Le rapport Hutton fait une troisième victime à la BBC - Andrew Gilligan démissionne
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Londres - Le journaliste de la BBC Andrew Gilligan, gravement mis en cause par le rapport Hutton, a annoncé hier sa démission, qui vient s'ajouter à celles du président et du directeur général d'une radiotélévision publique en pleine crise de confiance.
L'ancien correspondant militaire et diplomatique de la BBC - Radio 4 a aussi «une nouvelle fois présenté ses excuses», reconnaissant dans un communiqué avoir commis plusieurs erreurs lorsqu'il avait rapporté, en mai 2003, les propos de l'expert en armement David Kelly, accusant le gouvernement d'avoir rendu «plus sexy» un rapport sur la menace des armes irakiennes afin de justifier la guerre contre l'Irak.
Le rapport du juge Hutton, présenté mercredi, a conclu qu'une partie des informations rapportées par Andrew Gilligan étaient «infondées». «Je pars de ma propre initiative, mais la BBC a été collectivement victime d'une grave injustice», a toutefois souligné le journaliste. «Le rapport a infligé à la BBC une punition complètement disproportionnée étant donné ses erreurs et les miennes», a poursuivi le reporter. «Si lord Hutton avait considéré avec équité les témoignages qu'il a entendus, il en aurait conclu que la plus grande partie de mon reportage était juste», a-t-il jugé. «Ce rapport jette un froid sur le monde du journalisme, pas seulement celui de la BBC. Il vise à demander des journalistes, avec toutes les difficultés auxquelles ils sont confrontés, un niveau d'excellence qu'il ne semble pas exiger par exemple des dossiers du gouvernement», a-t-il ajouté.
Selon les médias, Andrew Gilligan devrait rapidement retrouver un poste dans un quotidien national ou encore écrire un livre sur cette affaire. Downing Street, qu'une guerre des mots sans merci avait opposé à Gilligan, n'a pas immédiatement commenté cette démission.
Quelques heures après la publication mercredi du rapport Hutton, qui avait globalement blanchi le gouvernement de Tony Blair mais accablé la BBC, le président de la radiotélévision publique, Gavyn Davies, avait été le premier à annoncer sa démission. Le lendemain, le directeur général Greg Dyke renonçait à son tour à ses fonctions, provoquant des manifestations spontanées de la part de centaines d'employés de la BBC à Londres et dans plusieurs bureaux régionaux.
Alors que le paquebot BBC tanguait, la direction s'est engagée hier à rétablir le «calme et la stabilité» au sein de la plus grosse radiotélévision du monde. «Ce que j'essaie de faire après ce qui a été une semaine turbulente est d'apporter du calme, de la stabilité et un leadership pour permettre à la BBC d'aller de l'avant», a déclaré Mark Byford, qui a succédé à M. Dyke, dans sa première entrevue, à la BBC Radio.
Parallèlement, le directeur de l'information, Richard Sambrook, annonçait que la chaîne allait remettre à plat ses pratiques journalistiques. «Il va maintenant y avoir un processus [...] pour étudier ce qui est allé de travers et quelles mesures doivent être prises pour faire en sorte que cela ne se reproduise plus», a écrit M. Sambrook dans un courriel aux quelque 3500 employés de la rédaction.
Contrastant avec ces paroles apaisantes, l'ancien directeur général, Greg Dyke, a remis de l'huile sur le feu au lendemain de sa démission: «Nous étions choqués qu'il [le rapport Hutton] soit aussi manichéen. Nous savions que nous avions fait des erreurs, mais nous n'étions pas les seuls», a-t-il dit.
De leur côté, des employés de la BBC ont organisé une collecte auprès de leurs collègues pour payer un encart publicitaire dans un quotidien national afin d'exprimer leur «consternation» après la démission de M. Dyke. L'encart devait paraître aujourd'hui dans le Times. Et le syndicat national des journalistes (NUJ) a d'ores et déjà prévu des manifestations jeudi .

