Le PLQ défend Charest

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Tommy Chouinard
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 mai 2004

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Le président du parti lance une opération exceptionnelle de réhabilitation de son chef

Trois-Rivières -- Le style de direction du premier ministre Jean Charest suscite l'inquiétude jusque dans les rangs libéraux, à un point tel que le Parti libéral du Québec sent le besoin de lancer une opération exceptionnelle de réhabilitation de son chef.

Le président du PLQ, Marc-André Blanchard, se porte en effet à la défense de Jean Charest dans une lettre qui est publiée aujourd'hui par Le Devoir en page Idées. Afin de rassurer les militants libéraux, dont plus de 300 sont réunis depuis hier soir à Trois-Rivières pour le conseil général du Parti libéral, M. Blanchard avance que Jean Charest est un homme politique du même acabit que l'ancien chef du PLQ et défenseur fort respecté des valeurs libérales, Claude Ryan, décédé en février dernier.

«Depuis les élections du 14 avril 2003, des observateurs de la scène politique et les leaders des partis d'opposition ont utilisé les raccourcis les plus faciles, en particulier en soulignant que M. Charest a été ministre sous le gouvernement de Brian Mulroney et chef du Parti progressiste-conservateur du Canada, pour accuser le premier ministre de trahir les valeurs libérales si chères aux militants de son parti et à ses anciens leaders et de sombrer dans un conservatisme à tout crin, surtout emprunté au Canada anglais. On l'a accusé de sacrifier les travailleurs au profit des patrons, d'être un antisyndicaliste et de littéralement démolir les assises sociales et économiques de l'État québécois. Quand on y regarde de plus près, on constate que ces accusations sont grossières et non fondées», écrit-il.

Cette intervention du président du PLQ n'est pas étrangère au taux d'insatisfaction toujours aussi élevé à l'endroit du gouvernement Charest et au mécontentement de certains libéraux en ce qui concerne la façon de gouverner du premier ministre, qui serait contraire à la tradition libérale. Comme les médias, dont Radio-Canada, l'ont révélé au cours des dernières semaines, des libéraux s'inquiètent du fait qu'un groupe de conseillers, qui ne sont ni des élus ni des employés de l'État et qui n'ont donc pas de comptes à rendre à la population, aient davantage d'influence auprès de Jean Charest que les députés et même la majorité des ministres. Cette grogne dans les rangs libéraux survient seulement un an après la victoire électorale.

C'est dans ce contexte que Marc-André Blanchard s'efforce de rassurer les militants et de redorer le blason du chef, terni par les critiques. Sa sortie, peu commune, témoigne de la volonté des mandarins du parti de renverser une tendance négative au sein même de leur formation politique avant qu'elle ne devienne trop lourde.

Le président du PLQ dépeint Jean Charest comme un libéral «solidement ancré dans la culture et les valeurs de son parti». «Pour le militant libéral, souligne-t-il, les idées mises en avant par le gouvernement actuel ne sont pas une surprise. Elles ont été âprement débattues devant toutes les instances du parti: congrès des membres, conseils généraux, comité exécutif, commission jeunesse, commission politique, caucus des députés, etc. Comme il se doit, le chef du PLQ s'est approprié ces idées et en a fait la promotion avec succès.»

Pour dissiper tout doute dans l'esprit des militants, M. Blanchard rappelle que Jean Charest a reçu un vote de confiance de plus de 95 % des membres lors du congrès de 2000 et qu'«il a bénéficié du soutien et de l'affection indéfectibles des militants pendant ses cinq années comme chef de l'opposition, et ce, malgré une cote de popularité dans les sondages qui laissait croire que le PLQ allait être de nouveau défait aux élections générales».

