Aux urnes le 28 juin
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Photo: Jacques Nadeau
Le choix se pose différemment pour les Québécois, a-t-il poursuivi, car seulement deux partis peuvent former le gouvernement, le PLC et le Parti conservateur. En optant pour le Bloc québécois, ils priveraient les libéraux de leurs votes et risqueraient de favoriser l'élection de Stephen Harper, a-t-il expliqué. «Voter Bloc, ce n'est pas sans risque. Il ne faut pas que le Québec s'isole.»
Pour les partis d'opposition, la question se posera autrement. Au Bloc québécois, on misera sur la défense de la différence québécoise. On opposera la plate-forme bloquiste au bilan libéral, «c'est-à-dire le scandale des commandites, le gaspillage, le vol de la caisse de l'assurance-emploi, pour démontrer que les libéraux ne défendent pas l'identité québécoise à Ottawa», explique un organisateur.
«L'enjeu de ces élections sera la confiance et la responsabilité. Nous demanderons aux gens s'ils veulent vraiment confier leur argent aux libéraux pour encore quatre ans ou s'ils veulent les tenir responsables pour une décennie de mauvaise gestion et de gaspillage», confie un conseiller du chef conservateur Stephen Harper.
Au NPD, on veut projeter une image positive et ne pas laisser les scandales dicter le plan de campagne. Mais malgré les différences entre les partis d'opposition, les messages se rejoindront. Tous rappelleront que les libéraux ne sollicitent pas un nouveau mandat Martin mais bien un quatrième mandat majoritaire et que leur chef a été membre pendant neuf ans du cabinet Chrétien. «Tous les partis d'opposition vont tabler sur l'usure des libéraux», reconnaît un bloquiste.
La lutte pour les 308 sièges en jeu s'annonce serrée, au dire des sondeurs. Les libéraux sont en avance au Canada par plus de dix points sur les conservateurs, mais au Québec, ils tirent franchement de l'arrière. Le sondage Léger Marketing paru dans Le Devoir jeudi montre que le Bloc (44 %) devance les libéraux par neuf points et que le fossé est encore plus important chez les francophones, les bloquistes obtenant la moitié de leurs intentions de vote. Ces derniers écraseraient donc les libéraux par 20 points.
Le Parti libéral joue gros en se lançant en élections maintenant, car l'histoire montre que le parti en avance perd habituellement des plumes en chemin. «Généralement, quand il y a déplacement [des intentions de vote], c'est très souvent, presque toujours, aux dépens du parti qui, au départ, est en avance», relève André Blais, le directeur de la chaire de recherche en études électorales à l'Université de Montréal, qui ne présume pas de la direction de la campagne à venir.
Pour l'instant, la firme de sondage Ipsos-Reid estime que les libéraux pourraient s'en tirer avec une majorité, mais il suffirait que les conservateurs gagnent des points en Ontario pour que cette majorité s'évanouisse. Lors des dernières élections, les libéraux ont récolté 172 sièges, dont 100 des 103 sièges ontariens disponibles. La fin de la division du vote de droite dans cette province leur interdit de rêver à pareil balayage cette fois-ci. On parle volontiers de 10 à 20 sièges passant aux conservateurs et d'une poignée aux néo-démocrates.
Les libéraux ontariens doivent aussi surmonter les divisions provoquées par les courses à l'investiture et les règlements de comptes contre le camp Chrétien. Le cas de Sheila Copps, dans Hamilton, a attiré l'attention, mais il y en a eu d'autres.
Pour récupérer leurs pertes, les libéraux misent sur l'Atlantique et les centres urbains de l'Ouest, en particulier en Colombie-Britannique. Il y a quelques mois, ils comptaient aussi sur le Québec, mais leur avance s'est écroulée avec le scandale des commandites. Le PLC pourrait perdre beaucoup de terrain, ce qui représenterait une véritable gifle pour Paul Martin, qui tente pour la première fois à 65 ans de se faire élire premier ministre.
«Si M. Martin faisait le genre de score qu'on lui prédit à l'heure actuelle, il serait cruellement et personnellement déçu. Ça voudrait dire qu'il aurait fait moins bien que Jean Chrétien au Québec», note Louis Massicotte, professeur de science politique à l'Université de Montréal.
En 1993, Jean Chrétien n'avait fait élire que 19 députés au Québec alors que le Bloc formait l'opposition officielle avec 54 députés. M. Chrétien a toutefois amélioré sa position, d'élections en élections, passant de 26 élus en 1997 à 36 en 2000. C'étaient encore deux députés de moins que les bloquistes (38), mais il pouvait se vanter d'avoir obtenu plus de votes qu'eux. Il a par la suite réussi à gagner des élections partielles, de sorte qu'à l'heure actuelle, 37 libéraux québécois siègent aux Communes au côté de 33 bloquistes et quatre indépendants.
L'affrontement s'annonce aussi très féroce, surtout à l'endroit du chef conservateur Stephen Harper. Les libéraux ont consacré une bonne partie de leur précampagne à le pourfendre. Le ton a monté de plusieurs décibels cette semaine avec la diffusion des publicités libérales et la création d'un site Internet voué à la dénonciation des prises de position passées de M. Harper. Son parti a répliqué avec un site similaire sur Paul Martin et ses ministres.
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Commentaire sur les enjeux de l'actuelle campagne électorale - par Michel Gourd (michel_gourd@yahoo.ca)
Le dimanche 23 mai 2004 23:00

