Arts médiatiques - Mettre la technologie au service de l'art

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Ulysse Bergeron
Édition du samedi 27 et du dimanche 28 mars 2004

Mots clés :

« Offrir des outils abordables pour les artistes qui souhaitent travailler avec du matériel de qualité professionnelle »

Les nouvelles technologies et les nouveaux médias ont su au cours des dernières décennies influencer les productions artistiques. Les avancées technologiques ont ouvert de nouvelles voies aux artistes. Autopsie d'Oboro, une organisation montréalaise qui supporte les recherches artistiques dans le secteur des arts médiatiques.

Le parcours d'Oboro est intimement et inévitablement lié au développement des nouvelles technologies. L'organisation a été créée en 1982 par deux passionnés d'art médiatique, Su Schnee et Daniel Dion. «Il s'agissait, au tout début, de mettre sur pied une organisation qui avait pour but de supporter la diffusion de travaux artistiques et de recherches en lien avec les nouveaux médias. Il n'y avait pas de lieu à Montréal qui assumait ce rôle», note l'un des cofondateurs, Daniel Dion.

Toutefois, au fil des années, Oboro s'est transformé et a gagné en reconnaissance. «On a pris un penchant pour la production. En produisant et en diffusant des oeuvres, on désire toujours faire connaître les artistes locaux, mais également les artistes de l'extérieur.» Cela leur a donné l'occasion de présenter, à l'intérieur de leurs deux salles d'exposition, une quantité considérable d'oeuvres interactives et traditionnelles relevant aussi bien du dessin et de la peinture que de la robotique, l'électronique, l'informatique ou la production audiovisuelle. «Ce qui importe avant tout, ce sont les motivations sous-jacentes aux projets proposés; la recherche artistique et/ou technologique de l'artiste», souligne M. Dion.

Le laboratoire

À ces fins, le collectif d'artistes, qui compte entre 100 et 125 membres, a dû agrandir son espace. Il y a deux ans, Oboro louait à long terme une partie du deuxième étage de l'immeuble où il se trouve afin d'y développer son «laboratoire de recherche et de production en arts médiatiques et en nouvelles technologies». Un lieu situé au coeur de l'arrondissement Plateau-Mont-Royal qui, comme le souligne le codirecteur, est entièrement «dédié à la production télévisuelle, interactive, multimédia, production 2D et 3D, programmation de sites Web, enregistrements et productions audio».

Ainsi, dans ces locaux nouvellement construits, les artistes disposent de matériel à la fine pointe de la technologie. «Offrir des outils abordables, "top standard", pour les artistes qui souhaitent travailler avec du matériel de qualité professionnelle», explique M. Dion. Voilà le défi que s'est donné Oboro. Et les résultats sont impressionnants: une dizaine d'ordinateurs, un studio de tournage, deux studios d'enregistrement, ainsi que la quincaillerie et les équipements nécessaires à la prise de son et au tournage vidéo.

Situation financière

Pour faire face aux coûts liés au matériel mis à la disposition des artisans, près d'une vingtaine de sources de financement -- dont les trois principales sont les différents conseils des arts -- permettent actuellement à Oboro de bénéficier d'un budget global annuel d'environ 600 000 $. Toutefois, comme le souligne Daniel Dion, la situation reste précaire.

La réalité politique québécoise actuelle n'est pas sans créer plusieurs soucis et frustrations au sein de l'organisation. «La politique conservatrice du gouvernement provincial nous affecte directement. On estime qu'il y aura une baisse d'environ 75 000 $ au niveau du soutien lié à notre main-d'oeuvre: formation, programmes de stages et aides au développement. Cela freine du même coup les efforts qu'on déploie afin de rémunérer des gens déjà peu payés pour ce qu'ils font. La question qu'on se pose actuellement est la suivante: comment peut-on faire pour maintenir le personnel?», confie M. Dion.

L'organisation appuie d'ailleurs certains regroupements qui se mobilisent pour exercer des pressions auprès du gouvernement libéral afin que ce dernier tienne ses promesses électorales en ne réduisant pas les investissements dans le secteur culturel. C'est au travers du Conseil québécois des arts médiatiques (CQAM) et du Regroupement des centres d'artistes autogérés du Québec (RCAAQ), dont Oboro fait partie, que l'organisation donne son appui au Mouvement pour les arts et les lettres (MAL) qui dénonce actuellement avec fougue la situation qui prévaut au Québec.

Partenariat

Sans pour autant menacer l'existence d'Oboro, cette situation réduit grandement sa capacité de soutien aux artistes. «On ne risque pas d'arrêter nos activités, mais on pourrait être dans l'obligation d'en réduire le nombre.» Annuellement, l'organisation réalise une dizaine d'expositions ainsi qu'une trentaine d'événements, dont plusieurs conférences.

Les nombreux partenariats qu'a su mettre en place le collectif d'artistes lui permettent certainement de pallier à plusieurs problèmes qu'engendre un budget aussi modeste que le sien. Car Oboro s'associe régulièrement à d'autres institutions afin d'unir les forces et les ressources de chacun.

Cette approche, qui permet de tisser des liens serrés avec des collaborateurs, est certainement un facteur important de la reconnaissance d'Oboro sur la scène artistique de la métropole. «Toutefois, la principale force du collectif réside dans son équipe; une équipe intelligente qui a compris que la création dépend également des besoins matériels. De plus, je dois dire que je n'ai jamais rencontré un dévouement aussi fort et aussi serein dans ce domaine», témoigne Charles Halary, professeur à l'UQAM et coresponsable de l'événement Électre et Magnete 2004 qui se déroulera chez Oboro le 24 avril prochain.


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