La charia en Irak

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Serge Truffaut
Édition du mardi 27 janvier 2004

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Les militants fervents d'une intervention en Irak, qu'ils soient politiciens ou intellectuels, avaient la certitude qu'une fois Saddam Hussein renversé la démocratie s'installerait à demeure. Mieux, ils assuraient qu'une fois celle-ci établie on assisterait à l'effet boule de neige dans tout le Moyen-Orient. Hélas! Trois fois hélas! Il faut bien observer que c'est tout le contraire qui, ces jours-ci, se met en place à Bagdad et dans les environs. Plutôt que de démocratie, il faut parler de république islamique et du lot d'horreurs quotidiennes qu'induit la charia.

En effet, il y a peu le code de la famille a été abrogé pour être remplacé par la loi islamique. Les représentants de la communauté chiite ont profité de l'absence de certains membres du Conseil intérimaire de gouvernement (CIG) pour miner ainsi le profil civique du pays. Résultat immédiat, les femmes chiites qui occupaient des postes jugés importants ont été renvoyées dans leurs foyers. Symbole de ce revirement, de cet assujettissement des Irakiennes, le port du voile a fait une entrée en force.

Outre l'introduction de la charia, l'autre signe que la majorité chiite entend imposer une république islamique est cette série de déclarations formulées par l'ayatollah Ali al-Sastani et ses seconds. Dans un premier temps, celui-ci a exigé de l'autorité américaine qu'elle organise des élections ce printemps. En réponse à cette requête, le proconsul américain Paul Bremer s'est tourné vers les Nations unies en leur demandant de l'aide. Aussitôt les émissaires de l'ONU arrivés sur place, le chef de file des chiites de la capitale, le radical Moqtada Sadr, a martelé que rien de ce qui émanait de l'ONU ne serait accepté parce que celle-ci est le paravent du Grand Satan américain. Il y a pire.

Tout un chacun convient au fond que la tenue d'élections au printemps est impossible, car tout, absolument tout, est à faire. Dans ces conditions, pourquoi les leaders chiites usent-ils de plus en plus fréquemment des forceps dans les rapports de force qu'ils poursuivent avec le CIG et avec l'Autorité provisoire de la coalition? Essentiellement parce que la première est formée en majorité d'exilés tous choisis par l'administration Bush.

Selon les plans conçus par la Maison-Blanche, ces exilés devraient hériter du pouvoir, un pouvoir sous surveillance, en juillet prochain. Et alors? Si des élections n'ont pas lieu ce printemps, les chiites promettent des lendemains très difficiles. Le numéro deux de la hiérarchie religieuse a prévenu que le «principe de la désignation» du gouvernement provisoire était loin d'être acceptable. Si peu, qu'il s'est fait menaçant: «... nous aurons recours à des manifestations et à d'autres mesures».

On promettait la démocratie et voilà qu'on a déjà la charia et une république islamique en gestation. En brandissant constamment la carte de la morale, ceux qui soutiennent encore la politique de Bush s'avèrent des vaniteux.


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La charia en Irak - par Pierrette Leblanc
Le mardi 27 janvier 2004 08:00

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