Selon l'ex-ministre Diane Lemieux - Les défusions vont creuser un fossé entre anglophones et francophones

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Édition du mardi 18 mai 2004

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Dans plusieurs arrondissements, notamment anglophones, de Montréal, le nombre de signatures nécessaire à la tenue d'un référendum sur la défusion a déjà été atteint.

Photo: Jacques Nadeau

Québec -- Les défusions municipales vont anéantir des années d'efforts de rapprochement entre les communautés anglophone et francophone, a prédit hier la députée péquiste Diane Lemieux.

«Comment voulez-vous que l'on réagisse. Dans l'est de Montréal, ils vont dire: "Coudonc dans l'ouest, ils ne nous aiment pas? Qu'est-ce qu'ils nous trouvent? Pourquoi ne veulent-ils pas être avec nous?"», a dit la députée de Bourget et porte-parole de l'opposition en matière municipale, lors d'une entrevue accordée à la Presse canadienne.

Avec la bénédiction du gouvernement de Jean Charest, «un bon nombre de villes majoritairement anglophones» risquent de quitter le bateau, a déploré Mme Lemieux, qui y voit un bien triste message à l'endroit de la majorité de langue française.

Les francophones, et les souverainistes en particulier, «rament comme des damnés» pour créer un environnement où les deux communautés linguistiques trouvent leur compte, a fait valoir la députée. Mais en dépit de ces efforts, «il y en a qui vont nous dire: ben nous ça nous tente pas», a-t-elle regretté.

Si les anglophones se sentent «victimisés» par la majorité, les francophones «ont aussi ce sentiment-là», a poursuivi la bouillante députée. Elle reproche à Jean Charest et à son ministre des Affaires municipales Jean-Marc Fournier, de «vivre sur une autre planète» en prétendant que la question linguistique compte pour bien peu dans le débat sur les défusions. Le gouvernement libéral devra assumer la responsabilité de la rupture entre les deux communautés, a-t-elle estimé. «C'est lourd à porter une rupture comme celle-là.»

Avec les référendums qui se tiendront le 20 juin à Senneville, Baie-d'Urfé, Montréal-Est, Westmount, Montréal-Ouest, Hampstead, Kirkland, Pointe-Claire et Sainte-Anne-de-Bellevue, la grande ville de Montréal, du moins le concept «Une île, une ville» n'existe plus que sur papier.

De fait, même si la barre fixée par le gouvernement pour reconnaître le résultat d'un référendum lui permet de conserver un mince espoir -- au moins 35 % des électeurs inscrits à la liste électorale devront voter OUI --, Mme Lemieux parle néanmoins de la grande ville de Montréal au passé. «Si on lui avait donné du temps. Un peu de temps. Cela aurait été possible [de réussir la nouvelle ville]», a-t-elle laisser tomber.

À Québec, ce n'est pas la question linguistique qui est au centre du débat sur les défusions, mais plutôt un ressentiment profond à l'égard de l'administration de la nouvelle ville. Les anciennes banlieues de L'Ancienne-Lorette, Saint-Augustin et Sillery ont déjà obtenu le nombre de signatures nécessaire pour enclencher le processus référendaire.

Pas de leadership

Que ce soit à Québec ou à Montréal, le gouvernement Charest n'a pas levé le petit doigt pour défendre la ville nouvelle, selon le PQ. «Un leadership nul», a dit la députée de Bourget. «Je les vois se cacher. Il y a juste Yves Séguin [ministre des Finances] qui a fait le geste que le gouvernement devait faire.» M. Séguin s'est en effet prononcé en fin de semaine dernière en faveur du maintien de la Ville de Montréal unifiée.

Au cours des dernières semaines, d'autres ministres ont cependant exprimé leur préjugé favorable aux fusions, notamment Benoît Pelletier, des Affaires intergouvernementales et Monique Gagnon-Tremblay, des Relations internationales. Mais à l'opposé, plusieurs autres membres du cabinet, dont le ministre de la Santé Philippe Couillard, la présidente du Conseil du trésor Monique Jérôme-Forget, le ministre du Travail, Michel Després, et le ministre du Revenu, Lawrence Bergman, préfèrent demeurer le plus loin possible du débat en refusant de se prononcer.


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