Sondage Léger Marketing-Le Devoir-CKAC-The Globe and Mail - Charest détourne son mandat

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Tommy Chouinard
Édition du vendredi 23 janvier 2004

Mots clés : mandat

63 % des Québécois estiment que les réalisations du gouvernement ne sont pas conformes au mandat qu'ils lui ont confié le 14 avril

Québec - Le premier ministre Jean Charest ne pourra plus justifier ses actions les plus controversées en prétextant qu'il a obtenu un «mandat clair» de la population lors de son élection. Près des deux tiers des Québécois estiment que les réalisations du gouvernement Charest au cours de ses neuf premiers mois au pouvoir ne sont pas conformes au mandat qui lui a été confié, révèle un sondage Léger Marketing-Le Devoir-CKAC-The Globe and Mail.

Depuis son accession au pouvoir, le 14 avril 2003, le premier ministre motive ses politiques les plus décriées -- par exemple, la hausse des frais de garde et les défusions municipales -- par le fait que la population soutient sa démarche puisqu'elle l'a élu pour apporter des changements à la gestion de l'État.

Dans les faits, seulement 29 % des Québécois estiment que les actions du gouvernement Charest sont conformes au mandat qu'il a obtenu lors des élections générales, indique ce sondage Léger Marketing, réalisé auprès de 1000 répondants à travers le Québec entre le 14 et le 18 janvier.

C'est la toute première fois depuis l'élection des libéraux qu'un sondeur se penche sur cette question. «C'est un taux très significatif. Les Québécois croient que les actions du gouvernement ne sont pas conformes[au mandat qu'il a reçu] parce qu'il fait des choses auxquelles on ne s'était pas attendu», explique le sondeur Jean-Marc Léger. Il suffit de songer à la hausse des frais de garde de 5 $ à 7 $ par jour: le programme électoral du Parti libéral énonce clairement le maintien du prix des services de garde à 5 $ par jour.

Sans grande surprise, 89 % des péquistes et 72 % des adéquistes interrogés estiment que les réalisations du gouvernement ne sont pas conformes au mandat qu'il a reçu de l'électorat. Fait plus étonnant, près du tiers des libéraux interrogés (28 %) croient que le gouvernement Charest ne respecte pas son mandat depuis qu'il a été porté au pouvoir. Cependant, 64 % des libéraux affirment l'inverse et appuient le gouvernement. Sept francophones sur dix estiment que les réalisations du gouvernement ne respectent pas le mandat qu'il a obtenu. Les non-francophones interrogés sont partagés: 41 % estiment que le gouvernement agit dans le sens du mandat qu'il a reçu alors que 39 % croient le contraire.

Oui à la «réingénierie»

Si les Québécois critiquent les actions entreprises par le gouvernement Charest, ils lui donnent cependant raison sur un principe. En effet, la moitié des Québécois (50 %) sont favorables à la «réingénierie», ce processus entamé par le gouvernement Charest pour réduire la taille de l'État. C'est le cas de 70 % des non-francophones, de 81 % des libéraux et de 57 % des adéquistes.

«Les gens appuient le gouvernement sur ses principes mais pas sur ses moyens, estime Jean-Marc Léger. Les gens sont d'accord pour réduire la taille de l'État, pour réfléchir sur chacune des sociétés d'État, sur chacun des organismes, mais c'est avec la manière que les Québécois ont beaucoup de difficulté. C'est pourquoi ils pensent que le gouvernement n'agit pas en conformité avec le mandat qu'il a reçu. Oui, c'est un mandat de "réingénierie", mais l'interprétation que Jean Charest en fait, c'est là-dessus que les Québécois prennent leurs distances. Le gouvernement est sur la bonne voie mais pas dans la bonne voiture.»

38 % des Québécois sont toutefois défavorables à la «réingénierie», dont 43 % des francophones et 63 % des péquistes. 30 % des péquistes approuvent cependant la «réingénierie». La volonté de révision du modèle québécois, exprimée notamment par l'ex-ministre péquiste Joseph Facal, a donc pris racine au PQ. Environ 12 % des personnes interrogées n'ont pas pu répondre à cette question sur la «réingénierie».

Six Québécois sur dix sont insatisfaits

Le taux de satisfaction de la population à l'endroit du gouvernement Charest démontre que la lune de miel est définitivement terminée. Tout près de six Québécois sur dix (59 %) se disent insatisfaits de l'équipe libérale au pouvoir. «Ce qui est rare, c'est que ça arrive si tôt dans un mandat», affirme Jean-Marc Léger. Après neuf mois de pouvoir libéral, seulement 39 % des Québécois se disent satisfaits des réalisations du gouvernement. «C'est un taux très négatif, mais d'autres gouvernements ont vécu ça avant. Mais que ça arrive aussi vite, c'est autre chose», explique M. Léger. Les deux tiers des francophones éprouvent de l'insatisfaction à l'endroit du gouvernement, un sommet inégalé. Seulement 30 % des non-francophones partagent cet avis puisque 68 % de ce segment de la population se dit satisfait du gouvernement Charest. Un sondage SOM diffusé la semaine dernière par Radio-Canada, que M. Léger qualifie d'«exagéré», tendait à démontrer un taux d'insatisfaction de 70 %. «Les gens sont insatisfaits, mais quand même!», laisse tomber M. Léger.

La cote de popularité de Jean Charest a aussi du plomb dans l'aile. Seulement 35 % des Québécois sont satisfaits de la performance du chef libéral. 61 % des personnes interrogées éprouvent de l'insatisfaction à son endroit. Les francophones indiquent clairement leur mécontentement (68 %) tandis que les non-francophones expriment leur satisfaction à l'égard du premier ministre dans une proportion de 63 %. «Tous les acquis de la campagne électorale ont été perdus au cours des derniers mois», croit M. Léger.

