La technique de congélation mise au point par une équipe de McGill ouvre la porte à la création de banques d'ovules

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du mardi 15 juin 2004

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Il sera désormais possible pour les femmes appelées à subir une chimiothérapie de préserver leur fertilité sans avoir recours à la chirurgie ou à la stimulation hormonale, a annoncé hier une équipe montréalaise qui a mis au point une méthode rapide et inédite lui valant une publication dans The Lancet. Une avancée qui, en catimini, pourrait ouvrir la porte à la mise en place d'une banque d'ovules.

Depuis 25 ans, le nombre de jeunes femmes ayant développé un cancer a grimpé de 20 % alors que le taux de mortalité, lui, tombait sous la barre des 40 %. La chimiothérapie pouvant conduire à une ménopause prématurée, le Dr Seang Lin Tan, chef du service d'obstétrique et de gynécologie à l'université McGill, s'est retrouvé avec un nombre grandissant de femmes désirant éviter le pire en préservant leurs ovules.

La technique qu'il a mise au point consiste à prélever, à l'aide d'une aiguille, des ovocytes immatures, à les amener à maturité par maturation in vitro (MIV) et à les congeler, cela pour dix à vingt ans. «Ce qui est nouveau, c'est qu'on a combiné la maturation in vitro avec une technique de refroidissement ultrarapide appelée la vitrification, une technique qui n'abîme pas les ovules», explique celui qui est aussi directeur du Centre de reproduction McGill. Testée auprès de huit patientes, la technique a déjà montré de bons résultats, prête à détrôner les autres moyens existants. Entre la fécondation in vitro (FIV), la congélation de l'embryon -- impossible sans partenaire et souvent incompatible avec certains traitements contre le cancer -- et le prélèvement du tissu ovarien qui nécessite une intervention chirurgicale, la technique du Dr Tan fait effectivement l'effet d'une bouffée d'air frais.

D'autant plus que la congélation conventionnelle des embryons, très faciles à endommager, est généralement jugée peu efficace. «La congélation lente des embryons conduit à la mort de près de la moitié d'entre eux», confirme le gynécologue, qui croit que sa technique devrait être offerte à toutes les femmes en âge de procréer à qui on a diagnostiqué un cancer.

Le Dr Tan va même plus loin en assurant que sa technique pourrait être utilisée auprès de toutes les femmes, les carriéristes par exemple, qui préféreraient avoir leur enfant à un âge avancé sans risquer de perdre leur fertilité d'ici là. Une petite révolution qui pourrait bien conduire à l'élaboration d'une «banque potentielle d'ovules», conclut le Dr Tan.


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