Doublé de Ferrari après disqualifications

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Julie Carpentier
Édition du lundi 14 juin 2004

Mots clés : f1

Septième victoire de Michael Schumacher à Montréal, un record

Michael Schumacher rentre au puits applaudi par les membres de l'équipe Ferrari, après sa victoire au Grand Prix de F1 du Canada, à Montréal, hier.

Photo: Jacques Nadeau

Rebondissement inattendu hier sur le circuit Gilles-Villeneuve. La nouvelle est tombée en fin de journée: les Williams-BMW de Ralf Schumacher, deuxième à l'issue de la course, et de Juan Pablo Montoya, cinquième, et les Toyota de Cristiano da Mata, huitième, et d'Olivier Panis, dixième, ont été reconnues non conformes et ont été disqualifiées par les commissaires du Grand Prix de Formule 1 du Canada, a indiqué la Fédération internationale automobile (FIA).

Les commissaires ont pris cette décision après avoir jugé que les écopes de freins des quatre monoplaces de ces deux écuries ne répondaient pas aux dimensions réglementaires. «C'est une faute. Il n'y avait aucune intention de tricher. Nous acceptons la décision de la FIA», a déclaré Sam Michael, directeur technique de Williams-BMW. Après avoir entendu les représentants des équipes et après une longue délibération, les commissaires ont livré leur jugement près de quatre heures après la fin de la course remportée par Michael Schumacher.

Ces disqualifications permettaient ainsi à Ferrari de réaliser le «doublé» et d'obtenir les deux premières places sur le podium pour une cinquième fois cette saison, Rubens Barrichello récupérant la deuxième place, tandis que Jenson Button (BAR-Honda) obtenait un sixième podium en huit courses avec la troisième place.

Ces décisions bénéficiaient aussi aux McLaren-Mercedes de Kimi Raikkonen (5e) et David Coulthard (6e), à Giancarlo Fisichella (Sauber) (4e) et aux Jordan de Timo Glock (7e à son premier Grand Prix -- il a remplacé au pied levé Giorgio Pantano mis à l'écart par le directeur général Eddie Jordan en raison d'une amende non payée) et Nick Heidfeld (8e), qui marquaient ainsi des points aussi précieux qu'inattendus.

«Oh! Mon Dieu! Qu'ai-je fait pour mériter ça?, s'est exclamé un Ralf Schumacher désespéré. C'est une erreur involontaire. Nous tenterons de nous reprendre la semaine prochaine.» Le week-end se termine donc sur une note fort décevante pour le plus jeune des Schumacher qui a livré sa meilleure performance, et de loin, cette saison en s'élançant de la pole position. Cela n'aidera pas au moral de celui qui révélait samedi ne pas avoir encore pris de décision en ce qui a trait à son avenir au sein de l'écurie Williams-BMW la saison prochaine.

Schumacher au 7e ciel

Il y a cependant des choses qui ne changent pas. Décidément, Michael Schumacher et Ferrari connaissent le chemin qui mène à la victoire et l'empruntent à tout coup. Parti en sixième position sur la grille de départ, le sextuple champion du monde est parvenu à gagner hier après-midi, devant 114 000 spectateurs ravis, la 36e édition du Grand Prix du Canada sans avoir à faire le moindre dépassement pendant la course.

Avec une stratégie gagnante de seulement deux arrêts au puits, l'Allemand s'impose donc pour une septième fois (et pour une quatrième fois en cinq ans) sur le circuit Gilles-Villeneuve, ce qui constitue un record pour un même circuit. Il remporte ainsi la 77e victoire de sa carrière, la septième cette saison en huit courses. Seul le Grand Prix de Monaco manque à son impressionnant palmarès cette année. «Je ne sais pas pourquoi j'ai si souvent gagné ici, a tenté d'expliquer un Michael tout sourire. Je pense que c'est dû à un bon ensemble et à un peu de chance.»

Barrichello avait cependant la Ferrari la mieux préparée hier, a reconnu Michael. Le Brésilien de 32 ans, lui, a apprécié la chaude lutte qu'il a livrée durant plusieurs tours à son coéquipier. «Ç'a été une très belle course, a-t-il dit, et j'ai eu du plaisir à me battre avec Michael. Des gens prétendent que je suis heureux de me contenter de rester derrière Michael, mais ce n'est pas le cas, et je l'ai démontré aujourd'hui. [...] Mais, tout compte fait, la lutte a été très serrée, et je me suis bien amusé.»

