Michel Vennat est remercié sans compensation

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Manon Cornellier
Édition du samedi 13 et du dimanche 14 mars 2004

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Le gouvernement fédéral a congédié un autre dirigeant de société d'État hier, le troisième en deux semaines. Michel Vennat, président et chef de la direction de la Banque de développement du Canada (BDC), a été remercié, sans compensation financière, à cause de son rôle dans la bataille menée contre son prédécesseur, François Beaudoin, et dénoncée dans un jugement de la Cour supérieure du Québec.

En poste depuis 2000 pour un mandat de cinq ans, M. Vennat était suspendu sans solde depuis le 24 février dernier. Sa suspension avait coïncidé avec celle d'autres dirigeants de sociétés d'État associés au scandale des commandites, mais l'annonce d'hier constitue davantage un nouveau chapitre de la saga de l'Auberge Grand-Mère que de celle des commandites.

Les reproches du gouvernement à l'endroit de M. Vennat reposent en effet sur le jugement rendu le 6 février par le juge André Denis, selon lequel la campagne contre M. Beaudoin, avec ses perquisitions, vérifications et accusations, équivalait à une «vendetta politique» dans laquelle M. Vennat avait joué un rôle de premier plan.

M. Vennat avait eu une semaine pour offrir des explications au gouvernement, ce qu'il a fait par écrit et en personne, mais cela n'a visiblement pas suffi. L'actuel président intérimaire sera éventuellement remplacé par un candidat permanent qui, promet le gouvernement, sera choisi à la suite d'un processus transparent auquel les parlementaires seront associés.

À la source de cette affaire: un prêt, sollicité par l'ex-premier ministre Jean Chrétien pour l'Auberge Grand-Mère, un établissement qui a déjà appartenu en partie à M. Chrétien et qui a récemment brûlé. Son propriétaire, Yvon Duhaime, a d'ailleurs été arrêté et accusé jeudi d'avoir allumé l'incendie.

M. Duhaime avait obtenu de la BDC un premier prêt de 615 000 $ en 1997 mais demandé 200 000 $ de plus en 1999. Le premier ministre est intervenu en sa faveur auprès du président de la direction d'alors. François Beaudoin, mais celui-ci a résisté.

Il suggérait même de rappeler le prêt qu'il avait accordé à contrecoeur. Cette position l'a mis en opposition avec M. Vennat, proche de M. Chrétien et président du conseil depuis 1998. En 1999, M. Beaudoin était congédié et remplacé par Michel Vennat l'année suivante. Incapable de faire respecter son entente de départ et le paiement de sa retraite, M. Beaudoin s'est adressé aux tribunaux. La BDC, de son côté, l'accusait d'actes inappropriés, voire illégaux.

Cette bataille, qui a coûté entre 4,3 et sept millions aux contribuables, s'est conclue par un jugement qui donnait entièrement raison à M. Beaudoin en condamnant sans partage l'attitude de M. Vennat et de la BDC. Selon le juge Denis, M. Beaudoin «a subi une injustice inqualifiable suite à toute cette affaire». «On aurait voulu le briser et ruiner sa carrière que l'on n'aurait pas agi autrement», ajoutait-il.

Au moment du départ de M. Beaudoin, M. Vennat conteste le contrat du président sortant. On fait appel à la firme comptable KPMG pour revoir toutes les dépenses du p.-d.g. Il le soupçonne d'avoir gonflé ses comptes de dépenses, de chiper des aliments à la cafétéria et de ne pas utiliser sa voiture de fonction à bonne escient. La BDC refuse à M. Beaudoin son indemnité de 200 000 $ par année en prétextant qu'on lui avait caché cette entente.

La banque obtient le droit de saisir des documents et du matériel informatique à la résidence, au chalet et dans la voiture de M. Beaudoin. On prétend qu'il aurait volé des documents. M. Vennat fait lui-même appel à la GRC en alléguant cette fois la modification d'un document.

Le juge rejette les arguments de la BDC et doute même de la crédibilité de M. Vennat. Il parle d'«une disgrâce», d'une manoeuvre «mesquine et illégale». M. Beaudoin se disait victime d'une vendetta politique. Le juge tend à lui donner raison. «La férocité, voire la méchanceté avec lesquelles il a été traité [...] lui permettent certainement de penser ce qu'il pense. Toute cette affaire laisse une profonde impression d'injustice.»

Le juge a condamné la BDC à verser 220 000 $ en indemnité de départ à M. Beaudoin, en plus de sa pension à vie de 200 000 $, rétroactive au 27 janvier 2001. Malgré cette conclusion et malgré sa décision de ne pas en appeler, le conseil d'administration renouvellera sa confiance en M. Vennat dans les jours qui suivront le jugement.

De toutes les personnes suspendues en février dernier, seul le président de la Société canadienne des postes, André Ouellet, ne connaît pas son sort. Il était le seul suspendu avec solde et, contrairement aux dirigeants touchés, il n'a pas eu à répondre par écrit aux allégations contenues dans le rapport de la vérificatrice générale. Le gouvernement a dit qu'il attendrait les résultats d'une vérification de Postes Canada avant de trancher.


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