Entente de la onzième heure

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Éric Desrosiers
Édition du vendredi 21 mai 2004

Mots clés : tca

Air Canada et les TCA mettent fin à leur guerre des nerfs

Air Canada et le syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) ont mis fin à leur guerre des nerfs, hier soir, en concluant une entente de la onzième heure écartant, pour le moment du moins, le spectre de la faillite et de la liquidation.

Permettant de clore le dossier des réductions de coûts de la main-d'oeuvre exigées par ses principaux bailleurs de fonds, l'entente survient à la veille de l'examen, aujourd'hui, par les tribunaux, de l'éventuelle prolongation de la protection dont bénéficie le transporteur aérien en difficulté.

Les termes précis de l'entente, qui reste soumise à la ratification par les membres du syndicat, n'ont pas été révélés. Les représentants des 6400 agents de vente et de service d'Air Canada, qui étaient les seuls à ne pas être encore parvenus à un accord avec la compagnie sur cette question, ont toutefois laissé entendre que les deux parties avaient mis de l'eau dans leur vin. «La négociation est une affaire de compromis», s'est limité à déclarer le président des TCA, Buzz Hargrove, au terme de l'éprouvante journée de pourparlers. Fait inhabituel, le coloré syndicaliste en a profité pour saluer le rôle joué par le chef de la direction d'Air Canada, Robert Milton.

«Les TCA ont dû faire face à des enjeux difficiles, et nous sommes heureux d'en être arrivés à un accord à temps», a commenté pour sa part ce dernier par voie de communiqué. La fin de cette «période stressante pour tous nos employés» et «l'incroyable travail accompli dans les dernières semaines» donnera «l'élan nécessaire» à la compagnie pour qu'elle puisse se passer de la protection des tribunaux dès cet automne, a-t-il ajouté.

Moins de 24 heures après avoir conclu à leur impasse, Air Canada avait repris hier ses discussions avec les TCA. La rencontre entre les deux parties dans un hôtel du centre-ville de Toronto avait été convoquée, la veille au soir, par le juge Warren Winkler de la Cour supérieure de l'Ontario. Elle se voulait une dernière tentative pour trouver un terrain d'entente sur l'ampleur des réductions de coûts de la main-d'oeuvre que devaient encore consentir les 6400 agents de vente et de service pour aider la compagnie à éviter la faillite.

«Je me suis retrouvé plus d'une fois devant des juges et, quand ils vous disent de faire quelque chose, vous avez intérêt à le faire», avait lancé le président Buzz Hargrove quelques minutes avant de s'asseoir à la même table que Robert Milton et son vice-président chargé du processus de restructuration de la compagnie, Paul Brotto. «Je ne suis pas optimiste, avait toutefois alors ajouté le chef syndical. Je ne l'ai jamais été tout au long de cette affaire.»

Air Canada semblait, de son côté, en de meilleures dispositions. Moins d'une journée après avoir affirmé que la position défendue depuis deux semaines par les TCA ne montrait «pas d'évolution suffisante pour justifier la poursuite des discussions», ses porte-parole annonçaient, en effet, hier, l'intention de la direction «de discuter tant et aussi longtemps que l'on ne sera pas arrivés à une solution».

À la recherche d'un manque à gagner total de 200 millions sur les quelque 1,1 milliard en réductions de coûts de la main-d'oeuvre concédés l'an dernier par ses 40 000 employés, le transporteur aérien menacé de faillite était parvenu à une entente en ce domaine avec ses six autres syndicats. Les TCA avaient quant à eux jusque-là refusé les compressions de 45 millions qui leur étaient demandées, alléguant que le manque à gagner, en ce qui concerne le total de 165 millions pour lequel ils s'étaient engagés, ne s'élevait qu'à 18,3 millions.

La guerre des nerfs avait encore monté d'un cran hier avec l'imminence de l'examen par les tribunaux, à 10h aujourd'hui, de la pertinence d'une nouvelle prolongation de la protection dont bénéficie Air Canada en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers de compagnies.

La rumeur, dont faisait état hier Le Devoir, de retrait d'un des deux principaux partenaires financiers dans la relance du transporteur aérien a continué de courir. Différentes sources, notamment syndicales, ont affirmé, en effet, que GE Capital Aviation Services (GECAS) a menacé par lettre Air Canada de s'opposer à tout nouveau délai si aucune entente n'était conclue avec les TCA. On rapportait également que cette filiale de General Electric envisageait de retirer son offre de financement de 1,5 milliard $US pour l'achat et la location d'appareils.

L'autre partenaire financier, la Deutsche Bank, a également lié son aide de 850 millions en garanties financières à la ratification d'un accord entre Air Canada et «tous» ses syndicats sur des réductions de coûts de la main-d'oeuvre totales de 200 millions. Cette condition devait d'ailleurs, en principe, être remplie au plus tard samedi dernier.

Chargé au premier chef de la défense des intérêts des créanciers d'Air Canada, le juge James Farley de la Cour supérieure de l'Ontario, qui supervise le processus de restructuration de l'entreprise et dont relève le juge Warren Winkler, a laissé entendre plus d'une fois que sa patience avait des limites. La plupart des analystes s'entendaient toutefois pour dire, hier, qu'il y avait peu de chance qu'il ordonne dès aujourd'hui la fermeture immédiate et définitive des livres. On pariait d'ores et déjà plutôt sur l'obtention d'une nouvelle période de grâce de trois mois.

Bonnes nouvelles

La résolution de dernière minute du conflit entre Air Canada et les TCA vient s'ajouter à d'autres bonnes nouvelles dans la longue et difficile opération de sauvetage de la compagnie aérienne. La semaine dernière, les autorités fédérales lui ont accordé en effet un délai exceptionnel de dix ans plutôt que cinq pour renflouer le lourd déficit actuariel de la caisse de retraite de ses employés.

Les TCA ont fait valoir, ces derniers jours, qu'un éventuel échec du plan de relance appuyé par GECAS et la Deutsche Bank serait loin de signifier la mort du transporteur canadien, de nombreux autres investisseurs n'attendant qu'une occasion pour se lancer dans l'affaire. La plupart de ces éventuels sauveurs, dont le fonds de retraite des enseignants ontariens (Teachers) et le fonds de retraite des employés municipaux ontariens (OMERS), ont toutefois jusqu'à présent nié avec véhémence tout désir de s'embarquer dans pareille aventure.


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