Deux ministres parmi les plus connus du gouvernement, Philippe Couillard et Yves Séguin, sont même plus populaires que leur propre chef. Près de la moitié des Québécois (47 %) se disent satisfaits de la performance du ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, alors que 35 % en sont insatisfaits et que 18 % n'ont pas d'opinion. M. Couillard obtient la faveur de 47 % des francophones, c'est-à-dire 18 % de plus que son chef. «Les gens ont une certaine confiance à l'égard de M. Couillard», affirme Jean-Marc Léger. Le ministre des Finances, Yves Séguin, «s'en tire très bien», estime le sondeur, puisqu'il est crédité de la satisfaction de 45 % des Québécois. 32 % en sont insatisfaits et 24 % n'ont pas d'opinion. Chez les libéraux, Jean Charest demeure le plus performant (81 %), comparativement à MM. Séguin (70 %) et Couillard (65 %). Parmi ces trois personnalités, les péquistes préfèrent Philippe Couillard (40 % en sont satisfaits) alors que les adéquistes ont un penchant pour Yves Séguin (47 %).

«Jean Charest est systématiquement de tous les dossiers. On a rarement vu un premier ministre aussi impliqué dans chacun des dossiers, comme s'il n'avait pas confiance en un certain nombre de ses ministres. On voit qu'il y a des ministres qui sont populaires et que M. Charest a intérêt à les laisser parler. En laissant de la place à ses ministres, ça lui donnerait une marge de manoeuvre qu'il n'a pas en ce moment», souligne Jean-Marc Léger.

Une insatisfaction généralisée

Les Québécois sont insatisfaits du gouvernement Charest, et ce, peu importe le dossier. 55 % d'entre eux éprouvent de l'insatisfaction au sujet de la gestion des défusions municipales par le gouvernement Charest. C'est le dossier qui suscite le plus grand mécontentement. Seulement 20 % des Québécois sont satisfaits de la façon dont le gouvernement gère ce dossier alors qu'ils sont 16 % à se dire plus ou moins satisfaits. Il y a même autant de libéraux (37 %) satisfaits qu'insatisfaits. «C'est un dossier qui est l'épine dans le pied du gouvernement», note Jean-Marc Léger.

Chose rare, le gouvernement est parvenu à susciter le mécontentement tant chez les francophones, généralement en faveur des fusions, que chez les anglophones, davantage partisans des défusions. En effet, 55 % des francophones et 51 % des non-francophones se disent insatisfaits. «Il a réussi à déplaire aux deux communautés. C'est rare qu'on ait un dossier comme celui-là», estime M. Léger, pour qui la situation actuelle ressemble à celle qui a prévalu dans les années 70 lorsque les libéraux avaient adopté la loi 22 sur la langue française, qui avait été critiquée de toute part. Selon le sondeur, le dossier des défusions municipales est encore loin d'être clos et devrait donner du fil à retordre au gouvernement Charest presque tout au long de son mandat.

Près de la moitié des Québécois, c'est-à-dire 49 %, sont mécontents du traitement du dossier des services de garde, contre 30 % qui se disent satisfaits et 14 % plus ou moins satisfaits. La satisfaction à l'égard du gouvernement en ce qui concerne ce dossier croît avec l'âge des personnes interrogées, mais la majorité de ceux qui ont des enfants de moins de 12 ans à la maison (56 %) affirment être mécontents. Il y a un an, le taux de satisfaction à l'égard du gouvernement Landry dans ce dossier s'élevait à 79 %. «On voit que c'était une réussite du Québec à laquelle le gouvernement Charest n'aurait pas dû toucher, croit M. Léger. Son intervention a été plutôt négative. Il y a eu plusieurs ballons d'essai qui ont tous mal tourné.»

Les libéraux avaient promis de mettre rapidement fin aux délais d'attente dans les urgences des hôpitaux. Mercredi, Le Devoir révélait plutôt que le mal s'aggrave. Le sondage Léger Marketing révèle ainsi que 44 % des Québécois sont insatisfaits du travail accompli par le gouvernement Charest en matière de santé au cours de ses neuf premiers mois au pouvoir. «On aime le messager [Philippe Couillard] mais beaucoup moins le message», note Jean-Marc Léger. Il s'agit toutefois du dossier qui récolte la meilleure note. Le tiers des Québécois se disent satisfaits de la gestion du gouvernement en matière de santé. Les personnes âgées de 55 ans et plus manifestent tout particulièrement leur satisfaction (47 %). «C'était le dossier prioritaire de M. Charest et, là-dessus, la performance est moyenne», ajoute le sondeur. Les libéraux récoltent le même taux de satisfaction dans le domaine de la santé que le gouvernement Landry l'année dernière.

Les Québécois sont davantage partagés dans leur appréciation de la gestion de la question de la sous-traitance par le gouvernement Charest. Alors que les grandes centrales syndicales ont manifesté contre les actions des libéraux dans ce dossier, 39 % des Québécois sont insatisfaits des amendements apportés au Code du travail en décembre dernier, 32 % s'en disent satisfaits et 14 % se déclarent plus ou moins satisfaits. «Le gouvernement a bien navigué là-dedans», indique Jean-Marc Léger.

Le sondage a été réalisé quelques jours à peine après la fin du siège à Kanesatake. Les actions du gouvernement Charest dans cette crise n'ont été approuvées que par 19 % des Québécois, selon un autre sondage Léger Marketing publié la semaine dernière. Jean-Marc Léger estime toutefois que les dossiers des défusions municipales, de la santé et des garderies provoquent une «insatisfaction beaucoup plus profonde» que cet «événement ponctuel».

Le sondage publié aujourd'hui a une marge d'erreur maximale de 3,4 %, 19 fois sur 20.


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