Fonds secret: le Bloc disait vrai
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Ottawa -- Le Bloc québécois l'avait dit, et il avait raison. Il existait bel et bien un fonds «caché» dédié à l'unité nationale du Canada. Pas moins de 40 millions de dollars y étaient déposés chaque année, mais il n'y avait aucun moyen de connaître son existence...
C'est lorsque l'argent était dépensé que les sommes apparaissaient dans le budget principal des dépenses pour ce ministère. Il était donc à peu près impossible, en scrutant les livres, de repérer cette réserve dans sa totalité.
Ce fonds a été aboli dans le budget déposé hier, permettant d'épargner 7,4 millions pour l'année fiscale qui débute (le reste ayant déjà été alloué) et 40 millions pour les années subséquentes.
«La recherche de l'unité canadienne a toujours été un "work-in-progress", un travail constant auquel on doit être attentif, mais il y a de meilleures façons de le faire qu'à travers l'utilisation de la réserve pour l'unité nationale», a expliqué le ministre des Finances, Ralph Goodale. S'il l'abolit, a indiqué M. Goodale, c'est qu'il «a fait son temps».
C'est à même cette réserve obscure que les premières sommes du programme des commandites ont été tirées. Les soumissions au Conseil du trésor, dont les médias ont fait état il y a deux semaines, étaient alors signées par Jean Chrétien lui-même et le ministre des Travaux publics de l'époque, soit Diane Marleau, puis Alfonso Gagliano.
Le Bloc québécois voudrait toutefois savoir à quelle autre fin la réserve a servi. Le chef, Gilles Duceppe, rappelle que, trois semaines avant le référendum québécois de 1995, l'organisme Option Canada avait été créé et avait obtenu un budget de 4,8 millions de dollars, une somme qui a «disparu», selon lui. «Denis Desautels, alors vérificateur général, n'a pu savoir comment il avait eu cet argent ni où il avait été.»
M. Duceppe souligne que le président d'Option Canada était Claude Dauphin, devenu par la suite conseiller spécial pour le Québec de Paul Martin, et le vice-président, Michel Vennat. M. Vennat a été congédié de son poste de président et chef de la direction de la BDC il y a dix jours dans la foulée du «nettoyage» des sociétés de la Couronne.
Le chef bloquiste soupçonne que c'est aussi à même cette réserve que le «love in» à Montréal avait été financé. Le Bloc québécois a d'ailleurs déposé une motion devant le comité des Comptes publics, qui mène son enquête sur le scandale des commandites, demandant que soit rendue publique l'utilisation de ce fonds. La motion a été battue hier par la majorité libérale qui s'y est opposée.
«Est-ce que le premier ministre peut nous dire pourquoi il a fait rejeter la motion du Bloc québécois? a demandé M. Duceppe en Chambre. Pourquoi nous cacher la vérité sur ce fonds qui a servi à financer le scandale des commandites?» Paul Martin a fait répondre par la bouche de son leader adjoint, Mauril Bélanger, que «le comité est maître de ce qu'il fait». «Lorsqu'on va à la pêche et qu'on demande des tonnes de renseignements depuis 1997 sur tous les ministres, c'est impossible de fournir tout cela.»
Gilles Duceppe croit par ailleurs que la confirmation de l'existence de ce fonds pour l'unité nationale est une preuve supplémentaire que M. Martin en savait davantage sur le programme des commandites qu'il ne veut le reconnaître: en tant que ministre des Finances, c'est lui qui avait accepté de le créer. «Le ministre des Finances de l'époque s'appelait Paul Martin. Si M. Goodale a pu le couper, c'est que l'autre a pu le remplir.»
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