Le métro à Laval, un mauvais choix, dit la STM
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Claude Dauphin aurait préféré un prolongement vers l'est de Montréal
Si ça n'avait été que de Claude Dauphin, président du conseil d'administration de la Société de transport de Montréal (STM), on n'aurait pas prolongé le métro à Laval. C'est ce qu'il a confié au Devoir dans le cadre d'un reportage sur les transports en commun à Montréal.M. Dauphin, qui est maire de l'arrondissement de Lachine, lance: «Chez nous, dans l'Ouest, les gens se demandent: "Comment se fait-il qu'on n'ait pas le métro?" Aussi, le métro ne se rend pas à LaSalle, il ne se rend pas à Lachine, il ne se rend pas à Dorval, là où est l'aéroport!»
Affirmant qu'il n'est pas «contre Laval, au contraire», M. Dauphin note que le prolongement va apporter de nouveaux clients à la société. «Mais assez peu, finalement. Nos experts disent: environ 3000 de plus par jour.»
Reste que M. Dauphin était bel et bien présent à la première pelletée de terre du prolongement du métro, le 18 mars 2002. Dans un communiqué diffusé à l'époque, on citait une déclaration de M. Dauphin assez enthousiaste. Ce prolongement marquait, selon lui, «une autre étape importante dans l'histoire du métro de Montréal, inauguré en 1966. Il démontre aussi la volonté du gouvernement du Québec de développer les transports en commun et d'investir dans le métro».
Il se souvient que le gouvernement du Québec, à l'époque, n'avait pas prévu initialement d'inviter la STM à la conférence de presse. M. Dauphin venait d'arriver en poste. Bref, c'est avant son arrivée que Québec a pris la décision de prolonger le métro vers Laval. Et c'est aussi Québec qui paie la totalité des coûts du prolongement. «La décision a été prise par un premier ministre du Québec [Lucien Bouchard, en octobre 1998]. Je concède que c'est leur privilège de prendre ce type de décision», dit M. Dauphin, cachant mal sa perplexité. Il note cependant qu'après, «c'est à la STM d'exploiter ces équipements».
Par ailleurs, les importants dépassements de coûts ne surprennent pas le président de la STM. Retour en arrière: dans le communiqué de l'AMT du 18 mars 2002 -- journée de la première pelletée de terre --, on pouvait lire: «Quant au coût de réalisation du projet, il est évalué à 345 M$ (plus les taxes).» En juillet 2000, le ministère des Transports du Québec mentionnait le chiffre de 379 millions. Trois ans plus tard, c'était 548 millions. À la fin de 2003, on évaluait le tout à 693 millions.
ÜComment se fait-il qu'il s'était donné un budget de 345 millions?», s'interroge Claude Dauphin, qui raconte que, dès son arrivée en poste, il a commencé à s'informer des coûts moyens de construction de métro dans le monde. «Tous les experts m'ont parlé de 100 à 150 millions du kilomètre.» Bref, il est selon lui très normal que le prix du prolongement se situe actuellement dans une fourchette de 500 à 700 millions.
Interrogé par Le Devoir sur le sujet du métro de Laval, Robert Perreault, ancien ministre, ancien président de la STM et maintenant directeur général du Conseil régional de l'environnement, répond d'abord: «J'étais au gouvernement au moment où la décision a été prise. Je préfère ne pas commenter.» Mais il souligne ensuite que, dans le projet initial, il n'y avait qu'une seule station et non trois comme présentement. De plus, comble du burlesque, en raison d'une carte qui n'était pas à l'échelle, 1,5 km aurait été omis dans la planification du tracé... M. Perreault, tout en soulignant qu'il est important que l'argent soit bien dépensé et bien planifié, insiste: «Il ne faut toutefois pas avoir peur des mots "millions" et "milliards" lorsqu'on parle de transports en commun dans une grande métropole comme Montréal. C'est normal. On oublie toujours les fortunes qu'on consacre individuellement à nos automobiles, ce qui dépasse de beaucoup nos investissements dans les transports collectifs.»
Notons enfin que c'est l'Agence métropolitaine de transport (AMT) et non la STM qui est responsable de la réalisation du métro de Laval. Devant les problèmes que connaît le chantier, l'AMT a demandé jeudi à sa direction de projet et au Consortium Groupement SGTM (SNC-Lavalin, Tecsult, GMAT ainsi que Municonsult, Bisson & associés, Giasson et Farregut (MBGF), de lui «présenter un rapport exhaustif et complet actualisant l'échéancier ainsi que les coûts du projet». La direction de l'AMT a confirmé hier au Devoir qu'elle déposera ce rapport en même temps que celui de la vérificatrice générale du Québec (VGQ), Doris Paradis, laquelle a été mandatée en décembre 2003 par le gouvernement du Québec pour étudier le dossier en profondeur. Pour l'instant, on ignore quand les deux rapports seront rendus publics. En attendant, l'AMT ne fera aucun commentaire.
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