Nouveau chef du Parti conservateur - Harper compte sur Stronach et Clement pour percer au Québec et en Ontario

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Hélène Buzzetti
Édition du lundi 22 mars 2004

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Les ex-progressistes-conservateurs sont prêts à donner une chance à leur nouvelle formation et à leur nouveau chef

Toronto -- Il n'aura même pas eu chaud. Stephen Harper a été porté à la tête du Parti conservateur avec plus de 55 % des voix dès le premier décompte, ce week-end à Toronto. Alors, Alliance canadienne et nouveau Parti conservateur, bonnet blanc et blanc bonnet? Les ex-progressistes-conservateurs ne le pensent pas et sont prêts à donner une chance à leur nouvelle formation et à leur nouveau chef... et ancien rival.

«S'il y a d'anciens progressistes-conservateurs qui disent que nous avons laissé faire une prise de contrôle, alors je leur dis: "oui, c'est ce que vous avez fait si vous êtes restés chez vous en retrait du processus"», croit le député Loyola Hearn, lui-même provenant de la filière «bleue» et un partisan de la femme d'affaires Belinda Stronach. «Stephen Harper a remporté de bons vieux comtés conservateurs solides, et Belinda a remporté des circonscriptions qui étaient majoritairement alliancistes. Ce sont les militants qui se sont prononcés sur les individus, pas leurs anciennes affiliations.»

Mme Stronach a récolté au total 35 % des points disponibles, et l'ex-ministre ontarien Tony Clement, 9,5 %. Quelque 250 000 personnes étaient habilitées à voter ce week-end et le taux de participation a été de 37 %.

Des 15 députés que comptait le caucus progressiste-conservateur avant la fusion, un seul (Greg Thompson) avait appuyé Stephen Harper dans cette course. Beaucoup d'autres sont restés discrets, ont quitté le navire ou se sont joints aux libéraux.

Le sénateur conservateur Pierre Claude Nolin, qui appuyait lui aussi Belinda Stronach, est du même avis que Loyola Hearn. Il se rangera derrière M. Harper même s'il était de ceux qui, lorsque la fusion avait été annoncée, rendaient leur adhésion conditionnelle au choix d'un chef autre que lui. M. Harper ne serait pas acceptable aux yeux des Québécois qui ne verraient pas de différence avec l'Alliance canadienne.

«Je vais tout faire pour appuyer M. Harper, dit-il. Mais il a des croûtes à manger au Québec. Il ne suffit pas de dire qu'on veut faire des gains au Québec, il faut que ça vienne des tripes.» Le sénateur invite son chef à se choisir un lieutenant québécois -- il propose Michael Harper, ex-candidat à la chefferie progressiste-conservatrice -- qui sera capable de lui servir d'antenne au Québec et de lui dire franchement quand ses propos populistes tenus à Edmonton, par exemple, ne passent pas au Québec.

Stephen Harper ne pense pas que son ancienne appartenance à l'Alliance canadienne se retournera contre lui. Selon lui, «le public n'est pas désireux de savoir qui était quoi à quelle époque». Ils cherchent une solution de remplacement aux libéraux, et il va la leur offrir.

Meilleure performance que prévu

M. Harper doit sa victoire rapide à une performance bien meilleure que prévu en Ontario, en théorie le bastion des Ontariens Belinda Stronach et Tony Clement. Il y est allé chercher près de 57 % des points disponibles. Mme Stronach et M. Clement ont déçu, et ce, même dans les circonscriptions où ils comptent se présenter aux prochaines élections. Mme Stronach a obtenu à peine 57 % des voix dans Newmarket-Aurora et M. Clement, 54 % dans Brampton Ouest. En comparaison, Stephen Harper a récolté 90 % des voix dans Calgary Southwest.

Mme Stronach a promis que, malgré sa défaite, elle serait quand même candidate à l'élection. «Je ne serai pas une députée d'arrière-banc timide», a-t-elle même lancé à ses militants réunis en fin de soirée samedi dans un bar de Toronto.

Au Québec, il n'y a pas eu le raz de marée Stronach attendu. Elle est bien allée chercher 61 % des points, mais certains croyaient au départ qu'elle convaincrait jusqu'à neuf personnes sur dix. Cela représente quand même près de la moitié (44 %) de tous les points qu'elle a réussi à récolter à l'échelle nationale. Elle a aussi été très forte dans les provinces atlantiques.

Et maintenant, l'élection

Stephen Harper a indiqué que sa priorité serait maintenant de préparer son parti pour les prochaines élections, prévues pour ce printemps. Réussira-t-il, en tant que chef conservateur, à enfin percer en Ontario et au Québec, les deux provinces qui l'avaient boudé en tant que chef allianciste? Il croit que oui, entre autres à cause de la participation de Belinda Stronach et Tony Clement.

«C'est évident que la participation de ces deux personnes éminentes en Ontario a aidé la cause de ce parti en Ontario», croit M. Harper. Surtout, dit-il, il n'est pas question de tenter une victoire sans le Québec. Il veut leur offrir une option «qui n'est ni la centralisation défendue par le Parti libéral, ni la séparation proposée par le Bloc québécois». «C'est impossible d'avoir un write-off du [de tirer un trait sur le] Québec, a-t-il déclaré en français. [...] Mes chers amis québécois, j'entends vous démontrer que notre parti peut répondre à vos aspirations. Notre parti peut prendre le pouvoir dès les prochaines élections, et j'ai besoin de votre appui.»

Selon M. Harper, son appel aux Québécois n'est pas vain. Il en veut pour preuve son succès en Ontario. «Une des raisons pour lesquelles j'ai eu du succès en Ontario, c'est que les Ontariens ont vu [en moi] le candidat le plus capable de communiquer avec les Québécois et de gagner des points au parti.» L'Ontario est souvent présenté comme la bonne conscience canadienne qui n'accepte que les partis véritablement nationaux.

Le congrès au leadership de ce week-end aura été un exercice plutôt morne. Les militants ont eu droit aux discours des candidats vendredi soir, puis ont dû se contenter de celui du premier ministre albertain Ralph Klein samedi après-midi en attendant les résultats du vote. Le (long) laïus de M. Klein aurait été sans surprise n'eût été d'une petite déclaration sur le mélange des genres entre politicien et gens d'affaires qui n'a pas eu l'air de plaire au camp Stronach.

«Les politiciens sont élus pour être des politiciens, pas des gens d'affaires. En fait, quelques-uns des pires politiciens sont des gens d'affaires et quelques-uns des pires gens d'affaires ont tenté de devenir des politiciens.» M. Klein ne s'était officiellement rangé derrière aucun candidat dans la course.

Hier, le premier ministre du Nouveau-Brunswick Bernard Lord, qui avait été longuement courtisé pour qu'il se présente à la direction du nouveau parti, a offert ses félicitations à M. Harper. Il croit que le parti offre maintenant une vraie solution de rechange au Parti libéral.


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