Sondage Léger Marketing-Le Devoir-The Gazette - Le vote favorable au Bloc se raffermit
Mots clés : sondage
64 % des bloquistes disent avoir fait un choix définitif
Le Bloc québécois s'engage dans la prochaine campagne électorale avec des avances de neuf points sur le Parti libéral du Canada et de 20 points chez les francophones. Même si l'écart avec l'adversaire s'est quelque peu amoindri au cours des dernières semaines, le vote favorable au parti de Gilles Duceppe se raffermit.Comme le révèlent les résultats de ce sondage Le Devoir-The Gazette-Léger Marketing, le vote demeure volatile: 46 % des Québécois interrogés affirment qu'ils pourraient encore changer d'avis. D'ailleurs, les conservateurs apparaissent comme étant un deuxième choix pour 26 % des Québécois.
De façon plus particulière, le deuxième choix de 39 % des libéraux serait le Parti conservateur alors que les bloquistes seraient divisés entre le PC (26 %), le NPD (24 %) et le PLC (22 %). Le Bloc québécois bénéficie toutefois de la plus forte proportion (64 %) d'électeurs dont le choix est définitif. En comparaison, 51 % des électeurs du PLC n'entendent pas changer d'avis.
Mais les jeux ne sont pas faits pour autant, soutient le sondeur Jean-Marc Léger. «L'élection sera serrée au Québec. [...] C'est fascinant. Il n'y a pas d'enjeux et peu d'intérêt, mais beaucoup d'éléments [sont] complètement imprévisibles», fait-il valoir.
De fait, le périlleux dossier des défusions municipales, qui aboutira à la tenue de référendums le 20 juin, chevauchera la campagne électorale fédérale. L'impact des défusions est difficile à mesurer pour l'instant, souligne M. Léger. Ce dernier note toutefois qu'à court terme, certains organisateurs dans les municipalités risquent de manquer au rappel des troupes libérales.
Aussi, le scrutin en début d'été risque d'amplifier le problème du taux de participation: certains électeurs seront déjà en vacances et pourraient bouder leur devoir. Lors des élections de 2000, le Canada a connu le plus faible taux de participation de son histoire avec 61 % dans l'ensemble du pays et 64 % au Québec.
S'ajoute également le scandale des commandites, qui a écorché le premier ministre Paul Martin. Mais sur ce point, il semble que les électeurs n'y voient guère de sujet de préoccupation. Seulement 5 % des répondants estiment que c'est le sujet qui aura le plus d'influence sur leur vote.
Or le Bloc québécois mise beaucoup sur ce scandale, tant et tellement qu'il en a fait le slogan central de sa campagne: «Un parti propre au Québec». «C'est un très bon slogan en début de campagne. C'est un choix judicieux, mais c'est moins sûr que ça va tenir la route tout le long des cinq semaines [de campagne]. À l'inverse, le slogan libéral, "Allons droit devant avec l'équipe Martin", est dangereux puisqu'il essaie de corriger une impression négative et cache le Parti libéral», affirme Jean-Marc Léger.
Ce sondage, réalisé auprès de 1005 répondants entre les 12 et 16 mai derniers et dont les résultats sont précis à trois points près 19 fois sur 20, tend à démontrer l'inconfort des électeurs face au scandale des commandites. Près de trois Québécois sur quatre
(73 %) croient que Paul Martin n'a pas pris tous les moyens requis pour faire la lumière sur le scandale des commandites. Cet avis est partagé par 57 % des électeurs qui ont l'intention de voter pour le PLC.
Toujours sur ce thème, le sondage tend à montrer que 53 % des Québécois voient d'un mauvais oeil la tenue d'un scrutin. Ils jugent inacceptable le fait que Paul Martin déclenche un scrutin avant que toute la lumière ne soit faite sur ce dossier. Les bloquistes sont davantage (64 %) portés à croire qu'il faudrait attendre.
Aussi, malgré ses efforts pour se distancier de son prédécesseur Jean Chrétien, le premier ministre Martin incarne la continuité du régime libéral pour 61 % des électeurs. Il s'agit d'une hausse de six points comparativement au coup de sonde de Léger Marketing effectué en décembre dernier.
Malgré cela, Jean-Marc Léger estime que «les libéraux seront capables de parler d'autres enjeux et de contrôler l'agenda de campagne». Si les Québécois se disent peu préoccupés par le scandale des commandites, ils sont 29 % à désigner le dossier de la santé comme étant prioritaire. D'autres questions les préoccupent, dont l'emploi et l'économie (18 %), l'éducation (11 %), l'environnement et la qualité de vie (10 %), le déséquilibre fiscal (7 %), la souveraineté (5 %), le dossier de l'assurance-emploi (4 %), les défusions municipales (2 %) et les relations avec les États-Unis (2 %).
Le peu d'intérêt soulevé par l'option souverainiste du Bloc québécois place ce dernier devant un paradoxe, fait valoir M. Léger. «Si le Bloc n'en parle pas, les gens ne se sentiront pas interpellés. Mais s'il en parle, il semblera déconnecté», analyse-t-il.
Quant à la présence du Parti conservateur et de son chef Stephen Harper, les Québécois se montrent assez indifférents. On compte 27 % de répondants qui estiment qu'il serait désavantageux pour la province que M. Harper devienne premier ministre du Canada. Par contre, 30 % des Québécois interrogés n'y voient ni avantage ni inconvénient.
Ces résultats font dire à Jean-Marc Léger que Stephen Harper «ne fait pas peur» à la population du Québec, contrairement à son prédécesseur de l'Alliance canadienne, Stockwell Day. «Il y a un vote potentiel pour lui qui est inexploité. D'ailleurs, le Parti conservateur risque de nuire aux libéraux», souligne-t-il.
M. Léger ajoute que si les conservateurs font une véritable percée en Ontario, cela pourrait avoir un impact au Québec. Selon le sondeur, des sièges pourraient être gagnés par le PC dans la grande région de Québec, où un vieux fond conservateur a permis à l'Action démocratique du Québec de faire élire des députés lors des élections provinciales d'avril 2003.
Ces circonscriptions font partie de la vingtaine au Québec que M. Léger estime être au coeur de la bataille électorale qui sera lancée sous peu; les 55 autres circonscriptions apparaissent comme des châteaux forts partagés entre libéraux et bloquistes.
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