Martin: «J'ai besoin du Québec»
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Un troisième passage au Québec en quatre jours illustre l'importance stratégique du vote québécois

Photo: Jacques Nadeau
Même s'il n'a jamais nommé le Bloc québécois et la menace sérieuse qu'il posait aux libéraux à la veille de la campagne, il avait ce parti dans sa mire. «Le Canada a besoin de ce Québec confiant en sa destinée unique sur le continent nord-américain. Ce Québec qui permet au Canada de se distinguer encore davantage sur la scène internationale et d'accroître sa sphère d'influence. C'est pour cela qu'au Parlement canadien on doit faire attention de ne pas s'isoler dans une opposition éternelle qui donne le pouvoir aux autres et prive le Québec de sa force politique réelle au sein de notre pays», a-t-il dit, après avoir évoqué sa fierté d'être Québécois et de vivre dans la «province la plus progressiste au niveau social».
Au Québec dans son ensemble, Paul Martin promet une nouvelle façon de faire, plus respectueuse de ses aspirations. Il s'est ainsi engagé à ce que le Québec ne soit pas seulement présent aux côtés du Canada à l'Unesco, mais qu'il puisse aussi y «prendre la parole» sur des dossiers comme la diversité culturelle.
«Le Québec, c'est le foyer principal de la langue et de la culture françaises en Amérique du Nord. C'est un des piliers du fait français dans le monde. Il doit pouvoir s'exprimer sur les grands sujets qui le touchent de près. La porte doit lui être toute grande ouverte, sans équivoque et, je vous le promets, elle le sera», a-t-il dit. Il veut d'ailleurs que les provinces soient présentes lorsque des questions internationales touchent leurs domaines de compétence.
Mais le premier ministre n'entend pas aborder l'absence de signature du Québec au bas de la Constitution. Il n'a soufflé mot de la reconnaissance constitutionnelle de la société distincte québécoise ni du droit de retrait avec pleine compensation financière que revendique le Québec.
«Je ne suis pas ici pour vous parler de changement constitutionnel. Je suis ici pour vous parler d'un changement d'attitude. Oui, il y a des juridictions fédérales. Oui, il y a des juridictions provinciales et des responsabilités municipales, et il faut les respecter. Mais ce sera impossible d'atteindre les objectifs de nos priorités respectives si on ne travaille pas ensemble, en partenariat, la main dans la main», a-t-il poursuivi. En fait, le partenariat entre Ottawa et les provinces est une «condition sine qua non» à la réalisation de ses priorités, a-t-il dit. «Être à l'écoute des provinces, c'est essentiel si on veut bien gouverner», a-t-il ajouté.
C'est pour cette raison qu'il dit être ouvert aux demandes du Québec pour des paiements de péréquation plus prévisibles et pour une résolution du dossier des congés parentaux. «Je vous le dis et je vous le promets, on va régler la question», a-t-il insisté.
M. Martin n'a toutefois pas répondu, dans son discours, à l'appel du premier ministre québécois Jean Charest sur le déséquilibre fiscal. À la clôture du conseil général de son parti, dimanche, M. Charest a invité les chefs fédéraux à dire comment ils entendaient le corriger.
Ce n'est que plus tard, en réponse à quelques journalistes qui l'attendaient à son arrivée à Mirabel pour une table ronde avec des représentants locaux, que M. Martin a répété qu'il voulait rehausser les transferts fédéraux pour la santé et l'éducation. «La question, c'est les transferts pour la santé, les transferts pour l'éducation. [...] Certainement, il faut que le gouvernement canadien augmente ses sommes pour la santé et l'éducation. Ça, c'est sûr et je me suis déjà engagé à le faire et je vais le faire.»
Lors de son discours, M. Martin a réitéré qu'il s'engageait officiellement à adopter, lors de la conférence des premiers ministres cet été, «un nouveau mécanisme de transfert afin de fournir aux provinces un financement accru et prévisible pour la santé». Il a aussi répété qu'il voulait, d'ici à la fin de l'année, conclure une entente avec les provinces pour permettre le transfert d'une partie de la taxe fédérale sur l'essence aux municipalités.
Ce troisième passage de Paul Martin au Québec en quatre jours illustre l'importance stratégique du vote québécois lors des élections qui devraient être déclenchées fort probablement dimanche. Les sondages pancanadiens montrent les libéraux suffisamment en avance pour croire à un gouvernement majoritaire, mais la situation au Québec accentue l'incertitude. Non seulement le Bloc est-il en avance, mais il domine largement chez les francophones. Si cette tendance se maintient, Paul Martin pourrait perdre des sièges et faire moins bien que Jean Chrétien en 2000. Ce dernier avait récolté plus de votes que le Bloc, mais avait obtenu deux sièges de moins.
M. Martin a insisté sur la nécessité pour les Québécois d'avoir des députés au sein de l'équipe gouvernementale pour participer à l'élaboration des politiques et à la prise de décision. «Ce dont nous avons besoin, c'est des Québécois pour éclairer par leur perspective tout à fait particulière, en tant que représentants de la francophonie d'Amérique, nos grands débats sur les enjeux de l'heure», a-t-il dit.
Le discours d'hier était attendu, car, au dire de l'entourage de M. Martin, il devait porter sur sa vision de la place du Québec dans la fédération, un sujet qu'il s'est toujours abstenu d'aborder quand il était ministre des Finances et même durant la course au leadership.
Le chef bloquiste Gilles Duceppe a jugé qu'on était loin du compte. À M. Martin qui disait avoir besoin de l'appui des Québécois, il a sèchement répliqué que «le Québec n'a pas besoin de Paul Martin». «Il a eu dix ans pour répondre aux demandes du Québec, et il ne l'a pas fait», a dit le chef bloquiste qui commençait sa tournée officielle hier. Selon lui, la réponse de Paul Martin au premier ministre Charest sur la question du déséquilibre fiscal n'est pas différente de celle offerte par Jean Chrétien à Bernard Landry, et ce, malgré le consensus de l'Assemblée nationale, des provinces et des partis d'opposition fédéraux.
Présent à Laval, le sénateur conservateur Pierre-Claude Nolin a parlé d'un plaidoyer «à genoux» à saveur strictement électoraliste. Il a déploré l'absence de réponse à M. Charest sur le déséquilibre fiscal et de référence directe au caractère distinct du Québec. «J'aurais aimé qu'il reconnaisse le caractère unique du Québec, pas sa destinée unique.»
Vos réactions
Dehors la corruption ... - par Marcel Beaulieu (humblemars@hotmail.com)
Le mardi 18 mai 2004 14:00
Ah bon!, Monsieur Martin a besoin du Québec? - par Raymond Saint-Arnaud
Le mardi 18 mai 2004 11:00

