Campagne électorale sur fond de Fête nationale
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Paul Martin joue la carte du référendum

Photo: Jacques Nadeau
Ce dernier est revenu à la charge sur le sujet de la souveraineté que le Bloc québécois avait pourtant tenté de contourner tout au long de la campagne. Mais c'était sans compter sur l'intervention du chef du Parti québécois, Bernard Landry. Dans une entrevue au Globe and Mail, M. Landry a dit estimer qu'un vote massif en faveur du Bloc accélérera le processus référendaire. «Il y aura un référendum dans cinq ans», a prédit M. Landry en soulignant qu'avec «environ 60 députés du Bloc à Ottawa et plus de 40 sièges à Québec, les souverainistes sont plus forts que jamais».
Les libéraux en ont fait leurs choux gras, d'autant plus que cela vient nourrir leur nouvelle offensive contre le «danger référendaire». Mercredi, l'équipe bloquiste s'est évertuée toute la journée à «tuer la nouvelle». Mais voilà que Bernard Landry et Gilles Duceppe se sont trouvés face à face dans Outremont, alors que le chef bloquiste y dégustait une crème glacée sous l'oeil des caméras.
Paul Martin a mis en doute avec ironie l'aspect impromptu de cette rencontre. «L'idée que Bernard Landry et Gilles Duceppe se rencontrent pour manger de la crème glacée, et on ne sait pas si Jacques Parizeau était derrière le comptoir pour servir les cornets, a lancé M. Martin un sourire en coin. Mais une chose est claire: M. Duceppe avait dit que ces élections ne portaient pas sur la souveraineté et, deux jours plus tard, il se contredit carrément. Et là, Bernard Landry sort.»
Voyant simplement une différence de style entre les propos de M. Landry et les siens, Gilles Duceppe, qui a fait une tournée des fêtes de quartier hier, a souligné que le chef du Parti québécois est «un ami» du Bloc qui a été d'une grande aide dans la campagne, visitant des circonscriptions et participant à des collectes de fonds.
Dans un plaidoyer pour une Fête nationale inclusive, Gilles Duceppe a renouvelé son appel aux électeurs fédéralistes en soulignant une fois de plus que les élections ne scellent pas le destin national du Québec. «Ceux qui disent [qu'un vote pour le Bloc est un vote pour la souveraineté], ce sont les libéraux. Je suis convaincu qu'au lendemain des élections ils vont dire: c'est pas ça qu'on a fait en élisant une majorité de bloquistes», a déclaré M. Duceppe.
Trois chefs à Montréal
Trois des chefs de parti étaient dans la région montréalaise pour souligner la Fête nationale du Québec hier. Seul le conservateur Stephen Harper avait choisi de concentrer ses énergies en Ontario, où la lutte est serrée avec les libéraux.
La veille, M. Harper, qui faisait campagne dans la banlieue de Toronto, a souligné que le 28 juin était l'occasion de se débarrasser d'un gouvernement qui a méprisé les Québécois et gaspillé leur argent. «À la veille de la Fête nationale, j'invite les Québécois à réfléchir soigneusement au vote de lundi prochain. En mettant tous leurs oeufs dans le panier du Bloc, ils pourraient commettre une erreur historique qui pourrait les écarter du pouvoir à Ottawa pour plusieurs années», a-t-il déclaré
Pour la Fête nationale, Paul Martin a opté pour une participation active en terre traditionnellement libérale. Assis en tête du cortège dans une voiture décapotable, avec à ses côtés le député de Vaudreuil-Soulanges, Nick Discepola, M. Martin a reçu un accueil assez tiède. Il y a bien eu des applaudissements et quelques «bonne chance» lancés ici et là, mais dans l'ensemble, les citoyens qui s'entassaient le long de la rue principale se sont montrés polis, sans plus. Un citoyen a expliqué au Devoir que, selon lui, les fédéralistes sont moins démonstratifs que leurs adversaires.
De fait, si les sympathisants de M. Martin se contentaient souvent de lever le pouce dans sa direction, les souverainistes étaient moins discrets, et ce, sur tous les tons. «Vous vous êtes trompé de journée. C'est la semaine prochaine, vous!», lui a fait remarquer un homme âgé. Un peu plus loin, Fernand Benoît s'est précipité pour serrer la main du premier ministre. «J'espère que c'est lui qui va entrer à Ottawa; mais au Québec, il faut que ce soit le Bloc», a-t-il précisé par la suite au Devoir.
Une jeune mère qui pointait M. Martin a dit à son fils: «Regarde-le bien. Tu ne le reverras jamais de ta vie!» Puis, Jeannine Bélair s'est mise à scander haut et fort: «Scandale des commandites», entraînant avec elle quelques voisins. Les commentaires vraiment hargneux ont été rares, mais jetés avec vigueur: «hypocrite», «Vendu», «Faites attention à vos poches», «Récupérateur politique».
Malgré tout, Paul Martin a continué de saluer les gens avec le sourire. Plus tard, en conférence de presse, il a pris soin de souhaiter bonne fête à tous les francophones du Québec ainsi qu'à ceux qui habitent ailleurs au pays. «Aujourd'hui, le bon Dieu, c'est un francophone», a-t-il lancé.
Duceppe dans Outremont
Pendant ce temps, Gilles Duceppe a fait un tour rue Bloomfield pour serrer des mains dans Outremont. Le Devoir a constaté que de nombreux nationalistes mous s'apprêtaient à voter pour le Bloc. «Je n'ai pas peur de voter pour le Bloc, parce que cela n'enclenche pas un référendum», expliquait un électeur en précisant qu'il se branchera sur la question nationale lors des élections provinciales. Même son de cloche de la part d'un membre du groupe Dubmatique, Ousmane: «On peut voter Bloc sans nécessairement être pour l'indépendance.»
Cette attitude fâche Annick Monsallier, souverainiste convaincue qui attribuera son vote au NPD, parce que le «fédéral, c'est le fédéral». «Tant que le Bloc est là, les souverainistes mous vont s'en contenter, cela les réconforte. Je pense que si on vote pour le Bloc, il faut voter OUI.»
De son côté, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, s'est rendu dans le quartier multiethnique de Parc Extension rencontrer quelques jeunes familles réunies devant une petite scène et des kiosques de blé d'Inde. C'était, de mémoire des organisateurs néo-démocrates, la première fois qu'un chef du parti passait la Saint-Jean au Québec. Après avoir rappelé qu'il avait été de la Fête nationale en 1968, M. Layton a profité d'un rassemblement de ses militants au local du candidat André Frappier pour décrocher quelques flèches au Bloc québécois. «Quand j'entends dire que Pierre Ducasse n'est pas un vrai Québécois parce qu'il n'a pas sa carte de membre du Bloc, c'est ridicule et inacceptable. C'est le genre de discours d'exclusion à la Jacques Parizeau qui montre bien qu'on a fait le tour [du jardin]. Le Bloc n'a pas le monopole de l'identité québécoise.» Disant comprendre que les Québécois se soient naturellement tournés vers le Bloc après le scandale des commandites, Jack Layton a néanmoins affirmé que le projet néo-démocrate d'ouverture et d'«attitude positive» constituait la meilleure façon pour les Québécois de mettre un terme au problème constitutionnel et de faire valoir leur différence et leur culture au sein du Canada.
Avec la collaboration de Clairandrée Cauchy, Manon Cornellier et Guillaume Bourgault-Côté
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