Sainte-Justine - Pratiques médicales: Charest réclame un débat
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Pour l'heure, la loi empêche de soumettre le personnel médical à des tests de dépistage obligatoires du VIH
L'Hôpital Sainte-Justine n'exigera pas de ses professionnels de la santé qu'ils se soumettent à un test de dépistage du VIH afin d'éviter que se reproduise un scénario comparable à celui qui ébranle actuellement l'établissement hospitalier, qui doit rappeler 2614 patients ayant été opérés sous son toit par une chirurgienne séropositive. La loi interdit à l'hôpital de prendre une telle initiative pour le moment. Pour sa part, le premier ministre Jean Charest, qui se trouve actuellement en Europe, s'est engagé à réévaluer les pratiques médicales afin d'assurer la protection des patients.M. Charest estime que l'incident survenu à Sainte-Justine devrait provoquer un débat de fond. «L'affaire de Sainte-Justine va interpeller beaucoup de monde dans le domaine de la santé sur les méthodes de travail, sur les façons dont on doit aborder la sécurité des citoyens, sur l'éthique, etc. C'est un débat qui va, je pense, se faire sur une certaine période de temps», a-t-il précisé sans pour autant se prononcer sur la délicate question de savoir si les médecins séropositifs seraient tenus d'informer leurs patients de leur état de santé.
L'Hôpital Sainte-Justine ne prévoit pas d'adopter dans l'immédiat des mesures particulières qui forceraient son personnel soignant à se soumettre à un dépistage ou à déclarer sa maladie à la direction de l'hôpital.
«Actuellement, la loi ne nous permet pas d'exiger de nos employés qu'ils se soumettent à un test de dépistage. Cela va à l'encontre des droits individuels», a déclaré au Devoir Raymond Roberge, directeur des communications à l'Hôpital Sainte-Justine. «Cependant, l'institution sera très attentive à la réflexion du ministère [de la Santé], du Collège des médecins et des autres ordres professionnels tels que la Fédération des infirmiers et infirmières du Québec. Ce serait délicat que l'Hôpital Sainte-Justine définisse des règles qui ne cadreraient pas dans le réseau de la santé.»
Exigera-t-on que chaque médecin fasse part de la maladie dont il souffre à la direction de l'hôpital où il exerce sa profession? «On souhaite aller vers des mécanismes qui permettent une meilleure gestion de telles situations, affirme M. Roberge. Est-ce que ces mesures impliqueront des tests de dépistage obligatoires et le devoir d'informer la direction administrative de son état de santé? La réponse n'est pas évidente.»
Pour le moment, le mystère persiste entourant les circonstances dans lesquelles le Dr Maria Di Lorenzo aurait contracté le VIH. En vertu de la Loi de la protection de la santé publique, la Direction de la santé publique de Montréal-Centre a déjà entamé une enquête sur cette question afin de savoir comment cette chirurgienne a pu être infectée avant son embauche à Sainte-Justine.
Hier après-midi, l'Hôpital Sainte-Justine avait reçu à ce jour 7700 appels téléphoniques de parents inquiets, ce qui a permis d'entrer en contact avec plus de 1300 patients (soit environ 50 %) parmi les 2614 qui sont visés par ce rappel massif. Près de 900 personnes avaient déjà convenu d'un rendez-vous à l'Hôpital Sainte-Justine pour un prélèvement sanguin. Six cents avaient subi le test, leur sang avait été analysé et le résultat leur avait été transmis. L'ensemble de la démarche (de la prise du rendez-vous à la transmission du résultat) nécessitant de 24 à 36 heures.
«Les personnes figurant sur la liste de rappel ne sont pas tenues de venir à l'Hôpital Sainte-Justine, a souligné Raymond Roberge. Celles qui habitent à l'extérieur de Montréal peuvent se présenter au CLSC ou au centre hospitalier situés dans leur localité.»
Risque de contamination très faible
M. Roberge a également précisé qu'un bon nombre des patients visés par ce rappel devraient recevoir leur convocation aujourd'hui ou dans les prochains jours au plus tard, car le dernier envoi postal par courrier recommandé a été effectué vendredi. «Il n'a pas été simple de retrouver l'adresse actuelle des patients qui ont été opérés il y a une dizaine d'années», a précisé le responsable des communications pour expliquer ce délai.
L'institution a décidé de ne pas divulguer au jour le jour le nombre de patients positifs ou négatifs, afin d'éviter la chasse au cas positif, a expliqué M. Roberge. «Nous ferons un bilan à la fin de l'opération, dit-il. Une opération de cette ampleur fera même l'objet de publications scientifiques.»
Ce genre d'opération n'est pas une première dans le monde, a-t-il rappelé. La France, l'Espagne, la Grande-Bretagne et les États-Unis ont également traversé des situations comparables où la pratique hospitalière de professionnels de la santé (des médecins) infectés par le VIH était en jeu.
L'Hôpital Sainte-Justine s'est inspiré de l'expérience de ces pays pour organiser son programme de relance, a souligné Raymond Roberge. La relance menée dans ces pays a confirmé que le risque que les patients aient été contaminés par leur médecin porteur du VIH était extrêmement faible. Ce risque étant de l'ordre d'un individu infecté par plusieurs milliers, voire millions de patients traités par un médecin porteur.
Pour contenir l'inquiétude des parents, l'Hôpital Sainte-Justine a rassemblé une équipe de spécialistes -- infirmières, travailleurs sociaux, psychologues et médecins spécialisés en maladies infectieuses -- habilités à gérer des crises individuelles ou des situations de tension. «Pour les parents qui auraient des doutes sur l'identité du médecin qui a opéré leur enfant, on fait des recherches dans les dossiers, et on peut même procéder à un test de dépistage», indique-t-il.
«Les interventions comme quelques points de suture, pratiquées à l'urgence et en clinique externe par la chirurgienne, dont la pratique ne se limitait pas à des chirurgies majeures en salle d'opération, ne présentent aucun risque», a tenu à souligner M. Roberge. «Tout le monde s'entend là-dessus. Ces patients ne font donc pas partie de la liste de rappel, mais, s'ils sont inquiets, il est leur possible de passer le test de dépistage.»
Comment explique-t-on que certains patients ayant été opérés par le Dr Di Lorenzo ne figurent pas sur la liste de rappel des 2614 patients? Une jeune fille aujourd'hui âgée de 19 ans révélait à La Presse ne pas avoir été contactée par l'Hôpital Sainte-Justine alors qu'elle avait été opérée pour une appendicite le 12 mars 1991 par la chirurgienne, porteuse du VIH depuis 1990. La direction ne nie pas que quelques cas non répertoriés puissent resurgir. «Nos listes sont bien validées, a commenté M. Roberge. Mais nos systèmes de gestion d'admission de patients et de chirurgies en bloc opératoire ont beaucoup évolué depuis 1990. Les organisations, comme la nôtre, qui doivent gérer d'immenses fichiers de clientèle ne sont pas infaillibles. On ne prétend pas être parfait. Nous avons réussi à reconstituer des listes de patients en l'espace de quelques jours à partir de diverses sources, mais des erreurs humaines ou de système ont pu se glisser.»
La direction de l'hôpital espère que, compte tenu de l'abondante couverture médiatique, tous les patients qui auraient été traités entre 1990 et 2003 par le Dr Maria Di Lorenzo se manifesteront.
Avec la Presse canadienne
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