur. Derrière lui, vous l'aurez compris, ils étaient tous là. En costards rouges itou. Uriel Jones, le batteur. Jack Ashford, l'homme au tambourin. Et Eddie Willis, le guitariste, un peu en retrait sur son tricycle électrique. Et puis il y avait Sam Moore, tout souriant, exubérant, sonore. Sam Moore! La moitié du duo Sam & Dave, groupe-phare de l'écurie Stax de Memphis, la grande concurrente de Motown dans les années 60: sur scène, penché sur son téléprompteur, il s'était un peu mêlé les pinceaux dans les couplets de Shop Around et Higher And Higher, mais bon, la manière Stax (plus soul, avec force vocalises) et la manière Motown (plus pop, collant aux mélodies) ne seront jamais vraiment compatibles. C'est ainsi.

Il y avait aussi Tom Scott, le saxo de session le plus couru de Los Angeles, vieux copain de feu George Harrison (il était là, en 1974, quand George est venu à Montréal: mon premier show à vie!). Avec quelle force il avait poussé Shotgun! Je le regardais, je regardais les autres. Uriel tout calme à côté de Sam Moore. Uriel Jones dont l'intro d'Ain't Too Proud To Beg avait été si parfaite que j'en avais éclaté en sanglots: avoir entendu mille millions de fois une chanson aimée, puis la réentendre en spectacle exactement telle qu'elle doit être jouée, c'est trop pour un fada dans mon genre. Fort de notre entrevue téléphonique de la semaine dernière, j'ai été à la rencontre de Jack Ashford, et lui ai tendu la main. Qu'il a serrée. J'ai évoqué notre conversation, il a feint de s'en souvenir. «Ce soir, lui ai-je dit avec un drôle de trémolo dans la voix, c'était une des plus belles soirées de ma vie, thanks to you guys...» Il a souri de son beau sourire de septuagénaire un peu fatigué mais content. «It was great for us too.» Je crois bien qu'il était sincère. En tous cas, je veux le croire.

J'ai quitté l'hôtel alors qu'Eddie Willis roulait vers l'ascenseur. Dans l'auto, j'ai chanté du Motown à tue-tête. Let's Get It On, le s--low des slows, si suavement rendu par Jacksoul. Et puis tout l'éreintant medley des Four Tops, Baby I Need Your Loving, Reach Out (I'll Be There), Standing In The Shadows Of Love, I Can't Help Myself. C'est au dernier «sugar pie honey bunch» que j'ai décidé. Non, je n'irais pas voir les Four Tops et les Temptations (hier soir à Wilfrid-Pelletier). Avec d'autres musiciens? Non merci. Plus jamais sans les vrais gars de Motown derrière.

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NOS CHOIX

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Zachary Richard et invités

Le cher Zack a un album pour les Ricains en chantier. De nouvelles chansons, donc, presque prêtes à consommer. Il en plongera les plus cuites ce soir, demain et jeudi dans l'habituelle marmite à gumbo, où mijotent déjà nombre d'anciennes bien relevées. Ce sera un album de guitares, à en juger par les francs-tireurs dégottés pour le spectacle: il n'y pas plus fortiche manieur de «slide» que Sonny Landreth, vieux compagnon d'aventures de John Hiatt, et nul ne dégaine une Stratocaster plus lestement que Bill Dillon (descendant du Marshall Dillon de Gunsmoke?), accompagnateur attitré de Daniel Lanois. Alléchés? Si je salivais plus, il me faudrait une bavette.

Jusqu'à jeudi au Théâtre du Nouveau Monde, dans la série Chants d'Amérique. À 20h.

Sylvain Cormier

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Granary Blues All-Stars

S'il y a un groupe présentant un savant camouflage, c'est bel et bien le Granary Blues All-Stars. Car derrière ce nom un tantinet étrange se cachent des musiciens qui ont ceci d'admirable qu'ils jouent le blues... décontracté. Le Granary, c'est Stephen Barry à la basse, Martin Boodman à l'harmonica, l'excellent Jody Golik au saxophone, Peter Measroh aux claviers, Gordon Adamson à la batterie, ainsi que Terry Gillespie et Brian Monty aux guitares et aux voix. Ce groupe est une aubaine des dieux grecs. À la place Fred-Barry à 19h et à 23h.

Serge Truffaut


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