Les libéraux du Québec chargent Harper

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Kathleen Lévesque
Édition du samedi 05 et du dimanche 06 juin 2004

Mots clés :

«Un vote pour le Bloc permet aux ultra-conservateurs de nous imposer leur notion du bien et du mal»

Les libéraux de Paul Martin changent de ton au Québec, question de renverser la tendance des deux premières semaines de campagne. Dans une nouvelle offensive, les libéraux préviennent les Québécois contre ce qu'ils appellent le «mirage» du Bloc québécois, qui pourrait ouvrir la porte aux conservateurs, dont la vision de droite ne correspond pas à leurs aspirations.

«On lance une opération pédagogique», a affirmé hier avec un large sourire le lieutenant politique de Paul Martin, Jean Lapierre. Jusque-là, il s'agissait d'un réchauffement, a-t-il ajouté. Du coup, Jean Lapierre ne rejette plus le ton acrimonieux, ni le fiel, qui n'étaient pourtant pas sa «marque de commerce», disait-il quelques jours avant le début des hostilités.

Comme tremplin à ces intentions belliqueuses, M. Lapierre et ses collègues Denis Coderre, Liza Frulla et Lucienne Robillard ont présenté un pastiche de la plate-forme électorale du Bloc, dans lequel on retrouve les positions du Parti conservateur du Canada. En votant pour le Bloc, les électeurs risquent de livrer le Québec aux mains des conservateurs de Stephen Harper, ont-ils martelé.

Sur un ton plus émotif, Liza Frulla a fait appel à la mémoire des femmes pour stopper la montée du chef conservateur. Avec un gouvernement Harper, le Canada reviendrait aux années 1950 en matière de défense, aux années 1960 en matière de santé, aux années 1970 quant aux droits des femmes, aux années 1980 pour ce qui est des droits des homosexuels, a-t-elle rappelé.

«Tout ce que nous avons gagné, on l'a gagné durement: le droit de vote, le droit de s'autogérer, de signer un bail en 1960, le droit à notre propre sexualité avec la pilule, le droit aussi de choisir avec la décision de la Cour suprême en 1988. [...] Et je demande aux femmes d'écouter ce qui se passe dans cette campagne et de le projeter sur les résultats de cette campagne. Ce n'est pas une campagne québécoise, c'est une campagne fédérale. Un vote pour le Bloc permet aux ultra-conservateurs de nous imposer leur notion du bien et du mal», s'est enflammée Liza Frulla.

Cette dernière a demandé au Bloc québécois de cesser de ménager cet adversaire des acquis sociaux du Québec. «Je ne comprends pas M. Duceppe de se placer au-dessus de la mêlée alors que ce sont nos valeurs qui sont contestées. [...] J'aimerais que le Bloc se lève et arrête son pacte de non-agression et dise que ce que les conservateurs prônent, c'est totalement indigeste», a affirmé Mme Frulla.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, n'a pas tardé à réagir. Selon lui, la démarche des libéraux est une preuve qu'ils voient le tapis leur glisser sous les pieds; ils sont prêts à faire n'importe quoi pour aller chercher des votes. «Ils nous disent que [le programme conservateur] ne répond pas aux intérêts du Québec. Ils ont raison. Je connais un autre document qui ne répond pas aux besoins du Québec, c'est la plate-forme libérale. Ils vont avoir une réponse-choc le 28, parce que les gens vont appuyer cette plate-forme qui est celle du Bloc», a déclaré M. Duceppe, qui faisait campagne à Saint-Hyacinthe.

Du côté du Parti conservateur, le candidat dans Laurier, Pierre Albert, était hors de lui, allant jusqu'à demander la démission de Jean Lapierre. Il a dit être la preuve que M. Harper n'est «ni arriéré ni homophobe»: «Je suis gai et je me suis prononcé en faveur de la légalisation de la marijuana.»

Pour M. Albert, il s'agit d'une campagne de peur remplie de faussetés. «M. Harper l'a répété, toutes les questions morales feront l'objet de votes libres en Chambre», a-t-il rappelé.

La nouvelle stratégie des libéraux se répercutera également dans la publicité. Dans les prochains jours, de nouveaux messages publicitaires feront leur apparition en cherchant à convaincre les électeurs qu'un vote pour le Bloc québécois est un appui aux idées des conservateurs. Selon les libéraux, le parti de Stephen Harper est une menace pour les droits des gais et lesbiennes; il pourrait également remettre en question le bilinguisme au pays et entraîner le Canada dans des invasions comme en Irak.

Même si la section québécoise du Parti libéral du Canada vient de monter dans le train de la démonisation du Parti conservateur et de son chef Stephen Harper, Jean Lapierre et ses collègues se défendent d'être pris de panique devant une campagne qui ne lève pas autant qu'ils le voudraient. M. Lapierre a brandi le document, soulignant que «derrière le couvert, la réalité n'est pas trop belle».

Cette réalité qu'expliquent les libéraux est la possibilité qu'un gouvernement minoritaire conservateur puisse se retrouver à la tête du gouvernement. «Si les électeurs punissent le Parti libéral en n'élisant que des bloquistes au Québec, ils laissent le champ libre au Parti conservateur de Stephen Harper», peut-on lire dans le document.

Jean Lapierre a fait valoir qu'en expliquant le b-a ba de la logique du vote favorable au Bloc, cela permettait d'éclairer les électeurs sur la vraie nature du chef conservateur. «Stephen Harper, certains pensent que c'est une nouvelle chaîne de restaurants», a-t-il laissé tomber. Denis Coderre a plutôt parlé de M. Harper et de son «parc jurassique».

Avec la collaboration de Clairandrée Cauchy

Le Devoir


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Incrédule - par Gilles Théberge
Le samedi 05 juin 2004 09:00

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