Les conservateurs québécois se serrent les coudes

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Kathleen Lévesque
Édition du mardi 15 juin 2004

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Audrey Castonguay, Sébastien Héroux et Andrée-Anne Lambert écoutent attentivement les propos du chef conservateur, Stephen Harper.

Photo: Jacques Nadeau

Plus de 300 conservateurs du Québec se sont serré les coudes hier soir. Attablés à une brasserie du centre-ville de Montréal, des militants, des organisateurs et des candidats ont écouté attentivement le débat. Et ils n'ont pas caché leur espoir que la performance de leur chef Stephen Harper donne un élan à leur parti à travers la province.

Mais s'ils étaient tous enthousiastes, rares sont ceux qui ont versé dans la partisanerie aveugle dans leurs commentaires. Plusieurs d'entre eux se sont montrés critiques envers leur chef et ont reconnu la pertinence des attaques de Gilles Duceppe du Bloc québécois contre le premier ministre Paul Martin. À quelques reprises, le chef bloquiste a même été applaudi.

«Le Bloc, c'est la solution facile. Au Québec, on a tendance à se recroqueviller sur nous-mêmes», s'est désolé le coprésident de la campagne au Québec, Claude Thibault. Ce dernier a toutefois reconnu que M. Harper, quant à lui, était «un peu timide». «Il n'est pas du genre pitbull, c'est vrai. Mais il projette une image de sérénité. Si les trois autres étaient comme lui, ce serait un débat plus relevé. Mais un débat, c'est plus un contenant qu'un contenu», a fait valoir M. Thibault.

«Il n'est pas le monstre que nous ont décrit les libéraux. Il est calme et cela démontre qu'il connaît ses dossiers», a ajouté Bernard Côté du comité organisateur pour le Québec. Jean Fortier, candidat conservateur dans Ahuntsic et ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal, a renchéri: «M. Harper a tout de l'homme d'État. Regardez-le, il ressemble à Kennedy.»

Mais n'avait-il pas le regard fuyant? «Il est concentré», a lancé une militante. Et ses répliques, n'étaient-elles pas lentes à venir? «Il se réchauffe. Il prend de l'assurance», a soutenu un voisin.

Mais au-delà de ces quelques commentaires,

M. Harper n'a pas été jugé le grand gagnant de ce premier débat des chefs. Mais qu'importe, dorénavant il ne sera plus un inconnu au Québec, ont fait remarquer plusieurs militants interviewés.

Micro-débats

Quant aux dossiers abordés en cours de débat, ils ont suscité souvent des micro-débats d'une table à l'autre. Ç'a été le cas entre autres sur le droit à l'avortement. «L'avortement, ce n'est pas dans la plate-forme. Et de toute façon, il y aurait une opposition civique au Québec», croit Audrey Castonguay, ancienne présidente de l'aile jeunesse du Parti progressiste conservateur. Ses collègues Andrée-Anne Lambert et Sébastien Héroux ont opiné. Tous trois ont milité en 2001 et 2002 pour l'union de la droite ce qui a finalement abouti à la création du Parti conservateur du Canada.

Pendant que l'écran géant et les multiples téléviseurs projetaient le débat des quatre chefs qui se poursuivait, les trois amis ont discuté de la participation à la guerre en Irak si le Canada avait été gouverné par les conservateurs. Le désaccord avec le chef Harper était clair. «J'ai participé à une manifestation contre la guerre», a expliqué M. Héroux. «J'ai manifesté trois fois contre la guerre mais je demeure conservatrice. Il vaut mieux être membre d'un parti pour changer les choses de l'intérieur», a relancé Andrée-Anne Lambert. «Dans un parti, on n'est pas obligé d'adhérer à 100 % à tout le programme», a tranché Mme Castonguay.

Puis Stephen Harper a eu une réplique assassine à l'endroit de Gilles Duceppe sur le déséquilibre fiscal qui a suscité des applaudissements. «En demandant à Duceppe quand il va régler le déséquilibre, M. Harper vient de démontrer l'incapacité du Bloc à faire quoi que ce soit», s'est réjoui Claude Thibault.

Et M. Thibault n'était pas le seul conservateur à avoir hier soir des mots très durs envers le Bloc. «C'est une opposition permanente qui mène à un cul-de-sac», a dit l'un. «Il faut garder le Québec au pouvoir», a soutenu l'autre. «Maudite rengaine bloquiste», s'est borné à lancer un autre militant. «Mais il n'est pas question de laisser le Bloc québécois seul profiter de la rupture du lien de confiance avec le gouvernement libéral», a conclu l'organisateur Bernard Côté.


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