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Madeleine Camirand (madeleine.camirand@sympatico.ca)
Envoyé Le vendredi 07 mai 2004 18:00



Monsieur Truffaut,

Votre texte est courageux. Je vous salue et vous remercie de m'avoir appris qu'en se défaussant, monsieur (?) Rumsfeld s'était délester la conscience allègrement... Des photos ont circulé "clandestinement" dans les anti-chambres de la Maison blanche et les massacres ont néanmoins continué. Que faut-il en penser ?

J'ai vu, en illustration de votre article, une photo que j'aurais préféré ne jamais voir, tellement j'en avais déjà imaginé l'horreur. Quand j'ai entendu la nouvelle radio, descriptive des gestes d'humiliation posés par les soldats et soldates à la solde des États-Unis, j'aurais aimé me trouver dans une forêt tellement m'est venue très forte l'envie de hurler d'horreur. Mais, voyez-vous, je vis en ville, et mon cri aurait été tellement strident d'effroi que, pour sûr, je me serais ramassée en psychiatrie...pour avoir dérangé mes voisins. J'ai plutôt pleuré, silencieusement.

Comment pouvons-nous nous endormir le soir, après de telles nouvelles de nos frères humains, à l'autre bout de la planète? Je n'écoute plus, ou à peu près plus la télévision depuis plus d'un an et je ne suis pas la seule de mon espèce.

Il y a une limite à ce qu'un être humain peut supporter. Je pense à tous ceux, là-bas, qui vivent un état transitoire, un paradoxal enfer humain - par opposition au supposé enfer "divin", territorial, psychologique, et, à bien des égards, mes petites souffrances quotidiennes, je suis consciente que j'ai le devoir de les relativiser. Elles sont sans commune mesure avec ce qui se vit là-bas.

Cependant, j'entends, en vous écrivant ce texte, que le gouvernement Bush d'Abou Ghraib songe dès maintenant à raser la prison d'Abou Ghraib, sans doute pour effacer toutes traces du passage des factions chargées de "finir le travail". Déjà, l'utilisation de ce langage, qui a plus à voir avec celui des gangs du crime organisé, nous donne un signe de piste...

J'entendais ce matin à Indicatif présent un être désireux de corriger les perceptions souvent faussées par les réflexions entendues dans notre environnement immédiat ou par le biais des médias. Cet être-là, monsieur Tariq Ramadan, un intellectuel suisse, cherche à comprendre les cultures musulmane et islamique, souhaite que d'autres êtres, de toutes origines et de toutes affiliations religieuses ou philosophiques (agnostiques autant que croyants), se rencontrent, s'impliquent dans leur milieu respectif pour tendre vers un monde plus harmonieux. Tout ça peut paraître extrêmement idéaliste et voué, à priori, à un échec certain en ces temps tellement troubles.

J'ose croire qu'autant d'humains se lèveront, que le grand nombre des opposants à cette guerre se souviendront de leur révolte intérieure du départ et signaleront à leur gouvernement respectif qu'ils ne souhaitent pas être les complices muets de ce type d'exactions, quand ce ne sont pas des exécutions sommaires...

J'ai toujours trouvé, depuis la guerre du golfe, que les termes de vocabulaire utilisés pour parler de la guerre, devenaient la preuve audible que les guerres qui sont faites le sont sans le coeur. "Dommages" collatéraux... que nous reste-t-il de tangible sur la légitimité (?) d'une guerre quand on adopte ce type de langage ?

Bush avait dit vouloir "installer" la "démocratie" en Irak. "Démocratie" voudrait-elle dire pour lui n'en faire qu'à sa tête ? Ou encore, un "laisse faire"... "démocratie" voudrait-elle dire "laisse faire" au gré de
celles détenues (têtes dirigeantes comme chercheuses...) par les lobbys dont il est l'objet ?

Que vivent donc, qu'ont donc vécu ces bourreaux pour se conduire de telle façon ? On nous dit que plusieurs d'entre eux sont recrutés dans les quartiers pauvres états-uniens... Qu'ont-ils en tête ? Qui ont-ils en tête ?

Bush croyait pouvoir contrôler la couverture médiatique de cette guerre en "araisonnant" des photo-journalistes. Il s'en sera trouvé parmi le nombre pour signaler l'horreur à la face du monde.

La planète entière est en train de devenir folle, lentement, mais sûrement, si chacun, chacune de nous laissons d'autres humains faire fi de la règle d'or : "Conduis-toi avec chacun, chacune, comme tu aimerais que l'Autre se conduise avec toi." En court: "Aie des égards." L'application de cette règle évite les égarements.

Exemple concret, vécu ici (en cette 20e année de commémoration de l'événement Lortie à l'Assemblée nationale): Le sergent René Jalbert, en avait eue, de la considération, vis-à-vis le caporal Denis Lortie. Il s'était adressé à lui respectueusement, malgré les gestes qu'il venaient de poser, en l'appelant "Monsieur". La négociation a pu avoir lieu.

Il est impérieux de trouver un chemin vers la paix.






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