À la défense de la rivière Magpie

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Louis-Gilles Francoeur
Édition du vendredi 25 juin 2004

Mots clés : magpie

La Fondation Rivières estime que la création d'un parc national et la restauration de la rivière Magpie, sur la Côte-Nord, afin d'y accroître la production de saumons constitueraient un investissement plus rentable pour la région que le projet de barrage d'Hydroméga et du groupe AECOM.

La Fondation Rivières, dont fait partie le comédien Roy Dupuis, soutient par ailleurs dans son mémoire présenté devant le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) que l'étude d'impacts des promoteurs souffre de graves lacunes parce qu'elle n'assigne aucune valeur à la destruction d'un élément paysager et patrimonial de grande valeur et que le projet sous-évalue délibérément le potentiel salmonicole de cette rivière. Globalement, conclut la Fondation Rivières, le Québec ne peut pas s'autoriser à réduire le potentiel de ses rivières à saumons alors que, dans d'autres pays, on commence à démolir des barrages afin de restaurer le potentiel de reproduction de cette espèce en déclin prononcé.

Avec ses 116 rivières à saumons, le Québec possède le tiers des rivières de la planète où cette espèce sauvage se reproduit naturellement.

Le projet de centrale sur la rivière Magpie a été appuyé par les élites économiques et politiques de la Côte-Nord, principalement par la MRC de la Minganie, qui possédera 30 % des actions de la société en commandite formée pour le projet, ce qui devrait lui rapporter des redevances annuelles de 150 000 $, ou 27 $ par habitant.

La centrale projetée aurait une puissance de 40,6 MW grâce à une retenue de neuf mètres de hauteur, ce qui relèverait le barrage de l'ancienne centrale d'Hydro-Québec, laquelle ne produisait que deux MW. Lorsqu'il a lancé l'ancien programme de minicentrales privées, le ministère des Ressources naturelles proposait une centrale de 11 MW sur la rivière Magpie.

Pour la Fondation Rivières, ce projet de 62 millions créera certes 120 emplois temporaires mais seulement deux emplois permanents. On est loin, note son mémoire, des retombées que procurerait la création d'un parc fédéral dans cette région dotée d'un des cours d'eau les plus cotés en Amérique pour la descente de rivière. La Fondation Rivières qualifie de «chute de centre d'achats» les 25 mètres cubes à la seconde qu'on prévoit laisser passer par-dessus le barrage pour recréer artificiellement une chute qu'on espère encore touristique. Mais le véritable débit réservé que les promoteurs prévoient laisser en hiver et la nuit en été n'est que de trois mètres cubes à la seconde, soit 31 fois moins que le débit selon la norme dite écohydrologique. Le bief amont a même été limité en hauteur afin de ne pas toucher au pied de la grande chute située quelques kilomètres en amont, ce qui pourrait indiquer qu'on veut éventuellement y construire un autre barrage qui serait fatal à tout projet de parc fédéral, précise la fondation.

Celle-ci s'en prend tout particulièrement à l'absence d'évaluation de l'impact de la disparition de la chute, un impact dont le ministère de l'Environnement n'a pas exigé la moindre analyse.

«Si on donnait aux chutes de nos rivières un statut comparable à celui des espèces animales et végétales, l'analyse des impacts environnementaux prendrait une tout autre dimension car il faudrait alors considérer la valeur patrimoniale de chaque chute en tant qu'élément majeur de tout paysage», note le mémoire.


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