Affaire Arar: saisie de la GRC chez une journaliste du Ottawa Citizen

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PC
Édition du jeudi 22 janvier 2004

Mots clés : grc

Ottawa — Des policiers de la Gendarmerie royale du Canada ont effectué hier une saisie à la résidence d’une journaliste dans le but de trouver la source d’une fuite d’informations ayant trait à l’affaire Maher Arar.

Entre-temps, les avocats de M. Arar annonçaient qu’ils comptaient déposer, aujourd’hui à New York, une poursuite contre le secrétaire américain de la Justice, John Ashcroft.
Citoyen canadien, M. Arar a été déporté en septembre 2002 par les États-Unis en Syrie, où il dit avoir été torturé pendant plus d’un an. L’ingénieur d’Ottawa a déjà déposé une poursuite de plusieurs millions de dollars contre la Syrie et la Jordanie.
À Ottawa, des policiers munis de mandats de perquisition se sont présentés vers 8h à la résidence de la journaliste Juliet O’Neill, du quotidien Ottawa Citizen. Cinq heures plus tard, ils en sont ressortis avec une caisse de documents. Une autre fouille a eu lieu au bureau de la reporter à l’hôtel de ville d’Ottawa.
Gordon Fisher, vice-président de CanWest Global, propriétaire du Citizen, a estimé qu’une telle saisie était digne «de l’ancienne Union soviétique, pas d’une démocratie». Les saisies s’inscrivent dans le cadre d’une enquête visant à identifier de possibles infractions à la Loi sur la protection de l’information en rapport avec «des fuites d’information alléguées concernant M. Arar», a expliqué Gilles Déziel, porte-parole de la GRC.
Le rédacteur en chef du Ottawa Citizen, Scott Anderson, a indiqué que les perquisitions étaient reliées à un article de Mme O’Neill publié le 8 novembre. On y citait un rapport confidentiel contenant de prétendues confessions faites par M. Arar aux autorités de renseignement syriennes lors de son incarcération.
D’après le document, Maher Arar aurait confié aux Syriens qu’il était allé dans un camp d’entraînement terroriste d’al-Qaïda, en Afghanistan, en 1993.
Mais depuis son retour au Canada, l’automne dernier, M. Arar n’a cessé de répéter qu’il n’avait fait qu’un faux aveu sous la torture. Il a nié toute implication terroriste.
Selon le rédacteur en chef du Citizen, les perquisitions ont été menées en vertu de la Loi sur la protection de l’information, qui interdit la possession non autorisée de documents confidentiels du gouvernement. Les mandats, approuvés par un juge, permettaient à la police de saisir des carnets de notes, des agendas, des données informatiques et toute autre preuve jugée pertinente.
La présidente de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Anne-Marie Dussault, a vivement réagi à l’annonce de la perquisition. «Chaque fois que des saisies arrivent comme ça, c’est toujours dans le but d’envoyer un message aux gens: “faites attention, si vous parlez aux journalistes, il y aura peut-être des conséquences pour vous...”», a déclaré Mme Dussault en entrevue téléphonique. «Est-ce que toute l’information qu’un journaliste détient devient suspecte et met en péril la sécurité nationale?» a-t-elle demandé. «Il apparaît évident que les actions d’aujourd’hui visent à nous détourner de nos tentatives d’informer le public de tout rôle qu’ont pu jouer la GRC, le SCRS ou le gouvernement fédéral dans cette affaire, a déploré M. Fisher, de CanWest.


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