Plutôt risqué d'être un gars

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du jeudi 27 mai 2004

Mots clés : femme

Mourir jeune se conjugue plus souvent au masculin qu'au féminin

Non seulement les hommes ont généralement une espérance de vie plus courte que celle des femmes, mais leur masculinité fait d'eux des cibles de choix quand la Grande Faucheuse décide de se pointer prématurément, révèle une étude américaine parue dans le dernier numéro de la revue internationale Evolutionary Psychology.

Trop jeune pour mourir? L'étude signée par Daniel Kruger, psychologue social à l'Institut de recherche sociale de l'University of Michigan, confirme que oui, avec des statistiques qui décoiffent. Avant l'âge de 50 ans, pour dix femmes qui meurent prématurément, 16 décès précoces seront enregistrés du côté des hommes.

«Démographiquement parlant, être un homme aujourd'hui constitue le plus important facteur de risque en matière de mort prématurée dans les pays développés», confirme Daniel Kruger, qui a mené cette recherche de concert avec Randolph Nesse, professeur en psychiatrie au même institut. Un ratio étonnant qui atteint un sommet inégalé chez les jeunes adultes de 20 à 24 ans dans les pays développés, alors que trois hommes de cet âge meurent pour une seule femme, toutes causes confondues. En Colombie et en Pologne, ce taux atteint même un impressionnant cinq pour un.

«Ces résultats confirment que nos prévisions sur les différences entre les sexes interagissent avec certains aspects de l'environnement et la culture en place pour en arriver à un taux de mortalité plus élevé chez les hommes que chez les femmes, particulièrement au tout début de l'âge adulte, et plus spécifiquement pour toutes les causes dites externes de mort prématurée», explique le psychologue social.

Fournies par le National Centre for Health Statistics, l'Organisation mondiale de la santé et la Human Mortality Database, ces données mettent en lumière trois catégories d'information. Un ratio homme-femme pour les onze causes les plus fréquentes de mortalité aux États-Unis en 2000. Un ratio général pour 20 pays développés, dont le Canada, pour la même année. Et un dernier ratio calculé sur une période de 70 ans dans cinq pays: la France, le Japon, la Suède, les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Il en ressort que le plus haut ratio homme-femme pour une cause précise survient dans la tranche des 75 à 79 ans, alors que neuf hommes se suicident pour une femme seulement. Ce taux est suivi de près par deux autres causes de mortalité, l'homicide, avec un ratio de près de six pour un, et les accidents non automobiles, avec un ratio de près de cinq pour un, cette fois dans la tranche des 20 à 24 ans.

Globalement, si le taux de mortalité des hommes pouvait être ramené à celui des femmes, le tiers de tous les décès des hommes de moins de 50 ans serait éliminé, a calculé Daniel Kruger, qui doute fort qu'on puisse cependant parvenir à démêler cet écheveau compliqué. «Puisque ces décès sont le résultat d'interactions complexes entre le genre, le comportement et la culture d'une personne, des solutions simples apparaissent improbables.» Ce qui n'empêche pas le chercheur de croire que la tendance plus masculine de prendre des risques s'avère une bonne piste à explorer pour la mise en place d'un plan d'intervention.


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