Michael, comme prévu

«Tout a marché comme prévu, a lancé le vainqueur. On pensait que ce serait dur pour obtenir la pole. Aussi, nous nous sommes concentrés sur notre stratégie pour la course. Les ravitaillements ont été super et la préparation de la voiture, formidable. Nous avons gagné parce que notre ensemble était très constant et notre rythme de course, le plus rapide.»

Schumacher accroît son avance en tête du championnat du monde des pilotes avec 70 points contre 54 pour Barrichello et 44 pour Button.

Ce fut cependant une course cauchemardesque pour les pilotes Renault Jarno Trulli, au quatrième rang du championnat du monde des pilotes, et Fernando Alonso. Enfin, course est un bien grand mot dans le cas de l'Italien qui a dû abandonner avant le premier virage Senna. «Ma course s'est terminée presque avant même de commencer, a reconnu Trulli. J'ai pris un départ normal, puis la voiture est devenue très difficile à conduire. C'était comme si la suspension arrière avait cassé. Peut-être en raison d'un bris de l'arbre de transmission. C'est naturellement une grosse déception. Fernando a démontré que nous avions les positions de départ et la vitesse suffisantes pour gagner.»

Le clan français était pressenti comme un rival important face à Ferrari, mais, après l'Italien éliminé dès le départ, c'est l'Espagnol qui a abandonné au 45e tour, aussi à cause d'un problème de transmission. Troisième à ce moment, il remontait et n'était plus qu'à sept secondes du gagnant. Renault n'a pas pu disputer la victoire à Ferrari.

Quatre autres pilotes ont été forcés à l'abandon: Mark Webber, alors que la suspension de sa Jaguar a fait défaut au 7e tour, Gianmaria Bruni (Minardi) au 31e tour et Felipe Massa après une sortie de piste très violente, mais sans conséquence grave pour lui, au 63e tour.

Le Japonais Takuma Sato, successeur de Jacques Villeneuve chez BAR, celui qui avait changé le cours des essais libres de vendredi après-midi en enregistrant le temps le plus rapide et que l'on attendait comme une menace face à Ferrari grâce au moteur Honda amélioré, a été trahi... par son moteur au 49e tour.

Mission accomplie

317 000 spectateurs -- 11 000 de plus que l'an passé -- se sont déplacés sur l'île Notre-Dame durant les trois jours de ce Grand Prix sauvé in extremis par Normand Legault. «Je suis soulagé et heureux, a affirmé le président et chef de la direction du Grand Prix. C'est la conclusion de 10 mois d'efforts qui ont valu la peine. Hier, j'ai rencontré Frank Williams qui me disait: "Quand je pense qu'on aurait manqué ça!"»

L'été dernier, le Grand Prix du Canada avait failli être rayé du calendrier en raison de la Loi canadienne sur la publicité des produits du tabac. C'est pourquoi les carrosseries et les uniformes n'arboraient pas les publicités de leurs commanditaires cigarettiers ce week-end. M. Legault a dû convaincre de nombreuses personnes et réunir une compensation financière de 29 millions $CAN pour sauver l'événement.

Les pilotes aussi ont répété leur affection pour le Grand Prix du Canada. «On ne devrait jamais cesser de venir ici, a lancé Barrichello en conférence de presse. C'est l'un des meilleurs endroits que l'on visite, les gens sont très gentils, la ville est fantastique, et le circuit présente des défis intéressants, même si je crois qu'il y a place à l'amélioration en ce qui a trait à la sécurité.»

Sur ce point, Normand Legault a déclaré être conscient que la piste du circuit Gilles-Villeneuve montrait des signes de fatigue, surtout l'asphalte, en raison entre autres des hivers rigoureux et du nombre croissant de voitures. «C'est certainement un point sur lequel on devrait se pencher incessamment avec la Ville de Montréal. Il faut attendre les recommandations de la FIA.»

Le dernier Grand Prix du Canada prévu au présent contrat se tiendra en 2006. Normand Legault reconnaît qu'aucun autre contrat n'a été signé jusqu'à maintenant pour la suite des choses. C'est à suivre.

Le prochain Grand Prix de Formule 1 se déroulera le week-end prochain à Indianapolis, aux États-Unis.

Avec l'Agence France-Presse


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