Opinion

Le NPD manque de sincérité

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Louis Roy, Militant du Parti québécois

Édition du lundi 22 mars 2004

Mots clés : npd

De 1985 à 1988, après l'échec référendaire de 1980 et celui du Mouvement socialiste, j'ai participé activement à la création d'un parti québécois affilié au NPD. Cette tentative a finalement été écrasée par le NPD fédéral parce que les dirigeants du NPD Québec avaient adopté et soutenu des positions clairement favorables à la souveraineté du Québec et à la Charte de la langue française.

Malgré toute l'admiration que j'avais alors pour Ed Broadbent, j'ai gardé de cette époque un goût amer: malheureusement, les sociaux-démocrates canadiens avaient cruellement manqué de sincérité dans leur ouverture à l'endroit des sociaux-démocrates québécois. Le nationalisme canadien avait pris le pas sur la volonté de constituer une alliance avec les progressistes québécois. Les dirigeants du NPD fédéral avaient été incapables d'admettre qu'on peut être progressiste et social-démocrate convaincu et, en même temps, vouloir que le Québec accède enfin à sa pleine souveraineté.

Aujourd'hui, le nouveau leader du NPD fédéral, Jack Layton, «tend la main à ceux qui veulent créer une vraie alternative progressiste pancanadienne». Mais il tend cette main généreuse par-dessus le Bloc québécois, comme si ce parti n'avait jamais adopté ni défendu des positions tout aussi progressistes que celles du NPD.

Encore une fois, malgré ses belles déclarations, le NPD fédéral défend ses propres intérêts électoraux et non pas les intérêts des citoyens du Québec. Il veut d'abord des votes au Québec, quitte à ne faire élire personne et à faire battre des candidats progressistes du BQ. Il ne veut pas une alliance progressiste pancanadienne, il veut gagner de la crédibilité dans le reste du Canada. Il n'a pas intérêt à reconnaître qu'il y a un autre parti social-démocrate à la Chambre des communes.

Pourtant, une alliance serait pensable. Le NPD rassemble les progressistes du reste du Canada. Il s'est prononcé contre la Loi sur la clarté et propose un statut particulier pour le Québec: on pourrait en discuter. Mais du même souffle, M. Layton déclare que les Canadiens ne souhaitent pas parler de la question québécoise: «Ces questions interminables de Constitution freinent l'action. [...] Les citoyens, partout au Canada, ne veulent pas en discuter immédiatement. Ce n'est pas une de leurs priorités.» On croirait entendre Jean Chrétien.

Si je comprends bien, les citoyens du Québec qui optent à 47 % pour la souveraineté ne sont déjà plus des citoyens du Canada. Bon, ça part mal les discussions. Pas très progressiste comme conception des droits civiques.

Incompréhension

Pour démontrer son ouverture, M. Layton propose un «fédéralisme asymétrique basé sur le respect des compétences provinciales: le financement fédéral de projets provinciaux pour lesquels il y aurait une entente sur les objectifs et non sur des normes». Je ne sais pas s'il se rend compte que cette proposition ne crée aucune asymétrie: toutes les «provinces» auraient les mêmes droits et le caractère distinct du Québec en tant que nation serait encore noyé dans la joyeuse diversité canadienne où, en fait, Ottawa décide à son gré d'envahir les compétences provinciales et force les provinces à s'adapter à ses objectifs. Quelle différence avec Paul Martin?

D'autant plus que M. Layton rejette du revers de la main la revendication du Québec: un transfert des points d'impôt avec lesquels le fédéral finance ses intrusions dans les compétences provinciales. «C'est une proposition pour ne pas agir», soutient-il. Autrement dit, il n'a pas l'intention d'agir et il appuiera M. Martin à ce sujet, qui est quand même, notons-le, l'expression la plus exaspérante du déséquilibre fiscal.

Quand le fédéral surtaxe les contribuables canadiens pour gonfler ses surplus et financer des intrusions dans des compétences que la Constitution ne lui reconnaît pas, le NPD ne devrait pas applaudir. Il devrait plutôt soutenir les initiatives progressistes que le Québec a mises en place et que les intrusions fédérales viennent court-circuiter. Que ce soit en matière de santé, d'éducation, d'affaires sociales ou de prévention de la criminalité chez les jeunes contrevenants, le Québec a fait preuve, sous la gouverne souverainiste, d'un engagement social-démocrate que le NPD devrait avoir l'honnêteté de reconnaître.

Le problème du NPD demeure toujours le même: il ne comprend pas du tout la question nationale. Par exemple, M. Layton «trouve que c'est une tragédie que le Québec n'ait pas signé la Constitution». Mais la vraie tragédie, c'est que le reste du Canada l'ait signée en sachant qu'elle est inacceptable pour le Québec. Voilà une sorte d'aveuglement involontaire dont le NPD ne saisit pas le fondement: son propre nationalisme canadien.

Cette attitude est triste et déplorable. Il faut toujours que les préjugés antinationalistes du NPD prennent le dessus sur ses déclarations de foi social-démocrate. Il ne cherche pas une alliance avec les progressistes du Québec, sinon il proposerait cette alliance au BQ et tenterait sincèrement d'articuler des positions communes avec lui, quitte à accepter des compromis de part et d'autre. Ce manque de sincérité, cette façon de faire passer les intérêts électoraux immédiats du parti avant toute stratégie progressiste conséquente, voilà ce qui ramène le NPD sur le même pied que tous les autres partis. Que Jack Layton soit un gars sympathique ne change rien à l'affaire.


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