La plus grosse IPO de l'histoire de Wall Street - Tous les yeux sont fixés sur Google
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Photo: Agence Reuters
Toujours à la pointe de l'originalité, les cofondateurs Sergey Brin et Larry Page promettent dans un «manuel des propriétaires» destiné aux investisseurs potentiels que la transformation de Google en une société cotée ne changera pas sa culture.
Les petits génies de Google
Les cofondateurs ont fait germer leur idée de génie sur les bancs de la prestigieuse université californienne de Stanford, où ils se sont rencontrés en 1995.
Sergey Brin, fils de Moscovites émigrés à la fin des années 70, avait alors 23 ans et devait ce week-end-là faire visiter l'université aux futurs élèves de troisième cycle, parmi lesquels un certain Lawrence Page, 24 ans, frais émoulu de l'université du Michigan où son père enseigne les sciences informatiques.
Plus forts en thème l'un que l'autre, raconte-t-on aujourd'hui, «ils se sont disputés sur tous les sujets abordés» sauf un: la nécessité de concevoir un outil révolutionnaire pour dénicher l'information recherchée dans l'océan de données qu'est le Web. «C'était un des plus grands défis de l'informatique à l'époque», poursuit la version un brin romancée du site Internet de Google.
En janvier 1996, Page et Brin commencent à travailler sur ce qui deviendra Google, une technologie à base d'algorithmes capable de balayer en quelques secondes des milliards de pages Web.
Après des tests sur des PC bon marché récupérés à la fac, le moteur sera mis en service depuis un centre logistique établi dans la chambre d'étudiant de Larry. La société Google est créée en septembre 1998 avec une mise de départ de un million $US, récupérés en mobilisant des proches.
La suite de l'histoire est celle d'une success story américaine d'autant plus étonnante qu'elle a été dirigée par de purs cerveaux scientifiques, ignorant tout du monde des affaires et partageant peu la prise de décision.
Quand on leur parle ventes et publicité, Page et Brin répondent souvent matière grise. Et des ingénieurs qu'ils ont embauchés par dizaines, les génies de Stanford exigent qu'ils consacrent une journée de travail par semaine à leurs propres recherches. Car une nouvelle trouvaille de choc est peut-être en gestation. «Nous encourageons la créativité et tolérons le chaos», a avoué la semaine dernière à l'hebdomadaire Business Week un vice-président de Google, Wayne Rosing.
C'est sans doute cette philosophie radicale qui a séduit les sociétés de capital-risque ayant soutenu dès 1999 la nouvelle étoile de la Silicon Valley. Aujourd'hui ces investisseurs voient se profiler des retours d'au moins 20 000 $US pour chaque billet vert investi, si la capitalisation boursière de Google atteint les 20 milliards.
Page et Brin, qui sont officiellement célibataires, pourraient se retrouver chacun à la tête d'une fortune de trois milliards, d'après Business Week.
Au sixième rang
Le moteur de recherche américain Google s'est hissé en six ans au panthéon d'Internet et son nom étrange appartient désormais au vocabulaire quotidien de dizaines de millions d'utilisateurs à travers la planète. Aujourd'hui richissimes trentenaires, Larry Page et Sergey Brin sont à la tête, avec le p.-d.g. Eric Schmidt, d'un des dix sites les plus populaires au monde, vers lequel les annonceurs publicitaires se ruent.
Le site google.com revendique plus de 200 millions de recherches quotidiennes, parmi plus de quatre milliards de pages recensées, et une audience désormais encore plus forte à l'étranger qu'aux États-Unis. Le moteur est configuré pour permettre des recherches dans 97 langues différentes, afin d'aboutir en un clin d'oeil sur des recettes de cuisine, des biographies, des actualités ou encore les traitements existants pour une maladie rare.
Google est si populaire qu'il est entré dans le langage courant sous la forme d'un verbe. On google un thème, un restaurant, un film, un fiancé potentiel, voire... soi-même, pour tester sa célébrité virtuelle. À titre d'exemple, le panel Nielsen/NetRatings avait recensé pour janvier 2004 quelque 59,3 millions de visites sur google.com, contre 45,8 millions de consultations pour la fonction «recherche» du grand concurrent Yahoo! et 44,6 millions pour celle de msn.com, le portail du groupe Microsoft.
Pur moteur de recherche au départ, Google a commencé à tester en avril un service de courriels afin de faire passer davantage de temps sur le site à ses usagers.
La société, établie à Mountain View en Californie, et qui emploie près de 2000 personnes dans une vingtaine de pays, vit de ses recettes publicitaires et de la vente de sa technologie à quantité de petits sites et aux plus grandes multinationales, dont Time Warner pour son portail AOL.
Yahoo! l'a défié frontalement en annonçant en février qu'il abandonnait sa technologie pour développer la sienne propre. Microsoft doit également lancer prochainement son propre moteur de recherches.
Google doit son nom un peu barbare à une formule mathématique, un suivi de 100 zéros (le googol). Un chiffre supérieur au nombre d'atomes dans l'univers et qui témoigne de l'ambition de cette étoile du Web.