Qui plus est, Marc-André Blanchard tente de frapper l'imaginaire des militants libéraux et des Québécois en associant Jean Charest au fort respecté Claude Ryan. Selon lui, MM. Charest et Ryan -- dont M. Blanchard est le gendre -- ont «beaucoup en commun», c'est-à-dire «des origines modestes, une descendance irlandaise, une vision commune de la place du Québec dans le Canada, un attachement premier aux libertés individuelles». «Ils adoraient la politique pour le débat d'idées, abhorraient les propos simplistes et les attaques personnelles. Ils n'ont dû compter que sur eux-mêmes, sur leur force de caractère, sur leur détermination et sur leur travail acharné pour bâtir leurs carrières respectives. Ils se comprenaient et se respectaient beaucoup», ajoute-t-il.

Marc-André Blanchard souligne que «Jean Charest n'a pas hésité à faire appel à l'ancien chef du PLQ» pour produire un ouvrage sur les valeurs libérales, en 2002. Or il omet de mentionner que, l'automne dernier, Claude Ryan avait lancé un avertissement qui résonne encore dans les officines libérales. Lors d'une entrevue accordée au Devoir -- sa toute dernière intervention dans un débat public --, M. Ryan avait en effet rappelé la responsabilité du gouvernement Charest en matière de justice sociale et l'avait invité à la plus grande prudence dans son opération de «réingénierie» de l'État.

Dans son discours d'ouverture qu'il a prononcé hier soir, Marc-André Blanche a invité les 300 militants libéraux à faire davantage la promotion du Parti libéral et de son gouvernement. «On ne milite pas suffisamment, on n'exprime pas suffisamment nos points de vue. On laisse trop souvent la place à ceux qui n'ont pas voté pour nous», a-t-il lancé.

Dans son texte, Marc-André Blanchard passe en revue les décisions prises par le gouvernement Charest en précisant qu'elles respectent les valeurs libérales, comme le développement économique et la justice sociale. Par exemple, il cite les 2,5 milliards de dollars en cinq ans investis dans la lutte contre la pauvreté, la création des conférences régionales des élus et le gel des droits de scolarité, omettant toutefois de dire que l'endettement étudiant gonflera en raison de la hausse du plafond des prêts et de la réduction des bourses. Selon M. Blanchard, l'augmentation des frais de garde de 5 $ à 7 $ par jour assure la «pérennité du service public des garderies». Or, dans son programme électoral, le PLQ avait pourtant promis de maintenir la contribution parentale à 5 $ par jour. Le président du PLQ ne précise pas non plus que le gouvernement a renié son engagement de réduire les impôts de un milliard de dollars pour l'ensemble des Québécois cette année, préférant opter pour des primes au travail et un programme de soutien aux enfants.

Les modifications apportées à l'article 45 du Code du travail ont suscité de sévères critiques, confesse-t-il. «Je reconnais que le gouvernement aurait dû expliquer davantage que la raison de cette modification réglementaire était de permettre de créer plus d'emplois», indique le président du PLQ.

En dépit des commentaires positifs de M. Blanchard, force est de constater qu'un malaise tangible se manifeste chez les libéraux en ce qui a trait à certains projets du gouvernement Charest. Il suffit de consulter le cahier des résolutions politiques qui seront débattues ce week-end au conseil général pour le constater. La commission politique de la région de Montréal propose de demander au gouvernement de «respecter l'environnement» dans le développement énergétique, d'opter pour des programmes d'économies d'énergie et de «privilégier la production d'énergie électrique à partir de sources énergétiques renouvelables et non polluantes», comme l'éolien. Il s'agit d'une critique à peine voilée du projet de centrale thermique au gaz du Suroît.

Le PLQ a rendu hommage hier à Claude Ryan puisqu'il s'agissait du premier conseil général depuis le décès de l'ancien directeur du Devoir et ancien chef libéral. Pour l'occasion, Jean Charest a décidé de ne pas prononcer le traditionnel discours d'ouverture du conseil général, préférant prendre la parole pour saluer l'oeuvre de Claude Ryan, dont le décès a profondément bouleversé le parti. L'ancien directeur de cabinet de Robert Bourassa, John Parisella, et le fils de Claude Ryan, Paul Ryan, ont aussi témoigné devant les militants.


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