Technologie: Le défi de l'appropriation des technologies par les citoyens
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Le principal enjeu du futur gouvernement en ligne sera l'appropriation des technologies par le citoyen. Toutefois, pour que ce soit une réussite totale, il conviendra de s'assurer que certains groupes de citoyens ne seront pas laissés sur l'accotement.
Au diapason de plusieurs grands enjeux socio-économiques et technologiques, ce rapport devrait surprendre plusieurs observateurs du milieu par son audace. Cependant, il semble qu'un second rapport parallèle, à l'antipode du premier, et surnommé «rapport Desbiens», du nom du sous-ministre au Conseil du trésor, ait donné quelques sueurs froides à l'équipe du député Gautrin. Heureusement, le Devoir a reçu l'assurance que les deux équipes, à la suite à de discussions, ont finalement trouvé un terrain d'entente pour qu'un seul rapport soit présenté au premier ministre.
Bref, il sera possible d'en savoir un peu plus, lors de la présentation de ce rapport, sur sa mission et ses objectifs, ainsi que sur les moyens qui seront mis en oeuvre pour implanter ses recommandations. De même, il sera possible d'en apprendre un peu plus sur l'avenir de Télé-Québec qui, selon nos sources, verrait sa mission être prolongée et non pas abrogée. Reste à voir si des sommes d'argent supplémentaires seront octroyées à la télévision publique pour s'assurer qu'elle pourra convenablement remplir ce mandat complémentaire à sa mission. Il conviendra aussi d'être vigilant afin de s'assurer que la télévision publique ne deviendra pas une vulgaire machine de propagande gouvernementale, mais plutôt un «outil» au service des citoyens. Il n'y a qu'à voir la forme que prennent les forums régionaux de consultation du gouvernement Charest pour s'en inquiéter. Rendez-vous lors de la présentation du rapport final pour en savoir plus.
Enjeu: l'appropriation
On le sait, une démocratie, et il sera de même pour la e-démocratie, repose principalement sur un consensus. Cela veut donc dire qu'il doit y avoir formulation du côté des opinions. Cependant, l'opinion n'apparaît pas s'il n'y a pas d'informations. De là, ce grand enjeu d'appropriation.
Pour le professeur Michel Cartier, plusieurs obstacles guettent le gouvernement s'il veut réussir son passage au numérique. Premièrement, est ce que le signal se rend vraiment aux citoyens? En effet, tous ne sont pas connectés à Internet et, de plus, tout le monde ne reçoit pas le même signal. Quid de ceux qui sont limités à Internet basse vitesse alors que les contenus et les services sont conçus en fonction de la haute vitesse?
Deuxièmement, il conviendra d'assurer un accès égal à tous aux contenus, quel que soit le moyen de diffusion de ces contenus. Bref, Internet ne soit pas devenir un canal de diffusion exclusif du contenu. L'humain, par le téléphone, et le bon vieux papier ont encore beaucoup d'avenir devant eux.
Troisième défi, la lecture. Petit détail que semblent oublier quelquefois ceux qui lisent ce journal sans difficulté, tous n'ont pas la même facilité à le faire. Outre les handicapés visuels, dont nous avons déjà parlé dans une chronique précédente, le futur gouvernement en ligne devra tenir compte des analphabètes, ceux qui ne savent aucunement lire, ainsi que des personnes illettrées, c'est-à-dire celles qui peuvent lire sommairement, mais qui ont besoin d'accompagnement pour déchiffrer des textes complexes. De même, il conviendra de ne point laisser en arrière les analphabètes technologiques, ceux chez qui, pour diverses raisons, la révolution informatique n'est pas arrivée, et qui regardent encore l'ordinateur avec une certaine «peur».
Mais qui est branché et qui ne l'est pas?
Selon Cartier, pour bien comprendre ceux que le futur gouvernement en ligne devra convaincre de ses vertus, il convient de savoir qui sont les citoyens branchés. Au Canada, les moins de 25 ans sont branchés dans une proportion de 88 % tandis que les plus de 55 ans le sont uniquement dans 54 % des cas. De même, ceux qui gagnent 60 000 $ et plus sont à 84 % des «clients potentiels du gouvernement en ligne» comparativement à 49 % pour les citoyens gagnant entre vingt et quarante mille dollars. Et que dire des disparités régionales alors que le taux de branchement n'est pas le même en Gaspésie et dans la région montréalaise. Un projet visant à instaurer un gouvernement en ligne et, à terme des mécanismes de démocratie virtuelle, devrait donc tenir compte de ces écarts importants.
De même, il y a aura beaucoup à faire pour changer les réflexes des citoyens, En ce moment, dans une proportion de 77 %, on constate que les internautes se servent d'Internet afin de chercher une information. Cette proportion tombe à 45 % lorsqu'il s'agit de donner une opinion ou d'envoyer une information, et à 36 % lorsqu'il faut envoyer de l'information personnelle afin d'avoir accès à un service. Toutefois, lorsque l'on propose aux citoyens d'utiliser le téléphone, de 36 %, cette proportion grimpe à 54 %.
De ces chiffres, il y a donc une leçon importante à retenir: le gouvernement en ligne ne sera pas une panacée universelle dans laquelle il faudra se lancer sans conserver d'autres moyens de communiquer avec le citoyen. Il sera donc essentiel de maintenir des systèmes hybrides qui, selon les âges, où les divers handicaps des citoyens, seront mieux adaptés.
Rien n'empêche toutefois de faire des efforts afin de favoriser l'appropriation des technologies par les citoyens. Par exemple, une formule qui a du succès et qu'il conviendrait d'étendre dans notre tissu urbain: favoriser la création de centres de formation, comme le fait l'organisme communautaire l'Avenue, dans le centre-sud de Montréal. Il est prouvé qu'une mauvaise expérience avec l'ordinateur suffit à rebuter un néophyte.
De même, une fois l'appropriation de l'ordinateur réussie, il faudra revoir les interfaces avec lesquelles nous communiquons actuellement. Il sera donc primordial, pour faciliter la lecture et permettre au citoyen de s'approprier plus efficacement des technologies, d'élaguer les interfaces utilisateurs, et donc, les sites Internet, tout ceci afin de mieux structurer les contenus.
Pour certains, la solution viendra de la mise en place du Web sémantique, tandis que d'autres croient plutôt aux vertus du Web schématique, un Web à base d'images et de schémas. Nous croyons plutôt que la solution réside dans une combinaison des deux, un «Web intuitif», un credo de Michel Cartier depuis des années et avec lequel nous sommes totalement en accord.
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