Jean Charest salue la mémoire des soldats canadiens morts en Normandie
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Photo: Agence France-Presse
«J'aimerais que les Québécois puissent en tirer toute la fierté qui leur revient d'avoir fait cette contribution à la libération de la France et à la fin de la Deuxième Guerre», a-t-il poursuivi.
D'une extrême violence, la campagne de Normandie a duré dix semaines et a permis de libérer la France du joug nazi, premier pas vers la déroute totale du régime d'Adolf Hitler.
Les soldats canadiens qui ont pris part à la bataille étaient tous des volontaires, contrairement aux contingents américains et britanniques.
Au deuxième jour de sa visite officielle dans l'Hexagone, le premier ministre s'est d'abord rendu au cimetière militaire canadien de Beny-sur-Mer, tout près de la côte, où il a déposé une gerbe de fleurs en l'honneur des 2000 soldats qui y sont inhumés.
Accompagné par la ministre française de la Parité et de l'Égalité professionnelle, Nicole Ameline, M. Charest, flanqué de la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, s'est par la suite rendu au Centre Juno Beach, un musée sur l'histoire du Canada, où il a entendu les témoignages de ceux qui étaient aux premières loges du débarquement, les villageois des environs.
Témoignages
Âgé de 19 ans à l'époque, Georges Regnault a été marqué à jamais par sa rencontre avec un soldat québécois tout juste débarqué.
«Il m'a dit, en français: "Êtes-vous un Boche [un Allemand]?" J'ai dis bien sûr que non. Puis je lui ai demandé s'il était français. Il m'a dit non, je suis canadien-français», a raconté le vieil homme en imitant l'accent québécois.
Puis, la voix étranglée par l'émotion, il a exprimé toute la reconnaissance qu'il ressent depuis ce jour pour les libérateurs d'outre-Atlantique, une reconnaissance qui s'est traduite par l'entretien de sépultures de soldats canadiens tombés au combat. «C'était un mur d'acier inimaginable, incroyable», a pour sa part témoigné Bernard Martin, faisant à allusion aux plus de 6000 navires alliés qui ont accosté à l'aube du 6 juin 1944 sur la côte. M. Martin, qui avait alors 17 ans, a été à ce point impressionné par l'arrivée des troupes qu'il s'est enrôlé dans l'armée canadienne, dans les jours suivant le débarquement.
«Je ramassais les cadavres [de soldats du Canada] sur la plage. Des corps déchiquetés. Il y en avait qui ne s'étaient même pas rendus sur la rive, s'étant noyés sous le poids de leur équipement», a témoigné avec aplomb l'homme de 77 ans, qui admet conserver une rancune certaine à l'égard du peuple allemand.
«Les "Fritz" étaient capables, disons-le franchement, de se conduire en salopards. Ce n'étaient pas des enfants de choeur. Disons qu'aujourd'hui, je peux les tolérer, mais je ne peux pas les apprécier», a-t-il dit, n'étant pas du tout disposé à rompre avec le passé.
Suzanne Hommeril a relaté quant à elle combien elle avait été terrorisée, enfant, par les hordes de soldats débarquant sur le rivage et la riposte allemande qui s'en est suivie. En larmes, elle a raconté au premier ministre qu'un soldat canadien avait eu à son égard un petit geste qui lui a redonné espoir. «Il m'a donné du chocolat. C'était réconfortant au possible. C'est sûr que je ne l'ai pas remercié assez. J'étais tellement angoissée. Mais [ce geste] est resté dans ma tête et dans mon coeur», a-t-elle dit.
Un peu plus tôt, au cimetière de Bény-sur-Mer, Daniel Goddard, 56 ans, a fait valoir que la France devait son identité linguistique et culturelle aux Canadiens. Si ces derniers n'avaient pas débarqué, ce jour du 6 juin 1944, l'Europe entière serait «allemande», a-t-il estimé.
Ces témoignages ont impressionné M. Charest, qui a promis que le Québec marquerait d'une façon substantielle les 60 ans du débarquement le 6 juin 2004.
Mais, d'ici là, M. Charest rencontrera aujourd'hui le président de la République française, Jacques Chirac, avec au menu des discussions sur la diversité culturelle, la candidature de Québec pour accueillir le Sommet de la francophonie en 2008 et l'implication de la France dans les festivités du 400e anniversaire de la ville de Québec, la même année en 2008. Le maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, souhaite en effet obtenir de l'Hexagone une étape du Tour de France, de même qu'une contribution financière pour la construction d'un monument, en fait un escalier gigantesque reliant la haute et la basse-ville, pour souligner les 400 ans de ville.

