Modernisation d'une aluminerie à Baie-Comeau - Québec fait une nouvelle offre à Alcoa
Mots clés : alcoa
Québec -- Alors que l'Assemblée nationale était saisie d'une pétition signée par 20 000 citoyens de la Côte-Nord, le gouvernement Charest a présenté, hier, une nouvelle offre à Alcoa pour la modernisation de son aluminerie à Baie-Comeau.
Selon les informations obtenues par Le Devoir, le gouvernement Charest est prêt à offrir à Alcoa le tarif «L» de grande puissance assorti d'une clause d'indexation prévisible semblable à la formule consentie à l'aluminerie Alouette. La modernisation de l'aluminerie d'Alcoa à Baie-Comeau dépend de la fourniture d'un bloc supplémentaire d'énergie de 175 MW et d'une option sur un bloc additionnel de 125 MW en 2011.
Des précédents
Le ministre délégué aux Ressources naturelles, Pierre Corbeil, a confirmé hier que le tarif et la formule d'indexation de ce tarif, offerts par le gouvernement à Alcoa, s'appuient sur des «précédents». Mais le ministre n'a pas voulu en dire davantage. Il a souligné qu'Hydro-Québec avait déjà prévu fournir ce bloc d'énergie de 175 MW et que celui-ci n'est donc pas lié à la construction de la centrale thermique du Suroît.
Rappelons que l'entente de principe que le gouvernement Landry et Alcoa ont signée à la veille des élections en mars 2003 est devenue caduque le 31 décembre dernier puisque le nouveau gouvernement a refusé de signer l'entente définitive. En janvier dernier, Alcoa a annoncé la suspension des travaux de modernisation. Depuis, les négociations ont été ponctuées de plusieurs dates butoirs. La compagnie a déposé une offre globale le 6 mars, suivie d'une contre-proposition du gouvernement le 11 mars. «On devrait être fixé prochainement, d'ici la fin de mai», a dit M. Corbeil. Du côté d'Alcoa, on confirmait hier avoir reçu la nouvelle proposition gouvernementale sans commenter davantage.
En mars 2003, le gouvernement Landry avait réservé à Alcoa un bloc supplémentaire de 175 MW au tarif «L», celui qu'offre Hydro-Québec à tous ses gros clients. Il avait offert un prêt de 170 millions sans intérêt et un congé fiscal de 10 ans en vertu du programme FAIRE.
Depuis, le gouvernement Charest a mis fin au programme FAIRE. Il offre désormais un prêt sans intérêt de 100 millions associé à la dernière phase de la modernisation, soit 70 millions de moins, et un même congé fiscal. Il exige qu'Alcoa crée 500 emplois dans le secteur de la transformation ou dans le tertiaire moteur, soit une création nette de 250 emplois puisque la modernisation entraîne la disparition de 250 emplois à l'aluminerie.
Tout ce qui bouge dans la région de la Côte-Nord -- préfets, maires, représentant de l'évêché, chef autochtone de Betsiamites, leaders syndicaux, représentants de la Chambre de commerce, etc., une quarantaine de personnes en tout -- s'est déplacé à Québec avec cette pétition de 20 000 noms -- les deux tiers des citoyens de la région en âge de voter, selon M. Di Piazza, une pétition qu'a déposée, hier, à l'Assemblée nationale, le député péquiste de René-Lévesque, Marjolain Dufour. En matinée, M. Di Piazza et le président du Syndicat national des employés de l'aluminium de Baie-Comeau ont tenu une conférence de presse pour signifier au gouvernement que «la population de la Côte-Nord ne peut plus vivre dans l'incertitude», selon les mots du maire de Baie-Comeau.
«C'est une question de vie ou de mort, le projet, pour nous comme région», a soutenu M. Di Piazza. Selon les calculs du Centre local de développement de la Côte-Nord, quelque 5000 personnes quitteraient la région si le projet de un milliard ne voit pas le jour. La modernisation de l'aluminerie représente 5800 emplois directs et indirects pendant les travaux, qui s'étendent sur huit ans, et le maintien de 900 emplois directs, selon l'évaluation de la Coalition.
Hier, à l'Assemblée nationale, le premier ministre et le leader de l'opposition officielle, Bernard Landry, ont croisé le fer sur cette question. M. Landry a accusé M. Charest de jouer avec le destin de la Côte-Nord. M. Charest a répliqué que le gouvernement précédent avait «dilapidé» les ressources naturelles avec des ententes comme celle qu'il a signée en 2003 avec Alcoa.
«L'intervention de l'État doit être l'exception et non pas la règle», a dit M. Charest. «La population de la Côte-Nord est capable de faire son développement économique sans que chaque fois l'État soit obligé d'intervenir. Leur économie est assez bonne, elle est assez forte. Ils sont débrouillards, ces gens-là»,
estime M. Charest.
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