Opinion
Libre opinion: L'hommage trop discret à Albert Chartier
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Avec le décès d’Albert Chartier, survenu le samedi 21 février, le Québec perd un grand homme et un grand artiste qui aura fortement marqué de son empreinte la bande dessinée québécoise. Mais les hommages se font discrets, à l’image de l’homme et de la bande dessinée au Québec.
Il a reçu cet honneur avec modestie et fut plus touché, m’a-t-il semblé, par les nombreux lecteurs qui l’ont approché après la cérémonie pour le remercier et lui dire combien la galerie de personnages qu’il avait créée et les pittoresques aventures qu’il avait imaginées avaient meublé leur enfance que par les discours officiels soulignant son apport au Québec contemporain.
Mais, malgré tout ce qu’il a réalisé en plus de 60 ans de carrière, son œuvre est aujourd’hui difficilement accessible. Même s’il a publié plus de 500 planches des aventures de son héros principal dans les pages du Bulletin des agriculteurs, et cela, c’est sans compter ses autres séries («Bouboule», «Un homme et son péché», «Les Canadiens»), il n’existe que trois livres proposant les dessins d’Albert Chartier. Publiés il y a de cela 30 ou 20 ans, ils ne sont plus en vente en librairie aujourd’hui. Soulignons ici le travail des éditions de la Pastèque qui ont réédité ces dernières années quelques planches d’Albert Chartier dans leur revue Spoutnik. Il est à espérer qu’ils ne s’arrêteront pas là et qu’un jour, nous pourrons aisément nous procurer l’œuvre de ce grand auteur.
Mais il est vrai que le problème ne touche pas qu’Albert Chartier. La réalité de l’édition de la bande dessinée au Québec semble difficilement permettre l’établissement de solides ponts entre les générations. Il semble que ce milieu soit périodiquement stimulé par de nouvelles générations d’auteurs qui connaissent peu ou prou la production nationale antérieure.
Ces auteurs sont plus influencés par les bandes dessinées franco-belges, américaines ou japonaises, ce qui est compréhensible lorsque l’on regarde ce qui est accessible dans les librairies. La bande dessinée québécoise y est très souvent marginalisée. Il y aurait donc, à notre avis, un immense travail de réédition à accomplir pour faire connaître la richesse de ce qui s’est produit en bande dessinée au Québec.
En attendant, il nous reste à offrir nos condoléances à la famille d’Albert Chartier, de souligner encore une fois l’immense impact qu’il aura eu pour la bande dessinée québécoise et d’espérer qu’au grand jamais, son œuvre ne sombre dans l’oubli.

