Départ d'Aristide - La communauté haïtienne de Montréal est très divisée

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Caroline Montpetit
Édition du lundi 01 mars 2004

Mots clés : aristide

Rassemblés devant le complexe Guy-Favreau hier après-midi, une centaine de manifestants en faveur d'Aristide ont vertement dénoncé l'attitude de la communauté internationale.

Photo: Jacques Grenier

La communauté haïtienne montréalaise a exprimé des points de vue variés hier sur la démission du président haïtien Jean-Bertrand Aristide, tôt hier matin. Alors que les uns retroussaient déjà leurs manches pour tenter de reconstruire un ordre social sur de nouvelles bases, au milieu de l’anarchie, d’autres s’accrochaient à l’espoir de voir Jean-Bertrand Aristide et le parti Lavalas reprendre le pouvoir dans un avenir prochain.

Rassemblés devant le complexe Guy-Favreau hier après-midi, une centaine de manifestants en faveur d’Aristide ont vertement dénoncé l’attitude de la communauté internationale. Selon eux, Aristide aurait dû rester en place jusqu’à la fin de son mandat, en 2006, puisqu’il avait été élu pour cinq ans, si la communauté internationale ne l’avait forcé à démissionner. L’un d’entre eux, Franklin Ulysse, journaliste pour la station de radio communautaire CFMB, a même ajouté être persuadé que, si des élections étaient tenues immédiatement, le parti Lavalas les remporterait haut-la-main. Il attribue notamment au blocage de l’aide humanitaire promise par la Banque mondiale l’échec du gouvernement Lavalas. Le groupe a dénoncé la position des journalistes, des chefs d’état George W. Bush, Jacques Chirac, et Paul Martin, ainsi que celle des organisations non gouvernementales qui ont réclamé le départ d’Aristide.

Un régime corrompu
Ce point de vue n’est cependant pas du tout partagé par d’autres membres de la communauté haïtienne, notamment le Front de la résistance contre la dictature, qui avait prévu tenir une manifestation anti-Aristide en fin de journée, mais qui l’a annulée pour tenir plutôt une rencontre de concertation, à la suite de la démission du président. Ancien militant en faveur d’Aristide jusqu’au retour d’exil du président en 1994, le représentant du Front, Georges Cameau, a vu en cours de route le président changer. «Le pouvoir corrompt», conclut-il simplement, en ajoutant aussi que l’Aristide des années qui ont succédé à son exil a sûrement subi l’influence de son entourage.
Pour sa part, l’écrivain d’origine haïtienne Dany Laferrière portait un jugement prudent sur la situation. «Je suis sûr qu’il n’est plus aimé du peuple comme il l’a été dans le temps» dit-il au sujet d’Aristide. L’écrivain dit par ailleurs espérer que ce genre d’expérience fera en sorte qu’«on arrête de voir des prophètes partout, et de mettre tous ses œufs dans le même panier. Qu’on arrête de fêter avec passion le nouveau venu, et de hurler contre celui qui part».
Laferrière ajoute que, comme François Duvalier, Jean-Bertrand Aristide s’est adonné au noirisme, une idéologie qui monte les Noirs contre les Blancs et les riches contre les pauvres, mais qui favorise les clivages plutôt que d’essayer de faire travailler tout le monde à la construction d’une même société. Il constate aussi que, dans un pays pauvre comme Haïti, il ne reste au peuple que l’espoir, et c’est pour cette raison que les démagogues y ont toujours plus de succès que les cyniques. Enfin, il s’interroge sur l’organisation politique qui succédera au gouvernement transitoire en Haïti, précisant que les partis et mouvements politiques qui forment l’opposition n’ont souvent en commun que leur position contre le gouvernement d’Aristide.

Un régime de terreur
Marthe Lapierre, de Développement et Paix, et porte-parole de la coalition Concertation pour Haïti, précise elle aussi que la démocratie, en Haïti comme ailleurs, nécessite une bonne dose de sens critique. Par ailleurs, ajoute-t-elle, Jean-Bertrand Aristide n’a pas de légitimité politique depuis les élections contestées de 2000, et son régime est un régime «de terreur» et de «violation des droits de l’homme». Dans ce contexte, croit-elle, l’aide humanitaire ne pouvait lui être acheminée.
Il y a une dizaine de jours, la coalition Concertation pour Haïti, qui regroupe des organisations syndicales, de coopération, et de droits de la personne, avait demandé au gouvernement canadien d’exiger la démission de Jean-Bertrand Aristide. La coalition précisait cependant que l’opposition en Haïti était très fragmentée, et qu’elle incluait notamment des bandes armées composées de repris de justice, qu’on désignait dans les médias simplement comme des «rebelles».
Selon Mme Lapierre, l’ordre peut être rétabli assez rapidement en Haïti, si la communauté internationale accompagne le gouvernement en place de ses efforts.


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