«Teflon Don»
Mots clés : mafia
La justice canadienne n'a jamais réussi à mettre en échec Vito Rizzuto, arrêté mardi à la demande des États-Unis
Les Anglos le surnomment le «Teflon Don», c'est-à-dire l'homme auquel aucune affaire n'a jamais collé. Jusqu'à son arrestation, mardi, pour trois meurtres commis en 1981 aux États-Unis, Vito Rizzuto n'avait jamais été inquiété par la justice, ou à peine.La famille Rizzuto, d'origine sicilienne, et le clan calabrais des Cotroni entretenaient tous deux d'étroits liens avec les Bonanno, mais ils se sont retrouvés au coeur d'un conflit qui a fait une vingtaine de morts à Montréal et en Italie entre 1976 et 1981, et dont le clan Rizzuto est sorti gagnant.
Nick Rizzuto, toujours vivant et domicilié à Montréal, de même que son fils Vito se seraient alignés sur les puissants Cuntrera-Caruana. Frank Cotroni avait pour sa part délégué son pouvoir à Paolo Violi. Violi et ses deux frères sont tombés sous les balles en moins de quatre ans, de 1977 à 1980.
Un seul de ces crimes a été résolu, celui de Paolo Violi. Giovanni Dimora, Agostino Cuntrera (un cousin de la toute puissante famille) et Dominico Manno, le beau-frère de Nick Rizzuto, ont plaidé coupables à des accusations réduites de complot pour meurtre sur Violi, écopant de sentences variant de cinq à sept ans.
La famille Cuntrera-Caruana n'a jamais fait parler d'elle jusqu'à l'arrestation de ses principaux membres, en 1998, dans le cadre du projet Omerta. Alfonso Caruana, deux de ses frères et un neveu ont écopé de peines de quatre à dix-huit ans de pénitencier pour avoir dirigé un réseau international de trafic de cocaïne et d'héroïne dirigé à partir de Toronto et de Montréal. Au Canada seulement, le clan aurait fait entrer 1,5 tonne de cocaïne.
Les liens de la famille Rizzuto avec les Cuntrera-Caruana avaient été mis au jour par Tomasso Buscetta, un important mafioso qui avait participé à la création de la commission sicilienne pour résoudre les conflits entre les différentes familles. Buscetta avait retourné sa veste en 1983, collaborant entre autres aux enquêtes menées par le célèbre juge Giovanni Falcone, en Italie. Ses révélations n'avaient cependant pas permis d'arrêter les membres du clan Rizzuto.
La justice canadienne a bien tenté de coincer Vito Rizzuto, mais sans succès. En 1987 et en 1988, il était accusé dans deux affaires séparées d'importation totalisant plus de 40 tonnes de haschisch, mais il bénéficiera d'un acquittement dans un dossier et d'un arrêt des procédures dans l'autre.
Le fisc a également poursuivi Vito Rizzuto pour des impôts non payés sur un revenu de 1,5 million, mais il conclura une entente à l'amiable en 2001.
À ce jour, le dossier judiciaire de Vito Rizzuto ne présente que deux petites taches: condamnation pour avoir troublé la paix en 1965 et condamnation pour crime d'incendie et fraude en 1972.
Certains membres de son entourage ont dû affronter la justice, comme Joseph Lagana, décrit par les policiers comme le conseiller financier de Rizzuto. Cet avocat avait été condamné à 18 ans de pénitencier pour l'importation de 558 kilos de cocaïne et le blanchiment de 47 millions de dollars, dans un bureau de change du centre-ville qui avait fonctionné de 1990 à 1994. D'autres sont tombés sous les balles. Vito Rizzuto, lui, a poursuivi son chemin.
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