Technologie: Les NTCI au service de l'école et de ses élèves
Mots clés : ntci
Rencontre avec un directeur d'école pas comme les autres
Mario Asselin est un directeur d'école comme j'aurais aimé en avoir. Ouvert comme une norme, libre comme le logiciel, il est un de ces personnages du monde de l'éducation qui fascinent et qui ne peuvent faire autrement que de stimuler l'envie d'apprendre chez ceux qui l'entourent.Bref, il m'était essentiel de connaître les motivations et les rêves de ce directeur d'école privée, l'Institut Saint-Joseph de Québec, et d'en savoir un peu plus sur l'école et les NTIC, sachant que ces dites NTIC sont au coeur d'un projet fascinant d'apprentissage, les cyberportfolios.
Pour un profane ou un parent, le concept de cyberportfolios est quelque chose de nouveau. Comment décririez-vous ce projet mis en place à votre institution ?
Les cyberportfolios sont des espaces de publication qui permettent d'offrir aux élèves et aux enseignants un support susceptible de favoriser l'analyse réflexive et de soutenir la formation d'une communauté d'apprentissage qui déborde des murs de l'école.
Ils sont constitués d'espaces de publication qui sont le résultat d'un assemblage de trois carnets destinés à chaque élève et à chaque enseignant, d'un tableau de bord qui permet aux enseignants d'interagir aisément avec les élèves et d'une banque d'outils d'accompagnement pédagogique conçue pour faciliter les interventions des enseignants auprès des élèves.
Grâce aux outils, nous vivons des activités d'apprentissage qui laissent des traces et qui prêtent à la réflexion ; en plus d'aider les élèves à publier les fruits de leurs efforts, nous encourageons le questionnement, la conversation et le partage.
Plusieurs de ces outils ne sont visibles et accessibles que par les parents, les élèves et les membres du personnel. Le tout est développé en code source libre du fait que l'on bénéficie des améliorations de développeurs précédents.
D'où est venue l'idée des cyberportfolios ?
À partir de deux constats que nous avons faits en observant les élèves dans notre appropriation de la réforme :
- les élèves n'apprennent pas tous les mêmes choses en même temps;
- les enseignants ne peuvent plus agir comme s'ils possédaient le monopole de la connaissance.
J'ai cherché un outil de publication qui pouvait représenter un « bon contenant » pour prolonger nos expériences d'utilisation de portfolios papier commencé dès le préscolaire. Ma propre analyse réflexive, combinée à celles rencontrées chez d'autres gens (Edublogger, carnetiers québécois et français), m'a permis de faire le choix d'un outil en particulier.
Nos réussites dans l'implantation réussie des portfolios papier étaient une prémisse importante, mais les résultats du portfolio numérique dépassent ce qu'on atteint par le papier à cause du levier de la publication Web et de celui de la conversation.
Quelle en est l'inspiration ?
Le désir de faire en sorte que les jeunes deviennent demandeurs de connaissances plutôt que de constamment les « tirer » pour qu'ils boivent nos connaissances. Mon but était qu'ils aient soif d'apprendre.
Sa mission à moyen et long terme ?
Permettre l'exercice de la différenciation pédagogique. Le but est de mieux faire apprendre à écrire, lire, compter, dans un contexte de situations authentiques où tout le monde ne fait pas nécessairement la même chose en même temps.
Nous voulons permettre aux élèves d'apprendre au contact de vraies tâches, de véritables projets, d'authentiques conflits et de vraies résolutions de problèmes. Grâce à l'archivage, on peut consulter facilement l'ensemble des instruments sur une période donnée. Tout cela finira par former « un patrimoine » personnel et collectif des apprentissages et des traces d'apprentissages.
Nous espérons aussi développer le geste d'écrire comme façon d'être, l'action de lire pour mieux se développer et apprendre à apprendre, raisonner pour mieux comprendre et faire des liens avec ce que je sais déjà. Tenir un cyberportfolio c'est presque thérapeutique à la limite ; c'est nommer, ramasser, construire, se souvenir, chercher... et parfois trouver !
Comment les étudiants réagissent-ils à ce projet ?
Le levier le plus spectaculaire est du côté de la motivation à lire, à écrire et à apprendre. Moins de discipline et plus d'apprentissage. Nous avons aussi l'impression de mieux connaître nos élèves en plus de leur montrer comment faire à manger plutôt que de nourrir et cela, c'est très valorisant pour les élèves et les enseignants.
Le fait que ces gens se mêlent de ce qui se passe à l'école et dans la classe, par l'entremise de contributions externes, impressionne beaucoup les jeunes qui prennent leur rôle très au sérieux puisqu'ils ne sont pas obligés de faire cela...
Ensuite, il y a les « gains » côté créativité, éthique, méthode, se connaître (bref les fameuses compétences transversales) sans parler des habiletés à utiliser le Web, les ordinateurs, les périphériques, les logiciels et les outils de publication. Déjà, les jeunes font des choses que nous ne pensions pas qu'ils feraient avant des mois. Et nous ne demandons qu'à être surpris.
Ce projet est-il réservé à une élite, sachant que vous avez dû investir dans l'achat de portables pour chacun des étudiants ? De plus, est-il possible de réaliser un tel projet dans l'école publique, lorsque l'on sait que les nouvelles ressources sont quasiment inexistantes ?
