Accord pour que Sonia Gandhi accède au pouvoir

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Reuters
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 mai 2004

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Photo: Agence Reuters

New Delhi -- Le Parti du Congrès a annoncé hier qu'un accord était survenu avec ses alliés politiques en vue de la nomination de Sonia Gandhi au poste de premier ministre indien. «Cela fait consensus. Les alliés disent qu'ils vont soutenir notre chef de file», a dit aux journalistes Oscar Fernandes, secrétaire général du Parti du Congrès.

Gandhi a mené hier des consultations avec ses alliés sur la formation d'un gouvernement qui remplacera celui du premier ministre sortant Atal Behari Vajpayee, dont la formation nationaliste Bharatiya Janata Party (BJP), qui avait dissous le Parlement, a subi un cinglant revers.

L'importance de la victoire du Congrès a surpris toute l'Inde. Mais Sonia Gandhi demeure une novice en politique. Elle n'est arrivée à la tête du Congrès que sept ans après l'assassinat en 1991 de son mari, l'ancien premier ministre Rajiv Gandhi.

Le Congrès, auquel les sondages n'accordaient aucune chance il n'y a pas trois semaines, est devenu le premier parti dans le Parlement, qui compte 545 sièges.

Mais la coalition de Gandhi devra s'ouvrir à d'autres formations car elle totalise moins de 220 sièges. Le Congrès devra ainsi tendre la main aux partis de gauche, qui détiennent une soixantaine de sièges et dénoncent les réformes libérales lancées par le BJP de Vajpayee. Selon les résultats définitifs, le Congrès et ses alliés totalisent 217 sièges contre 185 pour le BJP et ses alliés et 137 pour les autres partis, dont ceux de gauche. Le soutien du Parti communiste indien (CPM), qui a 33 députés, est jugé capital pour Gandhi.

La plupart des centaines de millions de pauvres des zones rurales et urbaines n'ont en rien profité de la libéralisation de l'économie amorcée il y a dix ans par le Parti du Congrès et accélérée par le BJP, qui s'est accompagnée d'une croissance en hausse, d'une baisse des taux d'intérêt et d'une arrivée massive de biens de consommation.

Classes favorisées

Ce processus n'a en effet bénéficié qu'aux classes moyennes urbaines et accru les disparités au sein de la société indienne.

Le BJP a dissous le Parlement et organisé des législatives anticipées dans l'espoir de renforcer sa majorité à la faveur de bonnes récoltes et de la relance du processus de paix avec le Pakistan. Le parti nationaliste présentait ce bilan sous le slogan «L'Inde rayonnante».

«Notre évaluation s'est révélée erronée», a reconnu Venkaiah Naidu, président du BJP.

«Le BJP a affirmé à la population que l'Inde était prospère et développée. Mais quand l'Indien ordinaire observe sa situation, il se rend compte que rien de tout cela ne le concerne», a expliqué le politologue V. B. Singh. Pour des centaines de millions d'Indiens, l'eau, l'électricité, l'accès aux soins ou à un travail et la nourriture demeurent en effet des préoccupations quotidiennes.

Pour autant, les dirigeants communistes ne sont pas opposés à toutes les réformes d'inspiration libérale du BJP et du Congrès. Le CPM, au pouvoir dans l'État du Bengale occidental depuis plus d'un quart de siècle, a notamment travaillé à attirer les investissements étrangers pour lutter contre la pauvreté.

Mais il s'est également prononcé contre la privatisation des entreprises publiques rentables et demande une plus grande consultation des salariés lors de la vente des sociétés qui les emploient, au grand dam de certains analystes financiers, qui craignent pour le rythme des privatisations.

Ceux-ci craignent également que les partis de gauche ne bloquent des mesures visant à faciliter les embauches et les licenciements et qui sont dénoncées par les communistes comme des facteurs de précarité sociale.

«Nous ne sommes en rien contre les réformes. Mais nous n'allons pas poursuivre ces mêmes politiques irréfléchies, qui n'ont rien fait pour lutter contre les problèmes de pauvreté et de chômage. L'agriculture sera une priorité», a dit D. Raja, un responsable de gauche.

De son côté, le Parti du Congrès souhaite poursuivre les privatisations mais reconnaît que vendre les entreprises publiques bénéficiaires ne sert à rien.

Les députés doivent élire aujourd'hui le chef de la majorité. Et un grand nombre d'entre eux s'accordent à dire que les origines italiennes de Sonia Gandhi ne constituent pas un obstacle, même si le BJP a axé une partie de sa campagne sur ce point.

Des médias locaux ont rapporté que le déménagement des affaires de Sonia Gandhi de son domicile vers la résidence du premier ministre avait d'ores et déjà débuté.

La victoire de Gandhi ne marque pas seulement le retour en grâce du Parti du Congrès, écarté du pouvoir depuis 1996: il signifie également le retour au pouvoir de la dynastie Nehru-Gandhi, qui avait permis au pays d'accéder à l'indépendance en 1947 et de présider aux destinées indiennes pendant plusieurs décennies.


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