Cinq milliards pour les garderies

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Kathleen Lévesque , Tommy Chouinard
Édition du vendredi 04 juin 2004

Mots clés : garderies

- Le PLC entend créer 250 000 nouvelles places au Canada - Le Québec empocherait 20 % de l'enveloppe

«L'expérience du Québec est un véritable phare», a déclaré hier Paul Martin.

Photo: Jacques Nadeau

Le chef libéral Paul Martin propose de créer un programme national de service de garde calqué sur le réseau québécois des garderies à 7 $. Un gouvernement libéral y contribuerait cinq milliards de dollars en cinq ans afin de créer 250 000 nouvelles places dans l'ensemble du Canada. Le Québec empocherait 20 % de l'enveloppe.

Il s'agit là d'un des principaux éléments de la plate-forme du PLC que le premier ministre Paul Martin a dévoilée hier dans sa ville natale de Windsor, en Ontario. Pour marquer l'importance de cet engagement et souligner que «l'expérience du Québec est un véritable phare», M. Martin a fait un saut en fin d'après-midi dans une garderie privée de l'est de Montréal.

Le programme électoral libéral, intitulé Aller droit devant, détaille les engagements, qui totalisent 27 milliards sur une période de cinq ans. Le document d'une soixantaine de pages propose une série de mesures qui s'inscrivent dans les grands thèmes chers à Paul Martin: la place du Canada dans le monde, renforcer les fondations sociales et bâtir une économie forte.

Le gouvernement du Québec s'est réjoui de l'engagement de Paul Martin puisque ce dernier a donné l'assurance que les fonds seraient versés sans aucune condition. «C'est un progrès pour le Québec», a lancé à l'Assemblée nationale le premier ministre Jean Charest.

Le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, a cependant noté que les fonds ne serviraient pas à financer le développement du réseau de services de garde, rappelant que l'atteinte de l'objectif de 200 000 places est déjà assurée d'ici 2006. «On ne peut pas réinvestir dans les services de garde. Il n'y a pas d'étiquette sur cet argent-là et ce n'est pas notre intention de mettre des étiquettes dessus aujourd'hui», a-t-il dit.

La ministre fédérale du Développement social, Liza Frulla, a confirmé que le versement fait au Québec par l'entremise du transfert pour les programmes sociaux pouvait être utilisé comme le jugera bon le gouvernement Charest. Concrètement, pour le Québec, l'engagement du PLC équivaudrait à une enveloppe de un milliard pour cinq ans dont la répartition annuelle resterait à être négociée avec le gouvernement.

Il n'est toutefois pas question pour Québec de rétablir les frais de garde à 5 $ par jour grâce à l'arrivée de nouveaux fonds provenant d'Ottawa, ni d'améliorer l'état des services de garde. Selon le ministre Béchard, les sommes pourraient plutôt servir «à toutes sortes de choses qui aident directement ou indirectement les familles», comme des baisses d'impôt ou encore des investissements dans le réseau de la santé.

Le plan libéral pour les garderies vise d'abord à appuyer les familles et à donner aux enfants un bon départ avant leur entrée à l'école, a expliqué M. Martin, qui a présenté pendant plus d'une heure son programme aux journalistes. «Le Canada n'a pas fait suffisamment [...] et cela doit changer», a fait valoir le chef libéral.

Ce n'est pas la première fois que le Parti libéral du Canada promet d'investir pour créer un programme national de garderies. Le programme électoral de 1988 comportait cette promesse. Jean Chrétien l'avait répétée lors de la campagne électorale de 1993, qui l'avait porté au pouvoir, et avait renouvelé la promesse lors des élections de 1997. Même le gouvernement conservateur de Brian Mulroney avait promis la même chose, au milieu des années 1980.

Paul Martin clame que cette fois-ci est la bonne et qu'il respectera son engagement. La grande différence réside, selon lui, dans le fait qu'un gouvernement libéral n'exigerait pas, comme il l'avait fait au milieu des années 1990, que les provinces versent une somme équivalente à leur investissement. Les finances des provinces et du fédéral sont aussi dans une meilleure posture pour concrétiser les sommes promises, ajoute-t-il.

«On dit qu'on aimerait bien que les provinces investissent en même temps que nous, mais ce n'est pas nécessaire. On est prêt à mettre l'argent sur la table», a martelé M. Martin, qui ajoute qu'il n'a pas non plus l'intention de dicter la marche à suivre aux provinces.

Les gouvernements provinciaux seront responsables de mettre sur pied leur propre réseau, qui devra respecter quatre critères: qualité, universalité, accessibilité et développement.

Pour le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, qui était à Montréal, le Parti libéral applique encore «la même vieille recette». «Il arrive avec des standards nationaux. Chaque fois qu'il y a des normes nationales, on retrouve des attaches quelque part quand on négocie. On parle d'apprentissage, de la petite enfance», a commenté M. Duceppe. Quant aux autres éléments de la plate-forme libérale, M. Duceppe a affirmé que les libéraux copiaient certaines idées de son parti.

Quant au chef du Parti conservateur, Stephen Harper, qui a fait campagne pour une quatrième journée de suite en Ontario, il a rejeté l'idée d'un tel programme pancanadien. Il a souligné que son parti proposait plutôt une aide directe aux familles.

Au delà de l'engagement concernant les garderies, le programme électoral comprend également les plans pour la santé, pour les aînés et pour les villes dévoilés au cours des derniers jours. S'ajoute aussi la production d'énergie éolienne pour laquelle le chef libéral veut faire du Canada un leader mondial. M. Martin propose de quadrupler les objectifs du programme existant pour les faire passer de 1000 à 4000 mégawatts.

Pour ce qui est de l'influence du Canada dans le monde, Paul Martin veut ajouter 5000 soldats aux effectifs de l'armée afin de créer une nouvelle brigade de maintien de la paix. Il propose également de hausser de 3000 les effectifs de la réserve des forces canadiennes afin d'augmenter la capacité de réponse aux crises nationales et aux déploiements internationaux.

La facture totale des propositions libérales atteindrait environ 27 milliards, selon l'évaluation fournie dans les documents.

Avec la collaboration de Clairandrée Cauchy et de la Presse canadienne


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