Santé: 9 milliards bien encadrés
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Paul Martin proposera aux provinces deux nouvelles lois portant sur les soins à domicile et les médicaments

Photo: Agence Reuters
Le premier enjeu pour les provinces demeure financier. Elles font front commun depuis quelques années pour qu'Ottawa paie le quart de la facture du système de santé public, une proposition à long terme du rapport Romanow. Actuellement, Ottawa éponge environ 18 % de la facture, disent les provinces.
M. Martin promet pour l'instant d'augmenter les transferts en espèces de un milliard de plus dès cette année et de deux milliards en 2005-06, mais il ne souffle mot de la façon d'arriver aux 25 % demandés par les provinces.
Pour les années subséquentes, il s'engage à négocier avec les provinces une formule d'indexation qui assurera une croissance prévisible des transferts. M. Martin a toutefois reconnu que cette formule ne serait en vigueur que pour la durée de l'entente, soit 10 ans. Après cette date, de nouvelles négociations seraient nécessaires. Cette proposition ne comble pas le fossé identifié par M. Romanow mais elle est conforme aux suggestions à plus court terme qu'il avait faites, ce que l'entourage de M. Martin ne cessait de souligner hier.
Le reste du plan libéral risque quant à lui de mettre plusieurs provinces sur leurs gardes, question de protéger leur compétence en matière de santé, car M. Martin veut qu'Ottawa soit associé à des réformes touchant le temps d'attente, les soins à domicile, l'accès aux médicaments et aux soins de première ligne.
Il voudrait s'attaquer avec les provinces aux temps d'attente dans cinq secteurs (soins contre le cancer, contre les maladies cardiaques, l'imagerie diagnostique, les prothèses articulaires et la restauration de la vue). Il offre quatre milliards sur cinq ans pour permettre aux provinces d'y remédier mais veut aussi adopter une «stratégie nationale de réduction des temps d'attente» qui exigerait de rendre publics les temps d'attente de certaines procédures et l'adoption de cibles communes.
En matière de soins à domicile, il promet deux milliards sur cinq ans pour aider les provinces à combler les lacunes actuelles. Son objectif cependant est d'en arriver à adopter une loi créant un programme national qui assurerait la couverture des interventions pour maladie mentale, la gestion de cas et les soins palliatifs à domicile.
Un gouvernement libéral voudrait aussi améliorer l'accès aux soins de première ligne en élargissant le rôle des infirmières et en formant plus de personnel. Il souhaite aussi mettre en place d'ici 2006, et encore avec les provinces, une «stratégie nationale du médicament» qui ciblerait, entre autres, les coûts catastrophiques en général et ceux des médicaments obtenus sur ordonnance. «Cela sera suivi d'une législation appropriée et d'un engagement financier fédéral», a indiqué M. Martin sans offrir de chiffres.
Les libéraux promettent aussi d'officialiser le mécanisme de règlement des différends autour de l'interprétation de la Loi canadienne sur la santé. M. Martin s'est d'ailleurs servi de cette promesse pour éviter de se prononcer sur la place du privé dans le système de santé, notant que ce mécanisme pourrait servir à résoudre d'éventuels litiges.
M. Martin ne pourra pas réaliser la plupart de ses engagements sans obtenir la collaboration des provinces. Il le reconnaît. «Oui, c'est de compétence provinciale, mais on a un partenariat pour assurer que les Canadiens d'un océan à l'autre peuvent avoir accès au système et le gouvernement fédéral a un rôle à jouer. On met l'argent [dans les fonds dédiés] pour les aider et pour créer les encouragements que les provinces aimeraient avoir. Mais c'est qu'on veut travailler en partenariat», a-t-il dit.
Après avoir accusé son adversaire conservateur Stephen Harper de mettre en péril le système public de santé avec ses promesses de réduction de taxes, M. Martin a affirmé pouvoir financer ses propres promesses à même le cadre financier existant du gouvernement. Et confronté à la grogne des Ontariens face aux nouvelles primes pour la santé imposées par le gouvernement McGuinty, il a tenu à préciser qu'il ne devrait pas être obligé de suivre la même voie. Il s'est voulu rassurant. Il pourra agir sans hausser les taxes à son tour.
Duceppe accuse
En visite dans la région de Drummondville hier, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a coup sur coup accusé le Parti libéral d'empiéter de nouveau sur les champs de compétence des provinces, de faire un effort timide par rapport à ses moyens financiers et de vouloir sauver sa campagne électorale avec «des promesses improvisées».
Gilles Duceppe affirme que l'annonce d'hier sur la santé ne rétablit même pas la part du financement des soins de santé assumée par le fédéral avant 1993. «Depuis 1994-95, ce sont des coupes de huit milliards de dollars qu'Ottawa a faites, a-t-il dit lors d'un point de presse. C'est loin d'être au niveau où c'était et on n'est pas rétabli de la médecine de Paul Martin. Ce qu'il annonce aujourd'hui, c'est un milliard de plus pour 2004-05, ce qui représente pour le Québec 236 millions, soit l'équivalent de quatre jours de fonctionnement du système de santé. C'est pas réduire les listes d'attente, ça.»
Autre irritant, le parti souverainiste ne digère pas «l'empiétement du fédéral» sur une compétence clairement identifiée aux provinces. «Au lieu de multiplier ses empiétements, cette maladie du Ottawa knows best, ce qu'ils [les libéraux] devraient faire, c'est éliminer le déséquilibre fiscal et remettre les paiements de transferts au niveau où ils étaient lorsqu'ils ont pris le pouvoir. C'est ce que demandent les provinces et le Québec.»
Le chef du Bloc estime que l'annonce d'hier trahit une «improvisation» qui vise à sauver une campagne libérale partie sur le mauvais pied. «J'ai l'impression qu'on va avoir une multiplication des plans et, si on les additionne et qu'on les met dans le même sac, ça va devenir le plan de sauvetage de la campagne des libéraux, soutient Gilles Duceppe. Avec les routes qu'ils inaugurent deux fois, est-ce que la 175 devient la 350 et la 30, la 60? On va où avec ça? Ce sont des promesses de dernière minute pour tenter de sauver leur campagne.»
Scepticisme
Stephen Harper a, quant à lui, offert une fin de non-recevoir au plan Martin, affirmant que les Libéraux n'avaient aucune crédibilité en matière de financement. «La santé n'était pas sa priorité il y a deux mois. Alors comment savoir si ce le sera encore dans deux mois?», s'est demandé M. Harper, en visite dans l'Est du pays. Jack Layton, chef du Nouveau parti démocratique (NPD) a lui aussi exprimé son scepticisme face au plan présenté. De la Saskatchewan qu'il visitait hier, M. Layton a rappelé que Paul Martin avait sabré à coups de milliards dans le financement de la santé alors qu'il était ministre des Finances. «En 1993, ils [les Libéraux] nous ont demandé de les croire quand ils disaient qu'ils allaient augmenter les fonds pour les soins de santé. Et Paul Martin a coupé ces fonds-là plus que personne ne pouvait l'imaginer.»
Avec la collaboration d'Alec Castonguay, de Guillaume Bourgault-Côté et de la Presse canadienne
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