Pour lutter contre la faim dans le monde - Chirac et Lula parlent de taxer les ventes d'armes

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AFP
Édition du samedi 31 janvier et du dimanche 01 février 2004

Mots clés : taxe

Genève - Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a rallié hier son homologue français Jacques Chirac à son idée d'une taxe internationale sur les ventes d'armes et les transactions financières afin de financer une relance de la lutte contre la faim dans le monde.

«La faim est une arme de destruction massive qui tue 24 000 personnes chaque jour et 11 enfants chaque minute», a lancé Lula lors d'une conférence de presse au siège des Nations unies à Genève avec le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, et le président chilien, Ricardo Lagos.

Les quatre responsables ont signé une déclaration dans laquelle la France et le Brésil ont annoncé la mise en place d'un groupe d'experts chargé d'étudier divers moyens de mieux lutter contre la faim.

Parmi ceux-ci, la déclaration cite «des taxes sur certaines transactions internationales comme, entre autres, certains types de ventes d'armes et certaines transactions financières». Les ressources ainsi recueillies iront à un «fonds spécial» de lutte contre la faim, que M. Chirac a surnommé «le Fonds Lula».

L'initiative franco-brésilienne fait en effet suite à une idée lancée par le président brésilien au sommet du G8 à Évian en juin dernier. Jacques Chirac s'était déclaré à l'époque «tout à fait favorable à l'examen» d'une telle idée.

Comme la taxe Tobin mais... différente

À Genève, M. Chirac s'est refusé à «préjuger» sur quoi devrait porter cette taxation. Mais interrogé sur l'hypothèse d'une taxe sur les exportations d'armes françaises, il a assuré qu'«aucune solution n'est refusée, y compris la taxation des armes ou du commerce des armes».

«On n'évitera pas de mettre en place un système de taxation internationale», a lancé le chef de l'État français, estimant qu'un tel impôt serait «de même nature» que la taxe Tobin, mais différente. «Elle n'a pas réussi, elle n'est pas faite pour ça», a-t-il lancé à propos de la taxe Tobin, projet de taxation des transactions financières internationales.

Le président français a qualifié de «scandale» la faim dans le monde et estimé que le chiffre de 50 milliards de dollars nécessaires chaque année pour atteindre les objectifs du millénaire fixés par l'ONU (réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées d'ici à 2015) était «une goutte d'eau» en regard du commerce et de la richesse mondiaux.

«Cinquante milliards, c'est peu de chose, mais si nous les attendons d'un quasi-doublement de l'aide publique au développement, nous ne les aurons pas», a-t-il averti.

M. Chirac a rendu hommage à la proposition de «Facilité internationale de financement», lancée

il y a un an par le gouvernement britannique pour doubler les fonds destinés au développement par l'entremise d'un emprunt souscrit par les pays riches et a indiqué qu'une réunion internationale aurait lieu sur ce thème à Paris en avril.

Kofi Annan a appelé de son côté les pays riches à «ouvrir entièrement leurs marchés à tous les produits des pays en développement» et à «éliminer toutes les subventions qui soumettent les producteurs des pays en développement à une concurrence déloyale». Il a ainsi appuyé la principale revendication des pays en développement membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Interrogé sur les subventions agricoles européennes à l'agriculture, M. Chirac a reconnu de son côté qu'il avait une «divergence» sur ce point avec le président Lula.


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