Région de Québec - Les conservateurs espèrent répéter l'exploit de Mulroney
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Québec -- Les nouveaux conservateurs du Québec aiment croire que l'histoire se répète, que la victoire éclatante de Brian Mulroney en 1984 peut se reproduire le 28 juin. Et les sondages leur sourient.
C'est dans ce coin de la province que les conservateurs croient pouvoir faire une première percée. Après trois semaines de campagne, des gains s'annoncent dans cinq ou six circonscriptions, selon leurs calculs. Mais ils en espèrent trente si la montée conservatrice se maintient. Des circonscriptions en Estrie, dans Chaudières-Appalaches et Québec sont dans leur mire. Si on additionne les voix obtenues par le Parti progressiste conservateur et l'Alliance canadienne lors des élections fédérales de 2000, on obtient un vote de base de plus de 20 % dans certaines circonscriptions de ces régions.
C'est le cas de Louis-Saint-Laurent qui comprend entre autres les banlieues de L'Ancienne-Lorette, Loretteville, Val-Bélair et la réserve autochtone de Wendake. Lors des élections provinciales de l'année dernière, l'Action démocratique du Québec, dont la philosophie de responsabilisation des citoyens se rapproche de celle du Parti conservateur, s'est classée deuxième avec plus de 30 % des voix.
Le cas de Josée Verner
Le PC y présente Josée Verner, propulsée candidate-vedette malgré elle. Rencontrée entre deux entrevues avec les médias qui la sollicitent beaucoup, cette femme de 44 ans qui a fait partie de l'équipe de communications de l'ancien premier ministre Robert Bourassa et qui a été organisatrice pour l'ADQ en 2003, ne voit qu'une explication à l'attention qui lui est portée. «J'ai convaincu des gens que je suis honnête», suppose-t-elle en haussant les épaules. Se voit-elle dans un cabinet de Stephen Harper? Il y a un court silence pendant lequel elle rougit. «Moi, je veux être députée pour les gens qui sont tannés de payer», dit-elle.
Mme Verner fait face à huit adversaires dont le député sortant Jean-Guy Carignan qui brigue les suffrages comme indépendant après avoir été élu en 2000 sous la bannière libérale avec une faible majorité de 657 voix. Le Parti libéral du Canada y présente Michel Fragasso, et le Bloc québécois, Bernard Cleary. Ce dernier a soulevé deux controverses au cours des deux premières semaines de campagne.
Pour l'organisateur de la campagne nationale, Michael Fortier, Josée Verner est l'un des espoirs conservateurs au Québec. «C'est peut-être une circonscription qui va nous sourire. Québec a déjà été salutaire. Les gens prennent acte de plus en plus de qui nous sommes», estime-t-il.
Organisation modeste
Le candidat dans Québec, Pierre Gaudreault, croit également que sa région est un terrain fertile pour son parti. «C'est la région de Québec qui réserve souvent des surprises. Rappelez-vous que c'est Québec qui a fait perdre le référendum au camp du OUI. Et aux élections de 2003, l'ADQ y a fait bonne figure», rappelle M. Gaudreault dont l'organisateur est l'ancien député libéral Ghislain Maltais.
Mais la côte est difficile à remonter pour le Parti conservateur, nouvelle version. Depuis onze ans, la base militante s'est éparpillée, et cette absence se fait encore sentir. Les ressources disponibles ont été regroupées par région. De l'aveu même des organisateurs, aucun pointage téléphonique n'a encore été fait. Or, il s'agit là d'un des outils importants pour un parti afin de faire sortir le vote favorable. «L'organisation était modeste. C'est peut-être même un qualificatif un peu exagéré», reconnaît candidement Michael Fortier.
Mais les conservateurs doivent également ramer pour faire connaître leur chef, Stephen Harper, qui ne bénéficie pas d'une grande notoriété au Québec. «C'est quelqu'un qui dégage beaucoup de sérénité. On aime son calme et son intégrité. Il ne fait pas peur comme voudraient le faire croire les libéraux», fait valoir le candidat conservateur dans Lotbinière-Chutes-de-la-Chaudière, Jean Landry, qui a été député du Bloc québécois de 1993 à 1997.
Les soixante-quinze candidats conservateurs ne sont pas très connus non plus. Trois têtes d'affiche ressortent jusqu'à maintenant: Josée Verner, l'ancien président du comité exécutif à Montréal, Jean Fortier, et Andrée Champagne, députée pendant le mandat de Brian Mulroney. «En 1984 aussi, personne ne connaissait nos candidats, mais ce sont de bons candidats», se défend M. Nolin.
Le PC se bute également à une certaine indifférence médiatique au Québec, surtout dans les médias nationaux. Mais le sénateur conservateur Pierre Claude Nolin, qui agit comme coprésident de la campagne, s'accommode relativement bien de cet obstacle. «Ce sont les hebdos qui nous intéressent. Si un journal local ne s'occupait pas de mon candidat, là j'aurais un problème. Mais la couverture dans les hebdos est très bonne», assure-t-il.
Le Bloc
Mais qu'importent les problèmes de reconstruction, le sénateur Nolin se montre confiant pour la dernière ligne droite de la campagne. «C'est un peu comme il y a vingt ans. La différence dans l'équation, c'est le Bloc québécois. Dans les deux semaines qui restent, plusieurs Québécois vont commencer à reconsidérer leur appui. Ceux qui ont pensé à appuyer le Bloc à cause du scandale des commandites seront les premiers à leur tourner le dos et revenir à un choix fédéraliste», affirme M. Nolin.
Chez les conservateurs, on se plaît à souligner que les libéraux mécontents qui se sont rangés derrière le Bloc sont une cible de premier choix. «On est dans des élections fédérales, et il y a deux vrais partis qui peuvent prétendre au pouvoir. Le diviseur de vote, c'est le Bloc québécois», lance Pierre Gaudreault. Le sénateur Nolin ajoute: «Attendez que les sondages nous donnent plus de 20 % au Québec, ils vont changer de stratégie et nous attaquer. Il faut choisir ses adversaires dans une élection. C'est judicieux.»
D'ici là, sur le terrain, les candidats conservateurs disent faire face à une grogne sans précédent à l'endroit du gouvernement. «On atteint un sommet de cynisme avec le scandale des commandites. Qui peut encore croire que Paul Martin n'était pas au courant de ce qui se passait. L'honnêteté, c'est comme être enceinte: tu l'es ou tu ne l'es pas!», laisse tomber Josée Verner.
Quant au discours libéral sur les valeurs du pays, c'est de la bouillie pour les chats, considèrent les conservateurs. Ceux-ci croient que les attaques répétées de l'équipe Martin à leur endroit, au lieu de les diaboliser, leur permettent d'obtenir surtout de l'attention et faire passer le message. «Il y a une crise de confiance bien avant une crise sur l'avortement ou le mariage gai. Le bilan des libéraux, c'est d'abord ça: la mise à plat de la confiance des Canadiens», martèle Mme Verner qui soutient que le meilleur atout de sa formation politique, ce sont les baisses d'impôt promises.
Mme Verner et ses collègues refusent l'étiquette de droite qu'on accole aux conservateurs. «Je suis une femme de gros bon sens, souligne-t-elle. Ce qu'on offre aux citoyens, c'est de l'oxygène.»
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