Irak et Afghanistan: 35 cas de torture auraient conduit à la mort de 25 prisonniers

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AFP
Édition du mercredi 05 mai 2004

Mots clés : torture, prisonniers

- Washington promet que justice sera faite - Le Congrès américain est stupéfait d'avoir été laissé dans l'ignorance par le Pentagone

Les commissions des forces armées du Sénat et de la Chambre des représentants se sont réunies d'urgence, hier, pour discuter du scandale des tortures
infligées à des prisonniers en Irak et en Afghanistan. Depuis décembre 2002, 35 cas de sévices ont conduit à la mort de 25 prisonniers, a révélé hier le général et vice-chef d'état-major de l'armée de terre, George Casey, ici entouré des sénateurs John Warner et Carl Levin.

Photo: Agence Reuters

Washington -- Le gouvernement Bush a promis, hier, que justice serait faite dans le scandale des sévices, parfois meurtriers, infligés à des prisonniers en Irak et en Afghanistan, pendant que les condamnations ne cessent d'affluer dans le monde pour critiquer les États-Unis et que, au Congrès américain, des sénateurs indignés ont réclamé une enquête approfondie.

Selon un haut responsable militaire américain, le général George Casey, 35 cas de sévices ayant conduit à la mort de 25 prisonniers ont été recensés lors d'enquêtes menées depuis décembre 2002 dans des prisons militaires américaines en Irak et en Afghanistan. Le général Donald Ryder, officier responsable de l'application des peines du système pénitentiaire, a précisé que les morts incluaient deux présumés homicides de prisonniers par des soldats, celle d'un prisonnier qui tentait de s'échapper et dix autres cas qui faisaient encore l'objet d'une enquête. Il a précisé que l'origine de 12 autres cas de mort de prisonniers restait pour le moment inconnue.

Après la révélation, il y a une semaine, de tortures commises en Irak, sur lesquelles le Pentagone enquête depuis janvier, l'armée américaine a décidé d'interdire de couvrir la tête des prisonniers avec des sacs.

Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, plutôt discret jusqu'à présent, a souligné hier que «les actions des soldats sur les photos étaient totalement inacceptables et non américaines».

Aux Nations unies, à New York, le secrétaire d'État, Colin Powell, a affirmé que «justice sera faite». «Ces individus seront présentés à la justice militaire», a assuré M. Powell à l'issue d'une réunion du quartette (États-Unis, Russie, ONU et Union européenne) sur le Proche-Orient. Colin Powell a reconnu être «profondément inquiet des effets que ces images pourront avoir de par le monde», tandis que M. Rumsfeld a souligné que cette affaire «portait tort de façon fondamentale» aux États-Unis.

Outre les condamnations dans le monde, des critiques virulentes sont venues du Congrès américain, stupéfait d'avoir été laissé dans l'ignorance par le Pentagone. Les commissions des forces armées du Sénat et de la Chambre des représentants se sont réunies en urgence, hier, pour évoquer le scandale.

«Nous devons dire à la communauté internationale: l'Amérique, ce n'est pas ça», a déclaré le chef de la minorité démocrate au Sénat, Tom Daschle. «Il est impératif que le Sénat lui-même parle de ce problème et envoie un message clair -- par le biais d'une résolution ou une autre expression collective de son écoeurement -- soulignant l'importance de notre adhésion aux règles internationales de protection des droits de l'homme pour chaque individu», a-t-il ajouté.

Ces «actes dégradants» suscitent une «condamnation universelle», a renchéri le dirigeant de la majorité républicaine, le sénateur Bill Frist.

«Nous ne pouvons pas laisser cette affaire tragique ternir le service du reste des hommes et des femmes dans nos forces armées», a déclaré le sénateur républicain John Warner, président de la commission des forces armées du Sénat, à l'issue d'une audition à huis clos de plusieurs responsables du Pentagone, ajoutant que, «selon les termes de la Constitution américaine, le pouvoir civil contrôle l'armée».

Il a promis la tenue très prochaine d'auditions. Le sénateur Daschle a demandé que le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, vienne s'expliquer en personne au Sénat d'ici la fin de la semaine.

Les soldats américains accusés d'avoir commis des sévices sur des détenus irakiens ont avant tout «obéi à des ordres» et ce sont leurs supérieurs qui doivent être tenus responsables, a affirmé Guy Womack, avocat du soldat Charles Graner, l'un des militaires accusés.

Autres cas

Pendant que les Britanniques s'interrogent toujours sur la réalité des photos montrant un soldat britannique urinant sur un prisonnier irakien, de nouvelles informations ont fait état de dix autres cas de civils irakiens ayant subi des sévices par «des militaires britanniques». Une enquête est menée à la fois en Angleterre, à Chypre et à Bassora, a indiqué le secrétaire d'État aux forces armées, Adam Ingram.

Le scandale a accentué, notamment dans le monde arabe, les ressentiments à l'égard des États-Unis. Coups, simulacres d'exécution, insultes, déshabillages forcés: un jeune caméraman irakien de la chaîne al-Jazira, du Qatar, a témoigné d'humiliations subies pendant une détention de deux mois aux mains des Américains en Irak. Au Caire, le quotidien d'opposition al-Wafd a publié en première page quatre photos montrant, selon lui, des viols d'Irakiennes commis par des soldats, sans préciser l'origine de ces photos, dont l'authenticité n'est pas confirmée.

Selon un rapport américain, dont des extraits ont été diffusés lundi, des soldats dans la prison d'Abou Ghraïb ont «frappé» et «sauté sur les pieds nus des prisonniers, utilisé des chiens sans muselière pour faire peur aux détenus, sodomisé un détenu et menacé les détenus masculins de viol».

La Maison-Blanche a confirmé, hier, que le Pentagone avait lancé une enquête approfondie dans «tout le système pénitentiaire pour s'assurer qu'il n'y ait pas de problème systématique». Le président «veut vraiment que le Pentagone examine bien tout cela et prenne des mesures contre ceux qui sont responsables de ces actes épouvantables», a précisé son porte-parole, Scott McClellan.

Des poursuites pénales ont été engagées contre six militaires impliqués, et six officiers ont reçu des blâmes qui mettent de fait un terme à leur carrière. Un septième officier a reçu une réprimande écrite de moindre degré. La générale Janis Karpinski, chargée des centre de détention en Irak, fait partie des officiers sanctionnés, qui ont tous décidé de faire appel.

Au total, cinq enquêtes distinctes sont menées, selon les militaires américains. La prison d'Abou Ghraïb compte 4500 prisonniers. Quelque 11 000 détenus sont enfermés dans d'autres centres pénitentiaires en Irak.

Le président américain George W. Bush accordera aujourd’hui des interviews à deux chaînes de télévision arabes pour déclarer au monde arabe que les abus commis contre des prisonniers en Irak sont «éhontés et inacceptable», a déclaré hier soir le porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan.


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