Washington a fait plier les rebelles
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Des accrochages sont signalés sur le front de mer de Port-au-Prince

Photo: Agence Reuters
Malgré la présence d'un millier de Marines américains et de plusieurs soldats et policiers français, la situation est restée instable hier dans la capitale haïtienne. Une fusillade a ainsi éclaté entre rebelles et «chimères» partisans armés d'Aristide dans le bidonville de La Salines, fief du président haïtien déchu. Aucun militaire étranger n'était visible.
Des journalistes qui tentaient de se mettre à l'abri ont téléphoné la nouvelle des affrontements, tentant de hurler pour se faire entendre, les coups de feu couvrant leur voix.
La veille, des Marines américains avaient barré la route à des rebelles qui pourchassaient des fidèles de Jean-Bertrand Aristide fuyant vers l'aéroport. Il s'agissait de la première action d'interposition des forces américaines, censées protéger les ressortissants de leur pays, de sécuriser certaines zones clés et de préparer l'arrivée de renforts en Haïti.
Manif pro-Aristide
De violents accrochages se sont par ailleurs produits dans le quartier du front de mer à Port-au-Prince, où des pillages ont eu lieu ces derniers jours. Aucun bilan n'a été communiqué, mais une trentaine de corps ont été apportés à la morgue de Port-au-Prince depuis dimanche, selon un membre du personnel hospitalier. Une odeur de chair putréfiée empestait l'air, a-t-il raconté, la morgue n'étant pas réfrigérée faute de carburant pour alimenter les générateurs.
Au centre-ville, une manifestation favorable à l'ex-président en exil a rassemblé des dizaines de personnes hier à la mi-journée devant le Palais national, gardé par des troupes américaines. «Aristide doit rentrer», scandait la foule.
Dans le même temps, à Kingston, le premier ministre jamaïcain, P. J. Patterson, a annoncé que les quinze pays membres de la Communauté caribéenne (Caricom) avaient conclu leur réunion extraordinaire consacrée à la crise haïtienne par un appel à l'ouverture d'une enquête indépendante sur les conditions du départ précipité de Jean-Bertrand Aristide.
Celui-ci restait en transit à Bangui, la capitale centrafricaine, dans l'enceinte de la résidence du président François Bozize. Selon des responsables locaux, l'ex-président haïtien passe son temps à regarder la chaîne CNN et à dormir pour récupérer de son long voyage.
Avant de promettre un arrêt de l'action armée, Guy Philippe, qui s'était proclamé mardi «chef militaire» d'Haïti, s'est rendu à l'ambassade des États-Unis à Port-au-Prince. Rien ne dit toutefois que le chef de la rébellion ait pu rencontrer l'ambassadeur James Foley.
Des images d'Associated Press Television News (APTN) ont montré Guy Philippe, accompagné de son bras droit Gilbert Dragon et trois autres rebelles, se présentant dans un véhicule tout-terrain à l'entrée de la résidence de l'ambassadeur, entourée de barricades. Des Marines postés devant la résidence les ont laissé entrer. Après une quinzaine de minutes, les rebelles sont sortis sans faire de déclarations. L'ambassade américaine s'est elle aussi refusée à tout commentaire.
De leur côté, les représentants de l'opposition démocratique se sont entretenus avec le président par intérim Boniface Alexandre, lui demandant de nommer un nouveau premier ministre en remplacement de l'actuel chef du gouvernement, Yvon Neptune, membre du parti Lavalas et ancien porte-parole d'Aristide.

