Des médecins par milliers
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De l'argent pour les infrastructures mais pas pour la main-d'oeuvre
Devant la pénurie de médecins qui frappe la province, le gouvernement du Québec a demandé aux quatre facultés de médecine d'augmenter en cinq ans le nombre d'admissions d'environ 63 %. La chose fut faite. Seulement, maintenant que les écoles de médecine ont atteint leur pleine capacité, le gouvernement tarde à délier les cordons de sa bourse pour les aider à maintenir la cadence. Inquiétude des doyens et vice-doyens.Selon une étude de la Conférence des recteurs et des principaux d'université menée sous l'égide du Groupe de travail sur les affaires médicales (MEDU) de concert avec les quatre facultés de médecine de la province, le manque à gagner pour la supervision clinique des étudiants en médecine est évalué à 40 millions par année. De l'avis d'Abraham Fuks et de René Lamontagne, vice-doyen exécutif à la faculté de médecine de l'Université Laval, les professeurs cliniciens contribuent à l'enseignement de façon bénévole. Raymond Lalande, vice-doyen des études de premier cycle de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, apporte une nuance: «Les médecins qui viennent enseigner à l'université sont tous payés, dit-il. Là où la tradition québécoise crée problème, c'est avec le nombre croissant d'étudiants dans les stages, les externats et les résidences. L'étudiant est impliqué dans une équipe de soins mais a besoin d'encadrement. C'est ce travail de supervision qui n'est pas rémunéré.»
Congestion
L'augmentation sans précédent du nombre d'étudiants en médecine -- passé de 450 en 1998 à 660 cette année, et estimé à 750 l'automne prochain -- exerce une réelle pression tant sur la formation préclinique que sur la formation clinique, estime pour sa part Réjean Hébert, doyen de la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke: «Doubler le nombre d'entrées signifie doubler le nombre de petits groupes -- l'enseignement en médecine se fait essentiellement par petits groupes --, le nombre de professeurs cliniciens et les milieux de stage. Malheureusement, le financement de base ne tient pas compte du fait qu'on doit établir dans plusieurs milieux cliniques des structures d'enseignement pour assumer la croissance des clientèles.»
De sorte qu'on commence à observer des répercussions sur le plan des stages cliniques et des résidences, par exemple en obstétrique-gynécologie et en pédiatrie. «Ce sont souvent les mêmes professeurs qui s'occupent à la fois des externes et des résidents, et qui travaillent sur le même groupe de patients. Ça donne des milieux un peu congestionnés. Il faut être imaginatif et créatif pour trouver des nouveaux locaux», soutient Renée Roy, vice-doyenne adjointe aux études médicales postdoctorales à la faculté de l'UdM.
Le Dr Lalande, qui préside la Table des vice-doyens de premier cycle au Québec, prévoit quant à lui des points de rupture dans certaines disciplines si aucun ajustement n'est apporté: «Le pourcentage d'augmentation du nombre d'étudiants est majeur, dit-il. Cela nous a forcés à avoir une planification serrée pour les prochaines années et à prévoir le point de rupture dans les milieux de stage. Par exemple, s'il n'y a pas d'ajustement important en gériatrie, on atteindra sous peu ce point critique.»
Le Dr Lamontagne de l'Université Laval avance une solution, soit celle d'élargir le réseau d'enseignement clinique de la faculté avec des CLSC en région: «On veut ouvrir de nouvelles unités, on a fait un appel d'offres dans notre réseau naturel dans le Bas-Saint-Laurent et la Côte-Nord», expose-t-il, avant de conclure sur une note positive: «On a des problèmes, mais c'est "l'fun" aussi car on est dans une phase de développement. Et nos jeunes médecins sont très motivés. Ils cherchent des solutions avec nous pour que le manque de ressources n'altère pas la qualité de la formation. Mais il ne faudrait pas que les gouvernements en abusent en se disant que, même s'ils ne leur donnent pas les ressources nécessaires, ils vont livrer la marchandise. On est des bons citoyens avec des limites!»
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