Les protagonistes de la scène haïtienne
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Port-au-Prince — Voici les principaux protagonistes de la scène haïtienne après le départ du président Jean-Bertrand Aristide:
Après le départ de Jean-Bertrand Aristide, Boniface Alexandre, président de la Cour suprême de Haïti, a annoncé qu’il assurerait l’intérim de la présidence, conformément à la Constitution. Normalement, la désignation de M. Alexandre devrait être approuvée par le Parlement mais celui-ci n’a plus de pouvoir, le mandat de la plupart des élus ayant expiré en janvier.
Yvon Neptune
Ancien président du Sénat, premier ministre depuis mars 2002, c’est un ancien porte-parole du président et membre influent de son parti Lavalas. Tout au long de la crise, il a maintenu qu’Aristide ne devait pas quitter le pouvoir.
Pour les opposants, qui dénonçaient son intolérance et son manque d’ouverture dès sa nomination, il n’est qu’un homme lige d’Aristide. En 2001, quand les partisans d’Aristide avaient brûlé des bureaux des partis d’opposition et des résidences de leurs dirigeants après l’attaque contre le Palais national du 17 décembre, il avait profondément indigné l’opposition en déclarant: «Le peuple a reconnu ses ennemis.» Architecte de profession, il a vécu pendant plusieurs années à New York.
L’opposition légale
Andy Apaid
Un des chefs de l’opposition, coordinateur du «groupe des 184» de la société civile, la cinquantaine, Apaid est un propriétaire d’usine né aux États-Unis. Sa famille a fui Haïti à l’époque de la dictature de François Duvalier, «Papa Doc», au pouvoir de 1957 à 1971.
Avec ses chemises pastel et ses lunettes à la monture dorée, il a l’allure d’un homme d’affaires de Miami, mais il se dit totalement haïtien. «Nous devons choisir une autre voie pour le pays», dit-il.
Mais, sans un amendement constitutionnel, il ne pourra jamais être président en raison de sa double nationalité américaine et haïtienne.
Evans Paul
Autre figure de l’opposition, à laquelle il sert le porte-parole, cet ancien maire de Port-au-Prince approchant la cinquantaine a vécu dans la clandestinité sous la junte de Raoul Cédras. Il était le chef d’une coalition de centre-gauche qui a désigné Aristide comme candidat à la présidence en 1990. Il a organisé la campagne électorale d’Aristide avant de s’éloigner du président haïtien.
Dramaturge et journaliste sous l’ère Jean-Claude Duvalier, alias «Bébé Doc», Evans Paul a été emprisonné pour s’être opposé au dictateur.
Les rebelles
Guy Philippe
Devenu le chef des rebelles qui menacent de prendre Port-au-Prince, Philippe, 35 ans, a rejoint l’insurrection armée une semaine après son déclenchement le 5 février aux Gonaïves. Il est revenu de son exil en République dominicaine voisine où il s’était réfugié en 2000 après avoir été accusé de fomenter un coup d’État.
Né dans une famille de paysans près de la ville de Jérémie (sud-ouest), cet ancien officier de l’armée s’entraînait dans une académie militaire en Équateur lorsqu’Aristide a dissous l’armée. Il avait été nommé chef-adjoint de la police pour le nord du pays par Aristide dans les années 90.
Butteur Métayer
Le chef du gang qui a lancé la rébellion en s’emparant de la ville des Gonaïves, reconnaît qu’il terrorisait auparavant les adversaires d’Aristide. Sa milice, surnommée l’«Armée cannibale», aujourd’hui rebaptisée Front de résistance de l’Artibonite, avait été armée par le président dans ce but.
Ce gang de «chimères» (miliciens pro-Aristide), dont le fief est le bidonville de Raboteau aux Gonaïves, s’est retourné contre Aristide après l’assassinat en septembre de son chef d’alors, Amiot Métayer, frère de Butteur. Depuis, ce dernier accuse le gouvernement d’avoir réduit son frère au silence pour l’empêcher de faire des révélations embarrassantes pour Aristide. Butteur s’est autoproclamé président de la région de l’Artibonite (ouest).
Louis-Jodel Chamblain
Rallié à la rébellion en même temps que Guy Philippe, cet ex-sergent de l’armée haïtienne dissoute traîne derrière lui une sinistre réputation de spécialiste des escadrons de la mort. Après le renversement d’Aristide en 1991, il est devenu codirigeant de la milice paramilitaire du Front révolutionnaire pour le progrès et l’avancement d’Haïti (FRAPH), exécutrice des basses œuvres de la dictature militaire, responsable de la mort, de la torture et de la mutilation de centaines de personnes, notamment les partisans d’Aristide dans les bidonvilles. En exil en République dominicaine depuis 1994, il est revenu à la mi-février. Chamblain a été condamné à la prison à vie par contumace pour le massacre du bidonville de Raboteau en 1994, et l’assassinat en 1993 d’Antoine Izmery, financier d’Aristide.
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