Harper évoque un lien entre Martin et McGuinty

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Manon Cornellier
Édition du vendredi 25 juin 2004

Mots clés : harper

Sarnia, Ontario -- Le chef conservateur Stephen Harper s'était gardé trois jours pour tenter une dernière fois de rallier les Ontariens à sa cause. Mais malgré l'enjeu, il s'en est tenu à un plan de match excessivement prudent, sans bain de foule ni contact direct avec d'autres électeurs que ses partisans. Sa tournée, qui a pris fin hier soir par une importante assemblée partisane à Belleville, était à son image: réservée et dépourvue de la ferveur associée aux derniers droits de campagne.

M. Harper n'a pourtant pas ménagé ses attaques contre le chef libéral Paul Martin, allant jusqu'à dire, en parlant du chef libéral, qu'«il n'y a personne dans ce pays à qui on puisse le moins faire confiance au sujet de la santé, et c'est Paul Martin».

Mais il était là pour convaincre les Ontariens: en effet, le PC a fait le plein d'appuis dans l'Ouest et ses espoirs de former un gouvernement reposent entièrement sur l'Ontario aujourd'hui. La lutte y est très serrée, selon les derniers sondages, bien qu'aucun d'eux n'ait une marge d'erreur suffisamment faible pour être fiable. Les conservateurs menacent toutefois de nombreux châteaux forts libéraux. Les troupes de Paul Martin, quant à elles, y jouent leur survie, assaillies à droite par le PC et à gauche par le NPD.

Par conséquent, Stephen Harper, dans un message destiné exclusivement aux Ontariens, a accusé M. Martin d'avoir trempé dans la décision du gouvernement provincial de David McGuinty d'imposer de nouvelles taxes pour financer la santé. Or il avait solennellement promis de ne jamais augmenter le fardeau fiscal des citoyens. Son budget a donc provoqué presque autant de grogne que le scandale des commandites, et les libéraux fédéraux en ont payé le prix en début de campagne.

«Nous savons que c'est l'équipe Martin et ses gens qui ont conseillé David McGuinty pour qu'il augmente les taxes, coupe les services de santé et rompe les promesses faites aux Ontariens», a-t-il lancé lors d'une assemblée à Sarnia. Selon lui, cela démontre qu'on ne peut pas faire confiance aux libéraux.

En fait, deux conseillers de M. Martin ont participé à des études d'opinion entourant ce budget. Malgré cela, M. Harper a parlé en point de presse d'un «lien direct» et exigé à Belleville que M. Martin fasse la lumière sur son rôle.

Mais si M. Harper voulait passer à l'attaque, il a lui-même été poursuivi pendant trois jours par des questions incessantes sur les enjeux moraux, la controverse de la semaine dernière autour d'un communiqué sur Paul Martin et la pornographie juvénile ainsi que la formation d'un éventuel gouvernement minoritaire.

Sur ce dernier point, il n'a cessé de répéter que le chef libéral était prêt à tout pour conserver le pouvoir alors que lui n'accepterait pas de conclure une entente avec le Bloc ou le NPD pour prendre le pouvoir.

Chaque fois qu'il donnait une entrevue, il était interrogé sur l'avortement, la définition du mariage, l'indépendance de la Cour suprême ou la guerre en Irak. Le chef conservateur n'a pas pu y échapper parce qu'il a décidé de consacrer beaucoup de son temps à accorder des entrevues aux médias électroniques tout en évitant autant que possible les journalistes qui suivent sa tournée. Il semblerait qu'il n'ait pas apprécié le traitement que les médias lui ont réservé la semaine dernière. Ceux-ci, par ailleurs, auraient le défaut de filtrer son message.

Cette nouvelle attitude a eu pour effet de créer quelques tensions entre le chef conservateur et la presse. Lorsqu'une journaliste lui a demandé pourquoi il avait décidé de réduire au minimum ses contacts avec les journalistes qui suivent sa tournée, il s'est raidi et, cinglant, a rétorqué: «Quelle est la question?» Quand la journaliste est revenue à la charge et a demandé s'il s'agissait d'un changement de stratégie, il a sèchement répondu qu'il ne discute pas de sa stratégie en public.

Contrairement aux autres chefs, M. Harper -- ni ses plus proches conseillers d'ailleurs -- ne profite pas des voyages en avion pour échanger avec les journalistes. Son malaise en public est palpable. Il ne va jamais dans des lieux publics saluer les électeurs. Il s'en tient, comme depuis le début de sa campagne, à des assemblées partisanes d'importance variable qui suivent toutes le même scénario et au cours desquelles il livre un discours standard mais qui marche.


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