Washington soupçonne Chalabi d'avoir eu partie liée avec l'Iran

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AFP
Édition du samedi 22 et du dimanche 23 mai 2004

Mots clés :

Le Conseil intérimaire condamne la perquisition chez l'ancien protégé du Pentagone tandis qu'un proche de Moqtada Sadr est arrêté

Des combats sporadiques entre soldats américains et fidèles de Moqtada Sadr ont été signalés hier à Najaf.

Photo: Agence Reuters

À l'approche du transfert des pouvoirs qui permettra à l'Irak de redevenir «souverain», Washington semble redéployer ses cartes. Bien qu'il se défende d'être intervenu contre lui jeudi, le gouvernement américain soupçonne maintenant Ahmad Chalabi d`être de mêche avec l'Iran.

Bagdad -- Le conseil de gouvernement transitoire irakien a condamné hier les perquisitions qui ont eu lieu la veille au bureau et au domicile d'un de ses membres, Ahmad Chalabi, tandis qu'un proche du chef radical chiite Moqtada Sadr a été arrêté par les forces américaines à Koufa.

L'exécutif irakien, qui s'est réuni après la «rupture» retentissante entre M. Chalabi et la coalition, a «condamné, à l'unanimité, les perquisitions menées chez M. Chalabi et en ont rendu responsables les autorités de la coalition», a affirmé Samir al-Askari, suppléant du chiite Mohammad Bahr al-Ouloum.

Il a annoncé qu'une délégation du Conseil allait rencontrer aujourd'hui l'administrateur américain Paul Bremer «pour que de tels incidents ne se reproduisent plus».

À Washington, le chef d'état-major interarmées américain, le général Richard Myers, a réaffirmé hier au Congrès la position américaine: les perquisitions ont été ordonnées par le ministère irakien de l'Intérieur.

Les États-Unis enquêtent sur Ahmad Chalabi pour déterminer s'il aurait fait passer des informations sensibles à l'Iran, a cependant indiqué hier sous couvert de l'anonymat un responsable américain. M. Chalabi aurait personnellement passé à des agents iraniens des informations tellement sensibles qu'elles auraient pu «mettre la vie d'Américains en danger», avait affirmé la chaîne CBS jeudi. Les preuves contre Chalabi, toujours selon la chaîne, sont «en béton». L'entourage de M. Chalabi a qualifié ces accusations d'«absurdes» et dénoncé une manoeuvre de la CIA pour le discréditer.

Dans les villes saintes chiites, le bras de fer se poursuit entre le jeune leader chiite Moqtada Sadr et la coalition. Des affrontements à Najaf ont fait au moins trois morts parmi les Irakiens.

L'armée américaine a en outre arrêté un des plus proches collaborateurs du dirigeant radical alors qu'il venait de quitter la mosquée de Koufa où son chef a prononcé son prêche hebdomadaire.

«Mohammad Tabtabaï Hakim et son garde du corps ont été arrêtés par les forces américaines et leur chauffeur a été tué alors qu'ils quittaient Koufa par une route secondaire pour regagner Najaf après la prière de vendredi», a affirmé le bureau de Sadr dans un communiqué.

Les soldats américains ont tiré sur la voiture en pensant qu'il s'agissait de celle de Moqtada Sadr, a en outre affirmé un responsable du bureau qui a requis l'anonymat.

Chaque vendredi, Moqtada Sadr, qui s'est retranché dans la ville sainte chiite de Najaf, se rend à Koufa, distante d'une dizaine de kilomètres, pour y diriger la prière. Accompagné par ses hommes, il emprunte des routes secondaires pour éviter les forces américaines qui ont promis de le capturer «mort ou vif».

Dans son prêche hier, M. Sadr a appelé ses partisans à continuer la lutte contre les forces de la coalition «même [s'il est] tué ou arrêté».

Affaire Berg

Dans l'affaire de l'exécution de l'Américain Nicholas Berg, le général Kimmitt a annoncé que les forces de la coalition avaient arrêté quatre personnes, dont deux restent en détention. Une vidéo de la décapitation de Berg avait été diffusée sur un site lié à al-Qaïda.

Plusieurs centaines de milliers de chiites libanais vêtus de linceuls blancs ont défilé hier dans les rues de la banlieue sud de Beyrouth, se disant prêts à mourir pour défendre les villes saintes chiites irakiennes de Najaf et Kerbela.

Les manifestants répondaient à l'appel du secrétaire général du mouvement intégriste Hezbollah, cheikh Hassan Nasrallah, qui avait appelé mardi à adresser «un message symbolique aux Américains pour leur dire que nous sommes un peuple qui ne se contente pas de mots, que nous sommes prêts à mourir en martyrs pour défendre Ali et Hussein», symboles du chiisme.

Les organisateurs ont affirmé que 500 000 personnes avaient participé à la manifestation. La police n'a pas diffusé de chiffre. Il s'agit en tout cas de l'un des rassemblements les plus importants de l'histoire du Liban, qui compte quatre millions d'habitants.


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