Haïti en crise - La population a peine à se nourrir

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AP
Édition du lundi 01 mars 2004

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La plupart des huit millions d'habitants d'Haïti sont sans emploi ou n'ont pas de travail régulier.

Photo: Agence Reuters

Cap-Haïtien, Haïti — Même les denrées de base sont désormais hors de portée de nombre des Haïtiens les plus défavorisés. Aide bloquée, approvisionnement interrompu, envolée des prix: la crise qui secoue l’un des pays les plus pauvres du monde a encore aggravé la situation d’une population qui peine à se nourrir.

Les organisations humanitaires essaient désespérément de s’organiser pour pouvoir distribuer l’aide au milieu du chaos grandissant. Les trois semaines d’insurrection contre le président Jean-Bertrand Aristide, qui a démissionné hier, sont intervenues après les inondations qui ont noyé les récoltes de maïs et de manioc dans l’un des pays les plus pauvres du monde.
Les organisations humanitaires redoutent une grave crise. La pénurie de nourriture est «plus que grave», explique Ann Briere, porte-parole de Deerfield Beach, une organisation basée en Floride. «Les stocks sont épuisés et il n’y a plus de réserves disponibles.»
Les routes bloquées par les rebelles ou les partisans d’Aristide ont entravé l’acheminement de l’aide, le manque d’essence a augmenté les coûts des transports.
«Dans des circonstances normales, ils ont à peine de quoi acheter ce qu’ils ont besoin», résume le Dr Daniel Rubens, un représentant argentin du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). «Ils sont en situation de stress chronique, et ce conflit ajoute un facteur de stress.» La plupart des huit millions d’habitants d’Haïti sont sans emploi ou n’ont pas de travail régulier et beaucoup survivent avec moins de 1,30 $ par jour.
Les paniers de tomates et haricots et les sacs de riz alignés dans les allées boueuses autour du marché de Cap-Haïtien, la deuxième ville du pays, dans le nord d’Haïti, semblent narguer les parents qui tirent sur leurs dernières pièces et billets pour faire vivre leurs familles.
La crise empêche l’arrivée de nouvelle aide alimentaire: «À l’heure actuelle, il est impossible d’envisager de nouveaux acheminements de nourriture vers le nord d’Haïti», explique Rick Perera, un porte-parole de l’organisation humanitaire CARE. «Malheureusement, nous ne pouvons faire grand-chose tant que des conditions élémentaires de sécurité n’auront pas été restaurées.»
L’organisation Food For The Poor dit avoir 15 conteneurs prêts à partir pour Cap-Haïtien, mais aucune compagnie maritime ne veut s’y rendre. Le chef des rebelles Guy Philippe dit vouloir coopérer avec les organisations humanitaires: «Nous avons vraiment besoin de leur aide maintenant.»


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