Prestations-cadeaux

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Jean-Robert Sansfaçon
Édition du mercredi 12 mai 2004

Mots clés :

L'annonce était attendue, elle est venue une semaine avant le déclenchement des élections. Ottawa ajoute cinq semaines de prestations aux 45 semaines auxquelles les travailleurs saisonniers ont présentement droit. Jadis, un certain Duplessis donnait des frigos, aujourd'hui, Paul Martin donne «du chômage». Où est le progrès ?

Il y a deux semaines, travailleurs, élus et commerçants de la Haute-Côte-Nord sont sortis dans la rue pour revendiquer qu'Ottawa bonifie le régime d'assurance-emploi, dont la réforme de 1996 est venue réduire les avantages. L'actuel premier ministre, Paul Martin, alors ministre des Finances, était sans doute celui qui attendait le plus de cette réforme, qui devait lui fournir la marge de manoeuvre suffisante pour venir à bout du déficit chronique du gouvernement et, plus tard, dégager des excédents fantastiques, année après année.

Pour encourager, voire forcer les chômeurs fréquents à travailler plus longtemps, Ottawa avait resserré les critères d'admission au régime et réduit la période des prestations. Ce faisant, il a créé ce fameux «trou noir» qui sépare la fin des prestations du début de la nouvelle saison de pêche, de construction, de tourisme ou autre.

En annonçant qu'il allongeait de cinq semaines la durée des prestations dans une année pour les travailleurs saisonniers de certaines régions encore indéterminées, Ottawa est venu satisfaire à une des demandes répétées des habitants des régions ressources, mais seulement de celles dont le taux de chômage est supérieur à 10 %.

Il va sans dire que ces modifications introduites à la hâte, sous forme de «projets pilotes» et par simple décret, soulageront temporairement des milliers de chômeurs saisonniers. Le malheur, c'est qu'elles n'amélioreront en rien les compétences des individus concernés, pas plus qu'elles ne s'attaqueront au problème du travail saisonnier, trop souvent de très courte durée.

Le sous-développement des régions est une question complexe, cela s'entend. Voilà bien pourquoi il faut faire plus que verser quelques semaines de prestations supplémentaires à des chômeurs, dont la majeure partie du revenu annuel provient déjà de l'assurance-emploi, pour trouver des réponses.

Depuis l'entrée en vigueur de la réforme, plusieurs études ont montré que, si le nouveau régime coûtait moins cher que l'ancien -- ce qui n'est pas un mal --, en revanche, il passait souvent à côté de ses objectifs initiaux d'incitation à travailler plus longtemps, à accepter d'autres emplois, à chercher dans un autre domaine ou à parfaire la formation professionnelle. Dans certains cas, l'assurance-emploi réformée provoquerait même des résultats tout à fait contraires à ceux qui étaient poursuivis.

Après bientôt dix ans d'existence, le temps est venu pour Ottawa de revoir ce régime rapiécé sous la pression des uns et des autres, auquel on a greffé des responsabilités aussi variées que la lutte au déficit, les congés parentaux, les congés de maladie ou de compassion. Toutes choses, en somme, qui n'ont rien à voir avec l'adaptation de la main-d'oeuvre aux changements économiques.

À trop vouloir élargir son mandat, Ottawa a détourné l'assurance-emploi de ses objectifs initiaux, et ce ne sont certainement pas des projets pilotes conçus à la hâte, dans le but de séduire l'électorat de certains coins de pays où les libéraux tirent de l'arrière, qui corrigeront les failles du régime.


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Une annonce incomplète et surtout immorale - par Gaston Beauchesne (ga.beauchesne@cgocable.ca)
Le mercredi 12 mai 2004 10:00

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