Un salaire de 170 millions en deux mois
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Robert Gratton a réalisé le deuxième plus grand profit de l'histoire canadienne grâce à ses stock options

Photo: Agence Reuters
Selon les documents déposés auprès des autorités, Robert Gratton aurait d'abord levé 439 000 options le 14 janvier, puis le 11 février il en aurait levé 3,44 millions, pour un bénéfice total de 170 millions. Il détient toujours trois millions d'actions supplémentaires qui valaient hier près de 162 millions (action à 54,25 $).
Le porte-parole de la Financière Power, Edward Johnson, assurait au Globe and Mail qu'il ne faut pas conclure que Robert Gratton s'apprête à quitter ses fonctions. La plupart des options qu'il a vendues venaient à échéance, d'après le porte-parole. Edward Johnson précise que la valeur des actions de la Financière Power a grimpé de 500 % en Bourse depuis 10 ans. «Si M. Gratton a fait des millions, les actionnaires ont fait des milliards», a-t-il dit.
Les acquisitions successives de la Financière Power ont effectivement multiplié la taille de l'entreprise. Désormais propriétaire des compagnies d'assurances Investors et Great-West, la filière de la famille Desmarais contrôle aussi plusieurs sociétés en Europe. D'un chiffre d'affaires de 2,65 milliards de dollars au début des années 90, la Financière Power affiche aujourd'hui des revenus de 19 milliards par année.
Les options d'achat d'actions
L'impressionnante rémunération de Robert Gratton, qui touche des sommets grâce aux options d'achat d'actions -- technique qui consiste à octroyer des actions de l'entreprise à un prix fixe, habituellement sous la valeur marchande, ce qui permet de toucher un bon profit à la vente --, ne doit pas surprendre les actionnaires de la Financière Power, estime François Rebello, directeur du Groupe investissement responsable, une division de Demers conseil.
«Il faut que les actionnaires soient vigilants au moment de l'émission des options pour protester contre cette forte rémunération, pas quand le président exerce ses options, dit François Rebello. Il les a, il a tout à fait le droit se s'en servir. La question c'est: où étiez-vous, les actionnaires, lors de l'assemblée annuelle?»
François Rebello juge toutefois le cas de Robert Gratton intéressant, puisque ce dernier a fait de la Financière Power une compagnie aux rendements excellents. «La croissance est solide et depuis longtemps. Ce n'est pas juste à court terme», souligne-t-il.
«C'est purement un mécanisme d'attraction, explique Denis Chênevert, professeur aux HEC Montréal et spécialiste de la rémunération. Pour avoir un dirigeant de qualité qui a une bonne réputation, les entreprises doivent donner des options. On peut se questionner sur cette pratique et beaucoup le font maintenant, mais c'est tellement répandu.» Par exemple, Steve Jobs, le patron américain de la compagnie informatique Apple, est payé un dollar par année en salaire et le reste en options, ce qui lui a permis de toucher 74,75 millions en 2003.
Robert Gratton, âgé de 60 ans, est le p.-d.g. de la Financière Power depuis 1990; il avait auparavant dirigé le Montréal Trust. Le seul dirigeant qui peut se vanter d'avoir empoché plus que lui en exerçant ses options dans l'histoire canadienne est Jozef Straus, l'ancien p.-d.g. de JDS Uniphase, qui a réalisé un gain de 150 millions $US en 2001. L'ex-président de Nortel, John Roth, n'est pas en reste, ayant récolté 135 millions en 2000 avec ses options. Laurent Beaudoin, président du conseil d'administration de Bombardier, se classe quatrième avec un gain de 90,5 millions en 1999.
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