Le profil d'apprentissage nécessaire pour se trouver dans une certaine « zone de confort » avec cette approche ne se trouve pas dans une élite intellectuelle de jeunes bien nantis. Les ordinateurs sont en location et coûtent beaucoup moins cher que de fumer régulièrement ;-). Qui plus est, nous aidons sous forme de bourses ceux qui en ont besoin. Enfin, s'il y a un trait commun entre les parents qui ont choisi ce projet, c'est de suivre beaucoup les apprentissages de leurs enfants et de valoriser la curiosité intellectuelle.
Je suis sûr qu'un tel projet peut être aisément réalisable au public, surtout en ce qui concerne les jeunes et les parents. J'ai cependant des doutes quant à l'organisation du travail et le type de gestion préconisé, mais j'imagine qu'avec un peu de bonne volonté et de collaboration, on doit bien finir par pouvoir !
Sur le plan organisation des TIC, il faut croire dans le potentiel du libre, prendre le risque que les jeunes publient avec leurs travers et leurs imperfections, mais surtout, être convaincu qu'ils sont en apprentissage, donc qu'il arrivera des choses surprenantes et que l'on a les compétences pour y faire face à l'intérieur de la communauté d'apprentissage de l'école.
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Mario Asselin vient de vivre une expérience formidable en participant aux récentes rencontres d'Autrans, en France. De plus, il s'implique à fond dans l'organisation des RIMA 2004, les Rencontres Internationales du multimédia d'apprentissage, qui se tiendront sous peu à Québec. Sur ces rencontres, sur sa vision des outils disponibles et de l'évolution de ceux-ci, de l'appropriation des NTIC par les enseignants et les élèves, Mario Asselin est un flot intarissable. Bien que le manque d'espace nous empêche de livrer toutes ses réflexions, vous pourrez lire sur le carnet Web de l'auteur, l'intégrale de cette discussion, tout en y laissant vos commentaires.
La technique, et après...
Nombreux sont les enseignants, les parents, et même les élèves à être déçus par l'utilisation des ordinateurs et d'Internet en milieu scolaire. Le Plan Marois a permis aux écoles de faire le plein de technologies, mais quid de la formation, des contenus et des techniques permettant à tous de s'approprier efficacement les technologies ? Des questions délicates auxquelles notre directeur branché n'hésite pas à répondre.
Il semble que l'utilisation des NTIC en milieu scolaire ait été cause de nombreuses déceptions. Selon votre expérience, quelles en sont les raisons ?
On a trop fait de place aux machines et pas assez aux humains. Trop peu de pédagogie et trop de technique. Pour que les TIC s'implantent, elles doivent créer du sens auprès de ceux qui font apprendre et auprès des demandeurs de services (parents pour les tout-petits et élèves et parents au secondaire...).
Dans plusieurs milieux on a « dompé » des machines, point à la ligne. Dans ces mêmes milieux, on a « brûlé » l'idée qu'elles peuvent donner accès à des leviers puissants d'apprentissages. Dans d'autres, il y avait quelques ressources humaines qui ont patiné du mieux qu'elles ont pu pour soutenir les gens qui voulaient se les approprier. Parfois on les a dénigrées parce qu'elles avaient l'air de se compliquer la vie, parfois on les a enterrées avec trop de demandes.
Ces personnes ont fait ce qu'elles ont pu et dans certains cas, elles se sont découragées. Elles ont cherché des semblables pour avancer sans être ensevelis. Souvent, le peu de ressources humaines disponibles était pompé par des gens sans vision et sans conviction pédagogique.
Beaucoup ont cette vision que le monde de demain nécessite l'utilisation des TIC, mais peu voient qu'il n'est pas utile de les enseigner. Ce n'est pas une matière scolaire, ce n'est pas une fin en soi. C'est un outil. Et un outil, on en montre l'utilité en faisant des choses utiles avec. Là où il y a eu des déceptions, on peut au moins dire qu'il y avait des attentes ; c'est positif. Dans plusieurs cas, il ne se fait rien et on n'même pas déçu parce qu'il n'y a pas d'attente ; c'est encore pire cette tiédeur. Ce n'est pas porteur de changement...
Le MEQ a-t-il fait tout ce qui était possible pour donner les outils nécessaires aux enseignants afin d'apprivoiser les outils technologiques ? Si tel n'est pas le cas, que devrait-il faire aujourd'hui pour rattraper le temps perdu ?
Je me souviens qu'au tout début, il fallait justifier ce qu'on était censé faire avec ces nouveaux outils. Une espèce de plan d'intégration. Or, il n'y a eu aucun suivi là-dessus. Il aurait plutôt fallu qu'on en donne plus de ressources à ceux qui avaient une vision du comment s'approprier les NTIC comme outil d'apprentissage, quitte à n'en donner aucune à ceux à qui les NTIC ne disaient rien.
Mais tout n'est pas perdu à mon avis. Il est possible de se rattraper. Dans les milieux où il y eut échec, il convient de ramener chaque enseignant sur sa fonction d'apprenant. Ne pas lui demander d'enseigner cela, ni d'enseigner avec cela. Mais lui demander ce qu'il voudrait apprendre avec cet outil.
La majorité des gens que je connais dans le monde scolaire, et qui travaillent avec les TIC, ont vu pour eux personnellement comment ça les rendait de meilleurs apprenants. Sans cette vision, il leur sera difficile d'apprendre au contact de cet outil et dans ce cas, il vaut mieux laisser cela à d'autres.
Vos réactions
Ordinateur:incontournable - par Diane Davidson
Le lundi 26 janvier 2004 12:00

