L'heure H pour Martin

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Guillaume Bourgault-Côté
Édition du lundi 14 juin 2004

Mots clés :

Son entourage souhaite qu'il sorte «vivant» du débat de ce soir, en français

Après trois semaines d'affrontements interposés, les quatre chefs des principaux partis fédéraux seront face à face dans l'arène ce soir, pour le premier de deux débats des chefs. Un test crucial pour Paul Martin, dont l'équipe croit qu'il sera la cible de toutes les attaques. À un point tel que son entourage en est à souhaiter simplement qu'il s'en sorte «vivant».

Or, l'exercice de ce soir ne s'annonce pas évident. «On s'attend à ce qu'ils [Gilles Duceppe, Jack Layton et Stephen Harper] n'aient qu'un seul adversaire, et que ce soit le premier ministre, confiait hier au Devoir un membre de l'état-major de la campagne libérale. On entre dans ce débat sans se faire d'illusion. Je dirais qu'on espère surtout s'en sortir vivants.»

Question stratégie, on affirme au PLC que Paul Martin s'est davantage concentré sur le contenant plutôt que sur le contenu dans sa préparation pour le débat. «M. Martin connaît très bien ses dossiers. Il a donc travaillé sur la façon de les présenter, quel ton adopter, comment livrer le message.» Un message qui s'articulera autour de deux pôles: rappeler aux électeurs ses capacités de gestionnaire et aussi leur marteler ce qui sera sa priorité pour un prochain mandat, soit la réduction des listes d'attente en santé. «Paul Martin veut en faire un engagement semblable à celui de la réduction du déficit dans les années 90», affirmait-t-on hier.

La relative qualité du français parlé de M. Martin risque par contre de le désavantager dans le débat de ce soir, a confié hier à la Presse canadienne l'ancienne animatrice de télévision et ministre du Développement social, Liza Frulla. «Paul parle très bien français, mais il reste que c'est sa langue seconde. C'est une barrière linguistique qu'il devra surmonter.» Les quatre chefs de parti parlent tous couramment français -- du moins assez pour pouvoir débattre --, chose qui n'est pas arrivée depuis plus de 15 ans.

Joint hier par Le Devoir après sa journée de travail avec son chef, le député bloquiste de Roberval, Michel Gauthier, affichait quant à lui une confiance discrète en vue du débat de ce soir. Selon M. Gauthier, Gilles Duceppe ne cherchera pas tant à attaquer ses adversaire qu'à mettre en valeur ses propres compétences. «Sauf que Paul Martin devra défendre le bilan du gouvernement, dit-il. S'il assume certaines décisions, ce sera déjà porteur d'attaques en soi.» Michel Gauthier souhaite surtout que les débats soient l'occasion «d'aller en profondeur et qu'on ait le temps de vider des sujets préoccupants. Ce n'est pas un point crucial dans la campagne, mais c'est un des jalons importants.»

Gilles Duceppe est le seul chef à avoir déjà participé à d'autres débats télévisés de cette envergure, en 1997 et en 2000. «Ça pourrait être un avantage, bien sûr, mais cela ne veut pas nécessairement dire que ça sera une partie facile, a soutenu M. Duceppe à La Presse canadienne. Parfois, les débutants sont très bons dans les sports; ça peut être la même chose en politique. Je ne tiens rien pour acquis.»

M. Duceppe tentera principalement de faire répondre le premier ministre sur des questions controversées comme le scandale des commandites et les pratiques fiscales de la Canada Steamship Lines, tout en faisant des rapprochements entre libéraux et conservateurs.

Au neutre

Exception faite pour quelques courtes sorties de Paul Martin et de Jack Layton, les autobus de campagne électorale sont restés au neutre cette fin de semaine. Présents dans la région d'Ottawa, les chefs des partis ont passé les dernières heures en retrait, entourés de leurs proches conseillers, à préparer leurs dossiers, à peaufiner leur stratégie et à aiguiser leurs arguments. Paul Martin et Stephen Harper ont notamment fait des simulations de débats dans des studios de télévision loués.

En déroute dans les sondages, Paul Martin devra livrer une solide performance afin de freiner la chute de son parti, estiment les analystes. En entrevue à la Presse canadienne, le vice-président de Léger Marketing, Christian Bourque, juge même que M. Martin jouera son siège de premier ministre lors des deux débats. Selon lui, la performance du chef libéral, tant en anglais qu'en français, sera déterminante sur l'issue du scrutin. Une perception populaire en faveur des autres chefs de parti, à l'issue des débats, ne fera qu'accélérer la tendance à laquelle on assiste présentement, croit Christian Bourque.

Les observateurs s'attendent à ce que Paul Martin continue ce soir à associer un vote pour le Bloc à l'élection d'un gouvernement conservateur et qu'il dénonce les intentions des conservateurs en matière financière et sociale, plus particulièrement au sujet de l'avortement, du bilinguisme et des dépenses militaires. Le premier ministre n'hésitera pas à être combatif face à Stephen Harper, à l'image des dernières publicités libérales, pense-t-on. Hier, après un déjeuner à Gatineau, Paul Martin a affirmé qu'il livrerait un message positif aux citoyens, plutôt que de tracer le portait sombre d'un Canada sous la gouverne conservatrice, comme il l'a fait au cours des dernières semaines.

Quant à Stephen Harper, il voudra profiter des débats pour mener encore plus loin l'élan qui le transporte depuis le début de la campagne. Chez les néo-démocrates, les analystes entrevoient que le débat de ce soir sera l'occasion pour Jack Layton de démontrer que, au Québec, il y a autre chose que les libéraux et le Bloc québécois.

Le débat en français, diffusé à compter de 20h sur les ondes de Radio-Canada et de TVA, sera animé par Jacques Moisan. Dans l'histoire canadienne, si le premier débat des chefs a eu lieu en 1968, ce n'est que depuis 1979 que l'exercice est systématiquement tenu.

Avec La Presse canadienne


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