Radio - Redécouvrir l'Afrique

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Solange Lévesque
Édition du lundi 01 mars 2004

Mots clés : radio

Un portrait de la jeune Afrique sub-saharienne réalisé par Dominique Payette

La série de Dominique Payette confronte ce qu'on pense savoir sur l'Afrique avec la réalité des adolescents africains.

Photo: Jacques Grenier

Ce qui ressort de la série radiophonique À toi l’Afrique! conçue par Dominique Payette, c’est d’abord l’amour inconditionnel et communicatif de l’animatrice pour ce continent méconnu qui comprend 53 pays et dont la moitié de la population a moins de 15 ans. Destinée à tous, cette série fait entendre des jeunes Africain(e)s qui livrent leur vision de l’Afrique et du monde ainsi que de leurs valeurs, avec une lucidité et une sincérité remarquables. Et comment résister à l’incroyable variété des musiques qui colorent leurs témoignages! Coup de balai sur les préjugés concernant un continent oublié.

Cette série coproduite par la Première Chaîne de Radio-Canada et l’ACDI confronte ce qu’on pense savoir sur l’Afrique avec la réalité des adolescents africains. «À la télé, on nous montre des enfants miséreux, des guerres, des bidonvilles, des flamants roses ou des savanes. Mais il y a beaucoup plus à découvrir, à commencer par la beauté du continent et la richesse de ses habitants», remarque Dominique Payette qui a animé la quotidienne «275-Allo - 275-Ados» pendant six ans à la Première Chaîne et qui avait assisté à la conférence des Nations unies sur la situation des femmes tenue à Nairobi (Kenya) en 1985.
«Je suis renversée de l’ignorance et de l’indifférence des gens d’ici. Chez les journalistes, on abandonne trop souvent l’Afrique au profit des ONG. Cela donne des images misérabilistes qui ne résolvent rien.» Il faut rectifier le tir, car on ne peut pas établir des liens de solidarité égalitaires avec des gens dont on a pitié, affirme Dominique Payette. «Les Africains sont très dignes. En dépit de conditions de vie souvent très difficiles, ils sont plus heureux que nous. L’Afrique est multiple: 53 pays, plusieurs nations et autant d’économies. Le Niger, le Bénin et le Cameroun sont voisins et pourtant très différents. Dans ces pays, il y a de l’espoir; des améliorations se font sentir et des mesures démocratiques voient le jour.»
Les jeunes interviewés font preuve d’une nette prise de conscience quant à la condition des femmes, notamment; il y a chez les jeunes filles une volonté très forte de changer les choses. «Plusieurs ne veulent pas vivre la vie de leur mère. Dans les villes surtout, les familles se disloquent, mais les jeunes rêvent de famille nucléaire et rejettent la polygamie.» Dominique Payette souhaiterait que l’aide internationale soit plus critique; qu’elle cesse d’exporter des schémas sexistes et de renforcer la notion de divisions ethniques. Pour elle, il est évident que le prétendu conflit entre les Hutus et les Tutsis par lequel on a voulu expliquer le génocide rwandais, par exemple, est strictement un héritage colonialiste et un mythe. «On a inventé des ethnies à partir de pseudo-races. Ces schémas ont cours parce que les “petits Blancs” ont encore le pouvoir et le contrôle là-bas. Quand un pays n’arrive pas à nourrir ses habitants, les liens sociaux s’affaiblissent. Si on a 15 ans aujourd’hui, et que l’espérance de vie est de 50 ans, que fait-on? Au Cameroun et au Niger, on remarque une puissante volonté d’immigration, ainsi qu’une grande rupture entre les traditionnels et les modernes.»

L’avenir de l’Afrique
«Les jeux sont encore ouverts; les enfants sont une richesse et, en même temps, une bombe à retardement; au Liberia, par exemple, ils sont des desperados», fait remarquer la journaliste. «Ou bien on offre quelque chose à cette jeunesse, ou bien la pression de l’immigration sur les pays développés sera énorme.» Selon elle, le rôle du FMI doit être largement remis en question. «Si on réduit l’investissement en éducation et en santé, on réduit les dispensaires et l’enseignement. C’est insensé», affirme-t-elle. «On ouvre ainsi la porte à la corruption, une gangrène dont certains pays souffrent beaucoup. Au Cameroun, par exemple, il n’y a plus de moralité publique; tout devient monnayable. Ce système de pots-de-vin engendre la méfiance et la paranoïa.» Pour trouver les vrais coupables, il faut remonter la chaîne des intérêts commerciaux. «C’est nous, les corrupteurs qui avons commencé. Les Américains, par exemple, prônent le libre-marché et protègent leur propre production.» Selon Dominique Payette, la vraie coopération passe par l’instauration du commerce équitable. Les micro-crédits accordés aux femmes marchent également très bien. Il serait temps qu’on cesse de considérer le général Dallaire comme notre caution et qu’on s’ouvre au continent africain, précise-t-elle. À toi l’Afrique! a tout pour ouvrir l’esprit.
En 2003, Dominique Payette soutenait une thèse de doctorat en sociologie consacrée au Rwanda. En avril (10e anniversaire du génocide rwandais), elle publiera La Dérive sanglante du Rwanda, aux Éditions Écosociété.
À ne pas manquer à la Première Chaîne de Radio-Canada du 1er au 4 mars à 21h, et vendredi à 20h. (10 autres heures à venir cet été).


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